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La cocaïne est leur métier

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Pour fabriquer de la cocaïne, il faut des feuilles de coca, des hommes et beaucoup d'argent. De Bogota à Paris, ce commerce court le long d'une chaîne humaine allant des cultivateurs aux consommateurs. Enquête sur le circuit de la cocaïne : un commerce bien peu équitable.
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Il est 1h30 ce matin. En ce haut lieu de la fête parisienne, le DJ prend possession des platines. L’ambiance explose. Des danseurs ont déjà avalé leur "petite pastille", certains tirent sur un joint et d’autres, dans l’ombre, sniffent une ligne de coke. Le dealer a certifié la haute qualité du produit. Origine : Colombie. A 85 euros le gramme, il garantit une pureté exceptionnelle de 70%. Tant pis si le vrai chiffre atteint péniblement 30%. Le reste est coupé avec des sucres, des analgésiques et des anesthésiques, histoire d’offrir aux clients cette sensation d’engourdissement des muqueuses si typique de la cocaïne.

A 10000 kilomètres de là, au cœur de l’Amazonie colombienne, le gramme de cocaïne base (avant transformation), passe des mains du cultivateur de feuilles de coca aux négociants des laboratoires de narcotrafiquants au prix de 90 centimes d’euro. Transformé et pur à 97%, il sera négocié dans les rues de Bogota, la capitale, à moins de 5 euros.

La coca : guerre et survie

Entre la forêt amazonienne et l’Europe, le prix d’un gramme de cocaïne est multiplié par 100. Qui fabrique, transporte, contrôle ou revend cette marchandise ? Tout commence quelque part entre la Colombie, le Pérou et la Bolivie, les trois plus gros producteurs au monde de feuilles de coca. Sur ces terres, elle pousse depuis des millénaires et est utilisée mâchée, en infusion ou fumée, pour ses vertus stimulantes. Si on les mettait côte à côte, les cultures de cocaïers de la planète couvriraient le territoire de la Guadeloupe. Cette superficie a tendance à s’étendre depuis ces quinze dernières années malgré les nombreuses tentatives de cultures de substitution.

La Colombie, pierre angulaire du circuit, n’a pas toujours été le principal producteur de feuilles. Le phénomène remonte à 1989 : cette année-là, sous la pression des Etats-Unis, le système des quotas d’exportation du café est rompu. Les prix s’écroulent. Quelques années plus tard, l’Union européenne décide de privilégier l’importation des bananes de ses ex-colonies (pays ACP, Afrique-Caraïbes-Pacifique) au détriment des pays latino-américains, en diminuant leurs quotas et en augmentant les impôts douaniers. Résultat : des dizaines de milliers de familles sont ruinées et poussées à se reconvertir dans la coca [1]

Aujourd’hui, la Colombie monopolise les deux étapes les plus rémunératrices du circuit. La transformation en chlorhydrate - la cocaïne - et son exportation vers les Etats-Unis, puis plus récemment vers l’Europe. 23 départements - sur les 32 que compte la Colombie - produisent la coca, soit les deux tiers du territoire. Sa culture, sa transformation en pâte base (produit intermédiaire) puis en cocaïne et enfin son exportation, y sont contrôlées par trois groupes. L’organisation "historique" (les narcotrafiquants), les organisations paramilitaires AUC [2], étroitement liées aux cartels de la drogue et à l’armée, et enfin la guérilla des Farc [3]. Les autorités cherchent toujours à apporter la preuve de leur implication dans les filières d’exportation, même si une étude officielle estime à 170 millions d’euros par an les gains que cette guérilla dégagerait grâce à la coca. Largement de quoi nourrir et armer ses combattants.

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[1] Dès janvier 2006, l’UE a décidé que les quotas d’exportation de la banane disparaîtraient et que les impôts douaniers des pays hors ACP seraient augmentés de 300%.

[2] Autodéfenses unies de Colombie. Opposées à la guérilla, elles défendent les intérêts de la classe dirigeante.

[3] Forces armées révolutionnaires de Colombie. Guérilla communiste née en 1964, forte de près de 20 000 combattants. Son financement repose aujourd’hui sur la coca, l’enlèvement contre rançons et l’extorsion.

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