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28-05-2009

La ruée vers les petits prix bio

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Amap, grande distribution, solidarité sectorielle, aide nationale : avec de nouveaux modes de distribution et d’organisation, le bio pour tous pourrait ne pas rester qu’un slogan.
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« Penser le bio par le prix, c’est une régression. C’est retomber dans le système actuel », s’insurge Hélène Pietrzak, du distributeur de fruits et légumes Estivin. Payer le bio moins cher, c’est pourtant ce que réclament les clients. Comment est-il alors possible d’actionner sur le piston prix ? Des consommateurs ont d’abord choisi de supprimer les intermédiaires. Les lieux de vente directe se multiplient, notamment sous la forme d’Amap, Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne. Tous les jeudi à Oudon, en Loire-Atlantique, 85 familles viennent chercher leur panier dans le hangar de Laurent Jouve, exploitant en fruits et légumes. S’y retrouvent des producteurs de volailles, de produits laitiers, de farine, de viande bovine et un boulanger paysan.

Il y a trois ans, Laurent et sa femme Hélène étaient prêts à raccrocher les bottes, dégoûtés par le fonctionnement de la coopérative locale qui ne valorisait pas leur travail. Aujourd’hui, convertis au bio au prix de gros efforts, ils ne gagnent pas mieux leur vie, mais avec l’Amap, ils ont le plaisir de satisfaire leurs consommateurs avec des produits de qualité. « La vente directe permet d’obtenir des prix qui se situent entre ceux d’un magasin spécialisé comme Biocoop et d’une grande surface », note Thierry, enseignant « amapien ». Si le système soutient des producteurs locaux, il est encore difficile d’imaginer la déclinaison de ce bonheur local à plus grande échelle.

Question de volume

Pour Franck Bardet, responsable de la filière lait, viande et poisson du réseau Biocoop, le prix est étroitement lié au coût logistique. Pour proposer de la viande fraîche moins cher, il prévoit d’équiper une soixantaine de magasins avec un service d’arrière-boucherie. Les économies d’échelles faites à l’achat de gros volumes lui permettront ainsi de réduire l’écart de prix avec les grandes surfaces. En effet, l’engouement pour le bio est tel qu’en moins de cinq ans, la GMS (grande et moyenne surface) a rempli ses rayons de bio. « La grande distribution veut aller vite pour répondre à la demande, mais elle ne parvient pas à se réorganiser, pointe Fatima Jamjama, du distributeur Pronatura. Elle veut adapter le bio à son système, mais elle ne fait que le tirer vers le bas. » Elle fait là référence à la concurrence exacerbée qui oblige les producteurs à brader leur travail et à vivre de subventions : un vrai cercle vicieux. « Si on enlève les charges spécifiques à l’agriculture biologique, on arrive à un prix équivalent à celui de l’agriculture conventionnelle subventionnée », résume Céline Gouffault, du Groupement des agriculteurs biologiques (GAB) de Loire-Atlantique.

La différence de prix entre un kilo de steak haché en magasin bio (18,68 euros) et de marque de distributeur (7,10 euros) s’explique aussi par les aides européennes dont a bénéficié le producteur du bœuf non bio : aide au fourrage, impossibilité d’exportation, crise de la vache folle… En face, les producteurs bio perçoivent un soutien moindre à la conversion (7 600 euros par hectare et par an), puis au maintien de l’exploitation. Heureusement pour ces exploitants, bien avant les aides publiques, les professionnels du secteur se sont serrés les coudes. Sur le plan départemental, le réseau des GAB leur apporte une aide précieuse.

Pendant les deux années de conversion d’une exploitation, la production n’est pas valorisée comme biologique. Les collecteurs, distributeurs et autres acteurs des filières bio, soutiennent donc activement leurs futurs fournisseurs. Dans deux ans par exemple, les 230 producteurs provençaux et bretons que Pronatura accompagne viendront densifier son réseau de distribution, diminuer ses coûts logistiques et approvisionner la grande distribution. Malgré tous ses travers, cette dernière reste en effet un débouché essentiel pour les filières bio et un moyen de rendre plus accessibles ce type de produits.

L’Etat à la rescousse

La restauration collective est une autre voie prometteuse pour le bio. Or, pour s’approvisionner en volume, les distributeurs sont aujourd’hui obligés de se fournir à l’étranger, faute de production suffisante en France. Car avec à peine 2 % de surface utilisés pour l’agriculture bio – ridicules face aux 11 % de l’Autriche –, la France est forcée d’importer 50 % des produits biologiques qu’elle consomme. « Avec 20 % de surface agricole bio, comme l’a prévu le Grenelle de l’environnement pour 2020, c’est sûr, les volumes suivraient et les prix devraient baisser », confirme Julien Taunay, coordinateur des GAB en Pays de la Loire.

Comment y parvenir dans le timing envisagé ? Depuis 1992, des subventions nationales ont contribué à développer doucement la filière, avec en plus un crédit d’impôt par-ci ou un soutien régional sur le prix de la certification par-là. Mais les choses devraient changer : après avoir triplé en dix ans, puis stagné jusqu’en 2008, le nombre d’exploitations bio devrait bondir en 2009. Le déplafonnement des aides annoncé en janvier par le ministère de l’Agriculture se révèle plus incitatif qu’auparavant. Devant l’affluence des demandes, la région Centre a même déjà limité l’enveloppe par exploitation. Même les grands céréaliers pensent à leur conversion, c’est dire. Si les grandes exploitations franchissent le pas et que le ministère ne recule pas, l’objectif des 20 % deviendra presque réaliste.


HYPERS SANS FRONTIÈRES

A entendre la grande distribution, le bio serait déjà disponible à bas prix dans ses rayons. Dans le test réalisé par la rédaction de Terra eco, notre panier de fruits et légumes est, par exemple, 39 % plus cher en magasin bio qu’en supermarché traditionnel, certes. Mais avec une différence majeure : 100 % des fruits et légumes bio achetés en hyper avaient été cultivés hors de nos frontières ! Prendre en compte le coût carbone de nos achats est indispensable : regardez donc du côté des marchés bio et des producteurs locaux (pour un surplus de 12  %, selon notre enquête).

Photo : Thomas Jouanneau/Signatures

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