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13-06-2013
Mots clés
Alimentation
Agriculture
France
Interview

Pesticides et santé : l’étude qui confirme les craintes

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Pesticides et santé : l'étude qui confirme les craintes
(Crédit photo : Peter Blanchard - flickr)
 
Les professions agricoles et les bébés seraient les premières victimes des pesticides. C'est la conclusion globale d'études menées depuis trente ans et compilées par l'Inserm. Le point avec la chercheuse Sylvaine Cordier.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Un groupe d’une dizaine de chercheurs de l’Inserm a épluché toutes les études disponibles depuis trente ans sur les expositions professionnelles et précoces (fœtus et jeunes enfants) aux pesticides. Sans être encore formellement avéré, l’impact des pesticides sur la santé se précise. Le point avec Sylvaine Cordier, épidémiologiste à l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et membre de l’Institut de recherche sur la santé, l’environnement et le travail.

Terra eco : Après trente ans d’études sur les pesticides, a-t-on une bonne connaissance de leur impact sur la santé ?

Sylvaine Cordier : Les conséquences sur la santé de l’exposition professionnelle aux pesticides ont été bien étudiées. On sait désormais identifier les risques de développer des cancers et des maladies neurodégénératives comme Parkinson. Les chercheurs se sont aussi penchés sur les périodes de vulnérabilité, à savoir la grossesse et la petite enfance, pour déterminer l’impact de l’exposition de la femme enceinte sur le fœtus et le jeune enfant.

Quels effets a-t-on relevés sur les enfants ?

Prenons un exemple, le cas du chlordécone. Ce pesticide a été largement utilisé pendant des décennies aux Antilles. Il est désormais interdit mais comme il persiste des siècles dans l’environnement, la population y est encore exposée par voie alimentaire. Et bien, là-bas, on constate davantage de cancers de la prostate et, chez les enfants, de troubles du neuro-développement, qui se mesurent en baisse des points de Q.I. (quotient intellectuel). Par ailleurs, les femmes exposées professionnellement aux pesticides pendant leur grossesse ont 50% de risques en plus que les autres que leur enfant développe, dans sa petite enfance, des leucémies. Elles-mêmes sont plus exposées aux risques de cancers, de lymphomes, de maladies de Parkinson, que la population générale.

Malgré toutes les études et toutes les preuves, on ne parle toutefois pas de lien de cause à effet. Pourquoi ?

Non, il subsiste des incertitudes, il manque encore des données, comme l’identification des circonstances d’exposition et des produits en cause. Mais les présomptions sont néanmoins fortes et l’on sait déjà qu’il faut réduire l’exposition aux pesticides de la population.

Même les non-agriculteurs sont concernés ?

L’exposition concerne toute la population. On constate par exemple plus de cas de leucémies chez les enfants dont les mères, pendant leur grossesse, ont vécu à proximité d’une exploitation agricole, ou ont eu recours à des pesticides sur leurs lieux de résidence, qu’elles en aient utilisé dans leur jardin ou dans la maison, via par exemple un traitement antitermites, ou anticafards. Et puis bien sûr, en plus de cette contamination de l’air intérieur, il y a la contamination par l’eau du robinet et par l’alimentation. On parle de présence ubiquitaire des pesticides.

Peut-on imputer aux pesticides les fatigues et douleurs chroniques et à ce jour inexpliquées que subissent de plus en plus de personnes ?

Il n’est pas possible de le dire, d’autant que d’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte comme les champs électromagnétiques, les radiations ionisantes, le tabac pendant la grossesse, etc. Mais du côté des pesticides, on constate une amélioration de la prise en compte des risques. On a tendance à retirer du marché des pesticides très persistants, comme le chlordécone, pour les remplacer par des pesticides à durée de vie plus courte.

Quelles recommandations le collectif de chercheurs formule-t-il ?

Il ne nous revient pas de recommander de diminuer les usages de pesticides – c’est aux ministères de la Santé et du Travail de se prononcer là-dessus – même s’il est mieux d’éviter les usages à domicile et de privilégier les aliments non traités. Nous demandons une plus grande transparence des industriels dans l’accès à la composition de leurs produits. Et il faudrait également que la France se dote d’un registre des pesticides utilisés à tel endroit, pendant telle période, ce qui à ce jour n’existe pas. Cela permettrait de mieux identifier les sources et les voies de contamination de la population.

A lire aussi : Le résumé de l’étude

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  • J’abonde dans le sens de Veau Rigolo en ce qui concerne les contrôles effectués au niveau de l’entreprise agricole en France en ce qui concerne notamment :
    - les surfaces réelles exploitées, (si elles sont inférieures de 10% à la surface primmable demandée, vous encourez une pénalité.
    - un contrôle annuel par voie aérienne est effectué, ce qui permet de vérifier que les cultures déclarées sont bien place, et à la distance règlementaire des cours d’eau.
    - la tenue d’un cahier de fertilisation des culture avec obligation de rester en dessous des normes maximales d’azote utilisées.
    - la tenue d’un cahier de traitement de chaque culture en herbicides, fongicides, et insecticides. A noter que même les pulvérisateurs doivent être agréés, pour s’assurer qu’ils sont en bon état de fonctionnement.
    Pour ce qui concerne les bovins, par exemple :
    - la tenue d’un registre de la situation du cheptel bovin, avec les entrées, (achats et naissances), et les sorties, (ventes et mortalités). Par ailleurs chaque animal doit posséder une boucle d’oreille avec son N °spécifique, qui le suivra depuis la naissance jusqu’à l’abattoir ou le centre d"équarrissage.
    - un certificat de contrôle sanitaire effectué chaque année par le vétérinaire, pour la mise à jour des vaccinations obligatoires.
    - l’attestation sanitaire,(Asda), doit suivre l’animal, si celui-ci va dans un autre élevage ou à l’abattoir.Si l’animal, ou l’élevage entier est en cours de traitement, ou s’il a été atteint de certaines maladies, (botulisme, listériose, etc...),, la commercialisation sera suspendue.
    Ainsi en termes de suivi et de contrôle sanitaires, tant au, niveau des cultures que des cheptels animaux la France est est certainement, l’un des pays le mieux placé au monde.
    Je terminerai par 2 observations importantes :
    1- Je pense que les problèmes de santé son la plupart du temps multifactoriels, et il est difficile, d’incriminer automatiquement et uniquement tel ou tel produit consommé.Cette remarque est aussi valable pour le producteur que pour le consommateur.
    2- Médiatiquement et idéologiquement ces domaines sont très porteurs, mais je ne connais pas de statistiques officielles mentionnant la mortalité occasionnée, chez les producteurs et les consommateurs par les excès ou les erreurs d’utilisation, quand elles existent, des "pesticides".
    Par contre, si vous ne le savez pas, je peux porter à votre connaissance qu’une récente étude, effectuée par la Mutualité sociale agricole, (MSA), a recensé 485 suicides chez les agriculteurs entre 2007 et 2009.Ici, nous pouvons plus facilement apporter des explications entre les cause et les effets. !

    17.06 à 19h14 - Répondre - Alerter
  • Merci pour cet article intéressant parce qu’il confirme ce que d’autres études soupçonnaient déjà. Il est toutefois inexact de dire qu’aucun registre d’utilisation localisée des produits phyto pharmaceutiques n’existe. En effet, la tenue d’un registre d’usage phytosanitaire par chaque exploitant agricole et pour chacune de ses parcelles est obligatoire. C’est d’ailleurs l’une des conditionalités de la PAC, c’est à dire qu’en cas de contrôle négatif (absence ou mauvaise tenue du registre) par la DDTM, l’exploitant agricole peut perdre une partie de sa dotation PAC. Ces informations existent donc bien, faut-il encore qu’elles remontent aux chercheurs.

    16.06 à 01h01 - Répondre - Alerter
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