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4-12-2008

Obama sera-t-il un géant vert ?

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L’élection du démocrate a fait tourner la tête de la planète. Mais entre la hausse du thermomètre mondial et les dossiers nucléaire ou « charbon propre », l’homme a de quoi se brûler les ailes. ONG et scientifiques américains l’attendent au tournant.
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Au lendemain de la victoire d’Obama à l’élection présidentielle, les organisations environnementales du pays soupirent d’aise. A l’inverse de son prédécesseur, déserteur face au réchauffement climatique, Barack Obama semble décidé à se battre sur son territoire. Mieux, l’homme paraît disposé à un retour des Etats-Unis sur la scène des pourparlers internationaux vers un nouveau Kyoto (lire aussi pages 34 à 37). Mais son programme n’est pas parfait et contient quelques petites bombes climatiques. Qu’attendent les ONG du nouveau président démocrate ? Réponse de Kate Smolski, coordinatrice à Greenpeace de la campagne contre le réchauffement climatique.

Comment Greenpeace accueille-t-elle l’élection de Barack Obama ?

Kate Smolski : Nous sommes très heureux. Après huit années passées à voir l’administration Bush se moquer de l’environnement et refuser de voter des lois indispensables pour assurer sa protection, nous sommes soulagés. Et vraiment optimistes. Déjà, l’équipe de transition d’Obama a laissé entendre qu’elle autoriserait enfin la Californie à réduire l’émission de gaz à effet de serre de ses véhicules de 30 % d’ici à 2016 (1). Evidemment, ce n’est pas encore fait, mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer qu’Obama soutiendra cette initiative dès son arrivée au pouvoir et qu’elle pourra être étendue à d’autres Etats.

Pensez-vous qu’il aura la force politique suffisante pour imposer ses réformes ?

Pour certaines, il lui suffira d’imposer un décret présidentiel. Cela pourra être le cas, par exemple, concernant la dérogation accordée à la Californie. Pour d’autres mesures, comme l’instauration d’un système de quotas d’émissions de CO2, il aura besoin d’un vote du Congrès en sa faveur. Mais ce dernier saura reconnaître l’urgence des mesures. Et, en tant qu’ONG, nous nous chargerons de le convaincre de la nécessité de ces réformes.

Pensez-vous que ses ambitions sont réalistes, notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2050 ?

Oui, je crois que c’est possible. Il faudra, pour cela, multiplier les sources d’énergie renouvelables, améliorer l’efficience énergétique ou encore réduire notre consommation générale d’énergie. De toute façon, nous n’avons pas le choix si nous voulons limiter l’impact du changement climatique. Et réduire les émissions en amont coûtera moins cher que de tenter de résoudre les problèmes provoqués par le réchauffement en aval. Nous aimerions néanmoins qu’Obama fixe un objectif à mi-parcours afin de s’assurer que le programme est bien suivi. Selon le Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), il faut que tous les pays développés réduisent de 25 % à 40 % leur émissions d’ici à 2020. Nous manquons encore d’un objectif pour les Etats-Unis à cette échéance.

Que pensez-vous de la position d’Obama sur le charbon, et notamment son plaidoyer en faveur du « charbon propre » ?

Le charbon est une énergie sale et polluante. Dire qu’il peut exister un charbon propre est une illusion et Obama ne devrait pas l’évoquer. Il faudrait plutôt que la nouvelle administration se concentre sur les énergies renouvelables. Nous savons que ces technologies sont capables de faire du bon travail, elles l’ont prouvé. Le « charbon propre » est une notion inquiétante qui tend à légitimer le recours à cette énergie alors qu’il faut y renoncer une fois pour toutes.

Et le nucléaire ?

Obama n’a pas dit grand-chose sur ce sujet. Dans son programme, McCain avait évoqué la construction de 45 nouveaux réacteurs d’ici à 2030. Obama, lui, n’a donné aucun chiffre. Il a simplement insisté sur la nécessité de rendre cette technologie plus sûre. Mais, là non plus, nous n’y croyons pas. Il n’y a pas de nucléaire sûr ou propre. L’industrie de l’atome se sert de la crise énergétique pour insister sur le besoin de nucléaire, mais le problème des déchets est loin d’être résolu.

Obama a aussi fini par céder sur la question des forages offshore au large des côtes américaines ?

C’est surtout McCain qui était pour. Au départ, Obama s’y est opposé, avant de revenir en arrière  : il a finalement déclaré qu’il soutiendrait une augmentation du nombre de forages à condition que ces derniers ne mettent pas l’environnement en danger. Mais c’est tout simplement impossible. A Greenpeace, nous sommes opposés à une telle expansion. Nous ne voulons pas que nos plages et nos réserves soient mises en péril pour exploiter une petite quantité de pétrole et de gaz qui, de toutes façons, ne parviendra pas à faire baisser les prix à la consommation. Nous demandons à Obama de restaurer le moratoire sur les forages offshore adopté en 1981 : il interdit les forages pétroliers et gaziers entre 5 et 320 km des côtes. Il a expiré fin septembre, faute de décision du Congrès. Mais il est encore difficile de dire pour le moment si la Chambre suivra nos recommandations.

Quel sera, d’après vous, son principal défi ?

La mise en place d’un marché de quotas d’émissions de CO2 dans lequel les entreprises devront acheter une enveloppe mise en vente par l’Etat. A l’inverse, en Europe, les quotas sont jusqu’ici distribués gratuitement. Obama a promis que 100 % des crédits d’émissions seraient ainsi mis aux enchères dès l’instauration du système. Nous y sommes très favorables, car cela signifie que les entreprises doivent payer pour avoir le droit d’émettre, ce qui les poussera à limiter leur pollution. L’argent que l’Etat aura ainsi amassé pourra servir à financer des investissements dans les renouvelables. Mais l’implantation d’un système équitable et efficace sera difficile et sûrement long.

Aura-t-il le temps, en quatre ans, de changer la donne ?

Oui, il aura la possibilité de bouleverser nombre de choses. Après tout, quatre ans ont suffi à la première administration Bush pour faire beaucoup de mal sur le tableau environnemental. Mais il faudra qu’Obama s’attelle à ces réformes dès son arrivée et ce sera notre responsabilité de nous assurer qu’il le fait. Naturellement, s’il avait huit ans devant lui, pour vraiment changer les choses, se serait encore mieux… —

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