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4-09-2008
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Développement Durable
Monde

La ruée vers les déchets

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Sans eux, la planète économique tournerait au ralenti. Recyclés, la ferraille, le papier, le verre ou le plastique répondent déjà à 50 % des besoins mondiaux en matières premières. Plongée dans le business très lucratif des déchets.
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Article publié dans le magazine
"2008 : le 1er "choc écologique""

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Les docks. Côte Est de l’Angleterre. Sur le quai du port de Felixstowe, plusieurs centaines de containers sont déchargés. A l’intérieur, des ordinateurs ou des jouets « made in China ». Chaque objet est emballé dans du plastique, du papier ou du carton. Mais désormais, sur le Vieux Continent, plus rien – ou presque – ne se perd, tout se transforme. Les emballages issus de l’importation de marchandises sont en effet transbahutés au coeur de centres de traitement pour y être transformés en fibres de cellulose.

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Série Photos Chris Jordan

Puis, retour à l’envoyeur. Au lieu de repartir à vide vers la Chine, les conteneurs du navire accosté au port de Felixstowe seront lestés de pâte à papier prête à être réutilisée. En 2004, près de 500 000 tonnes de papier ont ainsi été exportés du Royaume-Unis vers la Chine. Et les autres pays européens font de même. Ce trafic fait le bonheur des pays émergents qui s’approvisionnent ainsi en matières premières à bas coûts.

500 euros la tonne de ferraille

Aujourd’hui, les montagnes de déchets, longtemps mal considérés et sous-exploités, constituent d’immenses gisements qui attisent toutes les convoitises. Car les matières premières dites « primaires » ne suffisent plus à répondre à l’appétit des pays émergents, tels que l’Inde et surtout la Chine. « Sans ce recyclage et cette création de “ nouvelles matières premières ”, appelées d’ailleurs “ secondaires ”, nous subirions une pénurie depuis déjà longtemps », souligne Philippe Chalmin, président de l’institut Cyclope (Cycles et orientations des produits et des échanges) et coauteur de l’étude « Du rare à l’infini : panorama mondial des déchets ». Le recyclage fournit déjà 50 % des besoins mondiaux en matières premières. Et un quart seulement des « ressources » en déchets est actuellement exploité.

Désormais, nos rebuts valent de l’or. « La ferraille atteint 500 euros la tonne ! Avec la flambée du cours des matières premières, les prix des matières secondaires atteignent des montants que nous n’aurions jamais imaginés, s’enthousiasme le président de Cyclope. Quand le prix de la tonne de minerai de fer est multiplié par quatre, celui de la ferraille double. Idem pour la pâte à papier qui entraîne le vieux papier dans son sillage. » Explosion de la demande, raréfaction des sources et contrôle plus sévère des émissions de gaz à effet de serre : tout coïncide actuellement pour que les prix s’envolent. Vingt ans après les premières réglementations environnementales, nos poubelles prennent encore du galon. « L’industrie du recyclage est beaucoup moins énergétivore que la production classique », précise Virginie Rocheteau, chargée des politiques de recyclage à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Fabriquer du papier à partir de vieille paperasse plutôt qu’avec du bois représente une économie d’énergie de 64 %. L’aluminium fait encore mieux : 95 % de gagné ! Et avec 2,5 milliards de tonnes de détritus produits par an – soit presque autant que la production mondiale de céréales –, les matières à recycler semblent une source inépuisable.

« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Les marchés de la récupération se sont mondialisés et nous exportons désormais vers des pays de plus en plus éloignés », constate Gérard Bertolini, chercheur au CNRS. Chaque année, dans le monde, 600 millions de tonnes de matériaux sont recyclées. Sur ce total, 135 millions de tonnes circulent autour du globe, dont 59 millions à l’intérieur de l’Europe. « Pour schématiser, l’Amérique et l’Europe sont exportatrices nettes et l’Asie importe », résume Dominique Maguin, président du Bureau international du recyclage (BIR). Mais dans le détail, quelles sont les matières qui s’échangent ?

Papier, plastique, métaux ferreux et non ferreux font l’objet de mouvements incessants à l’échelle planétaire. Nation pauvre en minerais, la Turquie est le premier importateur mondial de ferraille, devant les géants chinois et indien. L’Afrique – et plus modestement l’Asie – récupère nos vieilles fripes, faisant vivre plusieurs centaines de milliers de personnes. Enfin, la Chine et l’Inde, dont la réglementation sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (D3E) est encore balbutiante, voient affluer les ordinateurs devenus obsolètes. Restent les métaux ferreux et non ferreux, le plastique ou les fibres de récupération de papiers/cartons, dont la Chine est indiscutablement le premier importateur mondial. Car, sans les matières secondaires, le monde ne suffirait pas à satisfaire l’appétit du géant asiatique.

Les Français en tête

« Le monde du recyclage n’est pas celui de la subvention. Le marché est sous-tendu par une logique économique  », précise – au cas où l’on douterait – Dominique Maguin, président du BIR. Avec un chiffre d’affaires annuel de 130 milliards d’euros, le recyclage est devenu une poule aux oeufs d’or, attirant nombre de grosses sociétés. « De grandes entreprises de traitement de déchets, des sidérurgistes et des papetiers se tournent vers cette industrie en rachetant des entreprises de récupération », analyse le responsable du BIR. Les Français ne sont pas en reste : Veolia, Suez et Joël Séché sont les trois entreprises leader du traitement des déchets dangereux. « La convention de Bâle interdit d’échanger ces déchets, rappelle Dominique Maguin. Les sociétés françaises créent donc des usines sur place, partout dans le monde, pour y traiter ces produits dangereux. » Selon le BIR, entre 1,5 et 1,8 million de personnes travaillent dans le recyclage [1]. Des travailleurs des bidonvilles aux PME en passant par les multinationales, Terra Economica est allé à la rencontre de ceux qui transforment nos déchets en or en Inde, aux Etats-Unis, en Thaïlande et en Allemagne. —

[1] Ces statistiques ne prennent pas en compte l’économie informelle de la récup : dans certains pays, comme le Mali, la Côte-d’Ivoire ou le Bénin, 10 % de la population peut en vivre directement ou indirectement.

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