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30-06-2015
Mots clés
Biodiversité
Moyen-Orient

Liban : cèdres cherchent neige désespérément

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Liban : cèdres cherchent neige désespérément
(Crédit photo : Sébastien Chatelier)
 
Depuis des siècles, il sont l’emblème du pays. Mais la hausse des températures et l’apparition d’un insecte font craindre leur disparition. Alors certains se mobilisent pour les sauver.
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N° 69 - juillet-août 2015

Faites le vide !

La route n’en finit plus de grimper. A chaque sortie de virage creusé dans la montagne, un nouveau lacet vient retarder l’arrivée au sommet. Puis le ruban noir du bitume s’efface sous une épaisse couche de neige et ils apparaissent enfin, majestueux, perchés à 1 500 mètres d’altitude, leurs tapis d’épines recouverts d’une fine pellicule blanche balayés par le vent. Ce sont parmi les derniers cèdres du Liban.

Un panneau de tôle rouillée signale la fin du voyage : Bienvenue dans la réserve de Tannourine. Classée réserve naturelle depuis 1999, cette forêt a compté jusqu’à 400 000 arbres. Aujourd’hui, avec 60 000 cèdres – soit environ 80 % des espèces présentes dans la forêt –, la réserve reste l’une des plus grandes et des plus denses cédraies du pays. C’est pour la préserver que Challita Tanios s’y rend tous les jours. Le jeune homme travaille ici comme guide, mais sa mission va au-delà de la simple balade avec les touristes. Chaque pause pendant la randonnée, chaque prise de parole est l’occasion de délivrer un message en faveur de la sauvegarde du patrimoine naturel du Liban. « Je suis né ici, je connais ces arbres par cœur, glisse Challita. Si ce n’est pas moi qui fais prendre conscience aux gens qu’il faut protéger les cèdres, qui va le faire ? »

Ce matin-là, alors que l’on sent poindre les premières fraîcheurs du printemps, Challita accueille une classe de collégiens. Une vingtaine d’élèves au total, venus de Beyrouth, la capitale, pour « explorer la réserve et découvrir le symbole du Liban ». Alors que le groupe s’enfonce dans la forêt, le guide énumère une à une les espèces qui bordent le sentier. Ici, un chêne. Là, des genévriers. Et partout devant, des cèdres, dont la robe verte déployée à l’horizontale obstrue les rayons du soleil. Arrivés au cœur d’une clairière, les enfants s’assoient dans la neige et écoutent Challita leur conter l’histoire des cèdres du Liban. « Les cèdres ont toujours fait la fierté des Libanais mais ils ont toujours été en danger », commence-t-il. Avec un bond en arrière de plusieurs millénaires, il rappelle le nom des hommes qui ont foulé cette terre et qui ont, un jour, tenté de tirer profit de la qualité exceptionnelle de son bois : du roi Salomon à l’empereur Hadrien en passant par Alexandre le Grand. Puis il égrène les différentes constructions issues des cèdres : « Les Phéniciens en ont fait des bateaux. Les Egyptiens, des sarcophages. Les Assyriens et les Perses ont bâti des temples… » Une jeune fille l’interrompt : « Est-ce parce que le cèdre est toujours vert qu’il est si précieux ? » « Non, sourit Challita. C’est simplement parce que c’est un conifère, comme les sapins ou les cyprès. »

L’insecte qui dévore les aiguilles

Désormais, les cèdres du Liban sont des espèces protégées. On ne les coupe plus. Mais depuis la fin des années 1980, ces « monuments naturels les plus célèbres de l’univers » – d’après Alphonse de Lamartine – font face à un nouveau danger : le changement climatique. « En fait, c’est un peu plus compliqué que ça, explique Challita. L’ennemi clairement identifié du cèdre, c’est la cephalcia tannourinensis.  » Derrière ce nom scientifique se cache un insecte qui dévore les aiguilles des cèdres et les dessèche. Pire, la bête pond des œufs sur les nouveaux bourgeons et empêche leur éclosion. « Normalement, cet insecte se reproduit une fois tous les trois à cinq ans. Avec le changement climatique, il germe tous les ans », rajoute Wael Hmaidan, directeur international de Réseau action climat, l’un des plus importants réseaux de lutte contre le changement climatique dans le monde. Puis il ajoute, fataliste : « Si les aiguilles sont mangées pendant trois ans d’affilée, les cèdres meurent. »

« Plantés par la main de Dieu »

Sur les hauteurs de Tannourine, Challita poursuit sa démonstration : « Vous savez que les cèdres poussent sur la façade ouest du mont Liban, face à la mer Méditerranée, entre 1 200 et 1 800 mètres d’altitude. Les graines des cèdres ont besoin de la neige et du froid pour grandir. Mais avec la hausse des températures, il y a de moins en moins de neige au Liban… » Alors que le silence s’installe dans la clairière, un élève apostrophe le guide : « Est-ce à cause de l’insecte que certains cèdres ont les branches qui tombent vers le tronc ? » Avant que Challita n’ait le temps de répondre, une de ses camarades s’exclame : « Pas du tout ! Ça, c’est parce que le cèdre vieillit et donc il s’incline devant Dieu. C’est pour ça qu’on l’appelle Arz el-Rab, le cèdre de Dieu. » Challita a enfin perdu son air grave : « On dit des cèdres qu’ils sont sacrés, qu’ils auraient été plantés par la main de Dieu. Certains pensent même qu’ils sont immortels. » Puis il conclut dans un sourire : « Moi, je ne sais pas quoi penser. En tout cas, je l’espère. »

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