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9-02-2011
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Bois-forêts
Climat
Afrique
France
Enquête

Replanter des arbres : pour quoi faire au juste ? (1/3)

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Replanter des arbres : pour quoi faire au juste ? (1/3)
(Crédit photo : Alice Bomboy)
 
Replanter un arbre = quelques kilos de CO2 absorbés. Mais la compensation carbone est un système bien plus complexe qu'une simple équation. Enquête sur les projets de reforestation depuis la France jusqu'au Kenya.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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L’heure de faire ses comptes « CO2 » est souvent douloureuse. Pour ma part, 24 000 km au compteur de l’année 2010, au cours desquels 7 200 kg d’équivalent CO2 ont été rejetés. Soit 3,9 fois ce que la Terre peut supporter par personne et par an pour stopper l’accroissement de l’effet de serre. Premier aveu : je n’ai toujours pas trouvé le moyen de faire mon job sans écharper les objectifs que je prône mordicus dans mes articles, comme de réduire son empreinte écologique. Deuxième aveu : il faut que je trouve fissa le moyen de réparer cette offense faite à l’environnement. Prix de cette compensation, calculée sur le site de la fondation Good Planet : 145 euros. Et si je finançais la plantation d’arbres ? C’est bien, les arbres : c’est concret, vert dans tous les sens du terme, et avec eux, on a vraiment l’impression de mettre la main à la pâte pour restaurer notre bonne vieille planète. Un de mes déplacements gloutons m’a justement emmené au Kenya, où j’ai passé plusieurs jours les pieds dans la boue avec le Green Belt Movement (GBM), créé par la Prix Nobel de la Paix Wangari Maathai. Son objectif ? Replanter des arbres aux quatre coins du pays. On ne pouvait trouver meilleure aubaine pour comprendre les dessous de la reforestation... et ce qu’allaient devenir mes 145 euros. Embarquement immédiat !

Première escale : Matimbei, au cœur du massif kenyan des Aberdares, atteint après trois heures de route épiques. Nids de poule et falaises s’enchaînent tant qu’on se demande lequel aura raison de votre « matatu », un véhicule aussi commun que dangereux au Kenya. Quand je pose enfin le pied à destination, un Green Belt Ranger fond sur moi, machette en main. Il prend sa mission très à cœur. « Plus de 11 000 plants ont été mis en terre, ici, en 2008. Je dois faire attention à ce que le bétail ne vienne pas les détruire en attendant qu’ils soient suffisamment robustes. Je veille aussi à ce que personne ne vienne couper du bois ici », détaille Antony Mwaura. Devant les milliers de fragiles pousses de genévriers d’Afrique, de pruniers africains et de chênes de Meru qui tentent de reverdir cette interminable balafre ouverte dans la forêt, on comprend toute la difficulté de son travail. Pas très loin vivent des communautés villageoises, dont la population augmente et les besoins alimentaires aussi. A tel point que dans les années 1990, le gouvernement de l’ancien Président Moi a dû prendre une mesure radicale pour empêcher que les forêts nationales ne soient toujours plus grignotées : une barrière verte, faite de plantations de thé, séparent désormais les terres agricoles de la forêt préservée. Celle-ci se dresse justement sur la gauche. Mais elle ne cache pas mieux : entre les vaches et les chèvres qui, malgré l’interdiction, viennent y brouter les jeunes arbres, et la corruption de certains gardes de l’instance officielle, le Kenyan Forest Service, qui ferment les yeux sur les coupes pratiquées sans autorisation en échange de quelques shillings, la forêt, elle, suffoque. Pire : elle est victime d’une colossale hémorragie.

Reboisement anti-CO2

Le poumon vert kenyan, qui couvrait un tiers du territoire dans les années 1900, n’en occupe plus qu’1,7% aujourd’hui. En cause ? Une déforestation massive par les colonisateurs britanniques pour cultiver du thé et du café, un dépeçage régulier des forêts par les pouvoirs successifs pour les distribuer par centaines d’hectares à leurs alliés ou encore les caprices d’une ex-première dame du pays souhaitant boire son propre « mixed tea » et pour laquelle on n’hésite pas à raser des hectares de forêt... A l’échelle mondiale, l’histoire est la même : 13 millions d’hectares de forêts disparaissent tous les ans. Si leur destruction met aujourd’hui le monde en alerte, c’est notamment parce que les scientifiques voient dans ces forêts un moyen de limiter l’emballement de la machine climatique. Explications : les arbres fonctionnent par photosynthèse. Grâce à cette « respiration inversée », via laquelle ils consomment du CO2 et rejettent de l’O2 en utilisant l’énergie lumineuse, ils sont capables d’extraire le carbone du CO2 et de le stocker, réduisant ainsi la concentration toujours plus grande de CO2 atmosphérique. D’où leur étiquette de « puits de carbone ».

Du coup, à défaut de parvenir à enrayer à temps la chute des forêts encore sur pieds, les projets de reboisement se multiplient. Depuis 1977, le GBM a déjà replanté 40 millions d’arbres, la « zona roja » de l’Amazonie péruvienne retrouve progressivement ses arbres dans un projet aidé par Cœur de Forêt, la forêt du Pontal do Paranapanema au Brésil est en train d’être repeuplée de 116 millions d’arbres via le soutien de l’entreprise Kinomé, qui comptent en planter 15 milliards d’ici 2018, puis autant par an pendant dix ans afin de faire recouvrer à la terre son couvert végétal de 1950... En vingt ans, les surfaces reboisées dans le monde ont ainsi augmenté de 40% d’après ONF International. Et pour financer cet élan (re-)forestier, on pense bien évidemment à la « compensation carbone ». Via cet outil, une entreprise, une institution ou un particulier peut compenser ses émissions de CO2 en finançant un projet qui permet d’ « éviter » la même quantité d’émissions.

Casse-tête arborescent

Avec les arbres, l’idée semble on ne peut plus simple : en en replantant, vous constituez un stock de carbone équivalent à vos émissions de carbone. Du moins en théorie... Car dans la pratique, les opérateurs n’osent pas, ou plus, proposer à leurs clients des projets de reforestation dans le cadre de la compensation carbone. « Trop complexe ! », répondent-ils en chœur. Et de décliner leurs arguments. « Il faut souvent attendre au moins 10 années de croissance des arbres avant que ces projets ne génèrent les crédits carbone qui permettent de les financer. C’est très long à gérer pour nous ! », explique Matthieu Tiberghien chez Action Carbone. Et une fois ces crédits attribués, ils sont estampillés « temporaires » et non pas « permanents ». « Quand on compense une tonne de CO2 émis, ce n’est pas pour prendre le risque qu’elle soit finalement relâchée dans l’incendie d’une forêt quelques années plus tard, ou tout simplement à la mort de l’arbre ! Avec des arbres, on n’a vraiment du mal à garantir que le carbone sera toujours stocké », poursuit-il. Enfin, évaluer le stockage en carbone d’une forêt relève d’un grand casse-tête mathématique. Les spécialistes parviennent à peu près à estimer combien un arbre d’une espèce et d’une taille données peut stocker de carbone. Mais mettez cette espèce dans un écosystème vivant, entourée de spécimens d’espèces différentes interagissant entre eux, avec le sol et les aléas climatiques, et les calculettes prennent tout de suite un coup de chaud. Résultat : me voilà bien ennuyée au moment de compenser mes 7 200 kg d’équivalent CO2. Sur les 27 opérateurs de compensation signataires de la charte de bonnes pratiques de l’ADEME, à peine 5 semblent avoir réussi à braver la complexité du processus permettant de qualifier un projet de reforestation en projet de compensation...

Et si la forêt avait surtout autre chose que la « neutralité carbone » à offrir ? « Nous choisissons nos projets de reforestation en fonction de l’impact qu’ils ont dans la vie quotidienne des populations locales. Le financement via la compensation carbone peut aider certains d’entre eux, mais ce n’est pas ce qui motive leur lancement », confirme Nicolas Metro, fondateur de l’entreprise Kinomé qui propose, via son programme Trees & Life, de soutenir des projets de reforestation. Et de rapporter les explications du ministre de l’environnement du Burkina Faso, lors du sommet sur le climat de Cancun : dans ce pays, le PNB lié à la forêt serait de 3 à 5%. Mais 43 % de la population dépendrait de la forêt pour se nourrir, et 75%, pour se soigner !

A lire aussi :
- la suite de ce reportage
- Choisir son projet de reforestation : mode d’emploi (3/3)

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Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

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