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28-05-2009

Et l’Inde inventa le clip agricole

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L’ONG Digital Green croit au pouvoir du petit écran. Elle fournit des caméras aux paysans afin qu’ils filment leurs pratiques durables et les essaiment dans le pays.
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n°4 - juin 2009

Le bio est-il réservé aux riches ?

Avec son milliard d’habitants à nourrir, l’Inde verrouille sa sécurité alimentaire. Et le pays se focalise en premier lieu sur son agriculture. Il n’y a là rien de surprenant : en terme économique, ce secteur mobilise plus de 60 % de la main-d’œuvre. Pendant les années 1960 et 1970, la « révolution verte » avait semé ses miracles à travers tout le pays, propageant les techniques agricoles occidentales pour accroître les rendements. Les méthodes traditionnelles ont ainsi laissé la place aux engrais chimiques, à la monoculture et à une irrigation intensive. « Cette révolution a eu un impact à court terme, mais aujourd’hui, trente ou quarante ans plus tard, nous en payons les conséquences », explique Rikin Gandhi, faisant allusion aux vagues de suicides de paysans criblés de dettes.

Ce jeune informaticien de 27 ans a donc mis sur pied Digital Green, une ONG désireuse de transformer les usages agricoles de son pays. Son idée est simple : propager des pratiques agricoles à la fois productives et durables en utilisant le petit écran et des vidéos produites par les agriculteurs eux-mêmes.

L’analphabète et la caméra

C’est au sein des laboratoires indiens de Microsoft Research, à Bangalore, que Rikin Gandhi élabore son projet en 2006. Il vient alors d’intégrer le département spécialisé dans les « technologies pour le développement » et est chargé d’étudier leur rôle dans des secteurs comme la santé, l’éducation, la microfinance ou l’agriculture. Plus jeune, le garçon avait déjà roulé sa bosse aux Etats-Unis, notamment en tant qu’ingénieur dans l’entreprise californienne Oracle. Au départ, son projet a suscité quelques froncements de sourcils. Comment enseigner aux paysans, dont une forte proportion d’analphabètes, à se servir d’une caméra ? Par où commencer dans un pays aussi vaste ? Quelle peut être l’efficacité d’un tel programme alors que même les campagnes d’information nationale par voie officielle ont prouvé leur maigre impact ?

« Ce sont justement ces faibles résultats qui nous ont poussés à repenser les stratégies », explique Rikin Gandhi pour qui le choix de la vidéo n’a rien d’extraordinaire. « Les caméras sont très simples d’utilisation et leur coût est faible. Mais ce sont seulement des outils. Le réel changement, c’est la confiance que nous parvenons à établir avec les communautés d’agriculteurs. » Et la chose était loin d’être entendue. Septième plus grand pays agricole au monde, l’Inde n’est guère homogène. « Les pratiques de la province de Karnataka, au sud, ne sont pas les mêmes que dans la province centrale de Madhya Pradesh ou plus à l’est, dans l’Orissa, car les conditions climatiques sont à chaque fois différentes », souligne l’informaticien.

« Chef d’orchestre »

C’est pour cela que Digital Green s’appuie sur des ONG locales, présentes sur le terrain depuis dix ou parfois quinze ans. Green Foundation est l’une d’entre elles. Opérant dans plus d’une centaine de villages, cette organisation promeut « l’agrobiodiversité » et les techniques durables. Elle essaie de convertir à l’humidification des sols afin d’éviter « l’effet marécage », à la conservation des graines ou encore à l’utilisation de lombricompost au lieu d’engrais chimiques. Il en va de même pour Pradan et Baif, deux ONG qui tentent d’éradiquer la pauvreté dans les provinces rurales indiennes depuis plusieurs dizaines d’années.

La force de Digital Green réside dans sa capacité à coordonner la production de vidéos par les agriculteurs en association avec les ONG locales : « Nous faisons un travail de chef d’orchestre », sourit Rikin Gandhi. Une équipe de deux paysans filment les pratiques d’un troisième, exploitant « modèle », qui parvient à obtenir de bons rendements tout en utilisant des méthodes respectueuses de l’environnement. Et apparemment, les bons élèves ne se feraient pas prier : « Les agriculteurs adorent passer à la télé », a pu constater l’un des intervenants du projet, Kentaro Toyama, interviewé par le New York Times. Les vidéos sont ensuite diffusées dans les villages alentour. « A chaque projection, les questions de l’auditoire sont les mêmes : “ Quel est le nom de l’agriculteur filmé et où habite-t-il ? ” », témoigne Rikin Gandhi. La pertinence du message dépend en effet du degré de proximité de « l’acteur » de la vidéo avec l’auditoire.

Digital Green a mis en place des équipes dans six provinces indiennes, et selon des études menées par l’ONG, cette technique de dissémination de l’information a « sept fois plus de chances de changer les pratiques des agriculteurs que les méthodes traditionnelles ». Rikin Gandhi n’exclut pas d’exporter plus tard son concept en Asie du Sud-Est ainsi qu’en Afrique, « où les besoins sont énormes »


L’OPÉRATION EN CHIFFRES

  • 300 vidéos d’environ six minutes chacune déjà produites
  • 6 caméras en circulation
  • Environ 2 000 agriculteurs et leur famille bénéficient des actions de Digital Green
  • 630 dollars (474 euros) : coût de la réalisation d’un film et de sa diffusion pour un an. Cette somme est répartie entre les agriculteurs du village et les ONG.
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