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26-06-2014
Mots clés
Agriculture
France

Danger des pesticides : on a vérifié les salades des fabricants

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Danger des pesticides : on a vérifié les salades des fabricants
(Flickr-CGP Grey)
 
Facteur de risque pour l'autisme, menace pour les oiseaux, les vers de terre ou les cours d'eau… Face aux nouvelles accusations qui frappent les pesticides, la représentante des industriels déroule un argumentaire usé. Décryptage.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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L’industrie des phytosanitaires encaisse coup sur coup. Chaque jour, la publication d’une nouvelle étude lève le voile sur une facette insoupçonnée de la nocivité de ses produits. Lundi, une équipe de chercheurs américains suggérait, dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP), le lien entre l’exposition aux produits phytosanitaires et l’autisme. Mardi, une évaluation internationale menée par une équipe rattachée à l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, révélait les effets néfastes des néonicotinoïdes - des neurotoxiques qui pèsent pour 40 % du marché mondial des pesticides - sur des espèces qu’on pensait épargnées : les vers de terre, les poissons et les oiseaux. Une semaine plus tôt, une équipe de scientifiques allemands livrait un diagnostic alarmant sur la contamination des cours d’eau européens.

Ces nouvelles charges contre les produits phytosanitaires s’ajoutent aux lourds soupçons qui entourent déjà la surmortalité des abeilles et la sur-représentation de certaines maladies chez les agriculteurs. Acculés, les fabricants ripostent. Invitée mercredi matin sur Europe 1, Eugénia Pommaret, directrice générale de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), menait la contre-offensive. « Je ne veux pas laisser croire aux auditeurs que nous sommes dans un monde où l’on s’empoisonne tout le temps en respirant, en mangeant » a-t-elle rassuré. Pour parer à la « présentation caricaturale » que constitue, à ses yeux, l’énumération des études, la représentante de l’industrie phytosanitaire dégaine un florilège d’arguments rebattus. Terra eco les passe en revue.

  • Le doute : questionner la pertinence des études

« Il n’y a pas de massacre. L’étude (menée par les chercheurs proches de l’UICN) porte sur des éléments qui viennent d’études in vitro, faites en laboratoire. Donc ce n’est pas une étude de grande échelle »

La meilleure défense, c’est l’attaque. Embarrassée par le communiqué (en pdf) du Groupe de travail sur les pesticides systémiques (TFSP) qui préconise de « commencer à planifier la suppression progressive des pesticides à l’échelle mondiale ou, du moins, à formuler des plans visant à réduire fortement leur utilisation », Eugénia Pommaret minimise la portée de ces travaux. Mais la directrice de l’UIPP s’attaque à gros. Pour réaliser cette étude, qui sera publiée en intégralité dans la revue Environmental Science and Pollution Research cet été, une cinquantaine de chercheurs émérites de plus de 15 nationalités ont passé cinq ans à compiler et analyser plus de 800 publications scientifiques. « Dire que ce n’est pas une étude de grande échelle est incorrect » réplique Jeroen P. van der Sluijs, coordinateur du groupe de travail. « Il s’agit de la synthèse exhaustive de tous les travaux, ceux des industriels inclus, réalisés à ce jour sur l’impact des pesticides, précise le chercheur néérlandais. On ne parle pas uniquement d’expériences in vitro. »

Pourcentage de produits chimiques présentant des risques de dommages graves pour l’environnement par bassin étudié - Crédit PNAS

Pour nier l’existence d’études « à grande échelle », le moment est plutôt mal choisi. Le 16 juin, une autre équipe de chercheurs, celle de l’université de Landau (Allemagne) a également publié son inventaire : le plus gros réalisé à ce jour sur la présence de substances chimiques organiques dans les bassins d’eau douce. En effectuant des prélèvements de 238 produits chimiques sur 400 sites, ils ont constaté que la moitié des cours d’eau européens présentent des niveaux de pollutions susceptibles d’entraîner des « dommages durables » sur les écosystèmes. « Les pesticides sont les principaux contributeurs de ce risque chimique », précise Egina Malaj, co-auteure de l’étude.

  • Le bouclier : se cacher derrière les précautions d’utilisation

« Les pesticides ne sont pas dangereux utilisés selon les conditions d’emploi. (…) Ces études ne sont pas de nouvelles recherches qui montrent le lien avec l’utilisation normale des produits, je dis bien utilisation normale. »

Si certaines études font état de danger, c’est simplement que les précautions d’usage ne sont pas respectées. L’argument régulièrement brandi par l’UIPP, BASF et d’autres est « un non-sens » selon Jeroen P. van der Sluijs : « Au vu de l’ensemble des publications examinées, ce que la science nous dit c’est que l’usage normal d’insecticides de type néonicotinoïdes entraîne des concentrations de produits bien au dessus du seuil au delà duquel une large éventail d’espèces est impacté. » De même, l’étude américaine sur l’autisme ne s’attarde pas sur le respect des conditions d’utilisation. Que l’agriculteur soit précautionneux ou pas, à proximité des exploitation agricoles qui utilisent des pesticides, les chances pour une femme enceinte d’avoir un enfant autiste augmentent de 66%.

  • La diversion : parler d’alimentation plutôt que d’exposition

« Va-t-on s’empoisonner en mangeant ? Le principal enjeu aujourd’hui c’est de continuer à manger des produits sains. Vous avez moins de 2 % des produits sur le marché pour lequel il y a des dépassements de seuil (de pesticides, ndlr). »

Interrogée sur les risques liées à l’inhalation de pesticides par les écoliers girondins ou les risques liés à l’exposition chronique des agriculteurs, Eugénia Pommaret rassure sur le contenu de l’assiette du consommateur. Ce tour de passe-passe lui permet d’avancer un chiffre sécurisant. Le rapport annuel de Efsa, l’autorité européenne de sécurité des aliments, indique que, pour la troisième année consécutive, plus de 97 % des échantillons alimentaires étudiés présentent des résidus de pesticides dans des quantités conformes aux règlements européens. Quand l’association Générations futures préfère retenir que « 65% des fruits et 39% des légumes européens contiennent des résidus », dans une quantité conforme ou non, Eugénia Pommaret met l’accent sur le fait que 2 % seulement dépassent les normes. Quant au nombre préoccupant d’agriculteurs souffrant de cancers, de dépressions ou de la maladie de Parkinson, la directrice de l’UIPP finit seulement par reconnaître que « ces questions sont légitimes ».

  • L’amalgame : tout le monde utilise des pesticides, même dans le bio

« Tout type d’agriculture, qu’elle soit conventionnelle, qu’elle soit biologique, qu’elle soit intégrée (raisonnée, ndlr) utilise des produits phytosanitaires. »

Prise mot à mot, l’affirmation est juste. Mais les phytosanitaires utilisés en agriculture bio peuvent difficilement être mis sur le même plan que ceux épinglés par les différentes études. « Dans l’agriculture biologique aucun produit chimique de synthèse n’est utilisé, seuls les insecticides et fongicides naturels sont autorisés, souligne Antoine Faure, responsable règlementation au sein de l’organisme de contrôle et de certification Ecocert. Par exemple si on décide de traiter une plante contre les insectes avec du pyrèthre on a le choix entre le produit de synthèse et celui extrait du chrysanthème où il est naturellement présent. » Sur son site internet, le ministère de l’Agriculture propose la liste des intrants autorisés en agriculture biologique. On y trouve des huiles essentielles, du cuivre, du sulfate de potassium, et même des huiles de pétrole. Mais pas la moindre trace de néonicotinoïdes. « Ces produits contiennent tous des molécules de synthèse, aucun en pourrait être autorisé en agriculture bio », souligne Antoine Faure. Or ce sont ces neurotoxiques qui cristallisent les craintes des scientifiques. Jusqu’à présent, aucune étude n’a évoqué une quelconque responsabilité du cuivre, du souffre ou des huiles essentielles dans le déclin des abeilles.

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  • Message au salarié de l’UIPP qui squat la toile. Je vous félicite, vous avez bien appris votre leçon. Et vous avez raison de ne pas vous demander si les conditions normales d’utilisation sont réalisables. Moi, agriculteur, je vous affirme le contraire. D’autre part, j’ai préparé pour les gens comme vous quelques échantillons. Je les ai préparer avec de l’eau potable et cinq produits phytosanitaires aux concentrations ne dépassant pas la DJA, donc sans danger. Je propose mes échantillons à tout ceux qui viennent avec votre discour. Depuis cinq ans, 8 de vos affidés sont passés. Tous ont refusé mon apéritif. Je comprends pas. Pourtant on peut voir des vidéo anciennes où un de vos ancêtre essaye de vendre à des agriculteurs africains du DDT. Il en pulvérise un peu, mais pas beaucoup quand même, sur de la nourriture qu’il mange. C’est fou ça, le métier se perd ! Je vous souhaite un bon appétit ou plutôt bonne chance !

    5.12 à 03h52 - Répondre - Alerter
  • En tant que particulier .

    Pour la première année , je ne traite rien , rien du tout , ras le bol de traiter , l’impression d’un non sens , et j’ai eu le déclic avec une vidéo des bourguignon quand ils évoquaient que la nature n’avait pas eu besoin de l’homme pendant des centaines de millions d’années pour prosperer . Pourquoi aujoud’hui à cause de la main de l’homme il faut une béquille qu’on nomme pesticide ? Pourquoi nous vend on des arbres fruitiers qui ont besoin de traitement , comprends pas ! J’ai perdu la quasi totalité de la production des pêchers ( 8 arbres sur 10 ) à cause de la cloque dès la fin de l’hivers /début du printemps => je vire tout à l’automne pour remplacer par des variétés resistantes , ça existe j’ai découvert ça ce printemps . Dans la vigne et ailleur j’ai laissé l’herbe monter pendant 4 mois d’affiler , j’ai juste fait une tonte il y a quelques jours avant la pluie . J’ai lu qu ’il était important de laisser l’herbe monter , sert de refuge à de nombreux insectes , sert de capteur solaire ( production de matière organique hors sol et à l’interieur ), structure le sol , production de molécule organique utile à la fabrication de l’immunité contre les maladies et cerise sur la gateau participerait à la communication inter espèce par voix chimique ( je ne sais pas si c’est vrai je n’ai pas les moyens de vérifier ) cad que des “ mauvaises herbes” permettraient à la vigne ou des arbres fruitiers de mieux lutter contre les maladies en étant prévenu de l’arrivée d’une maladie ( un peu le même principe que ce qui se passe entre l’Acacia et la girafe )

    ce qui donnera , restera , les autres dégagerons . On va appliquer la selection naturelle dans le potager , marre des pesticides .

    30.06 à 13h10 - Répondre - Alerter
  • Apparemment la permaculture qui a pourtant prouvé les taux de rendement fet l’économie sur les produits de synthèse non utilisés, est hors de portée de compréhension des pro pesticides.
    Pas besoin d’en ingérer pour être autiste, en palper les milliards que ça rapporte n’arrange pas non plus : riche de crétinerie aveugle et incapable de reconnaître ses erreurs, c’est intelligent ça ? Et le 1/3 de la production alimentaire mondiale à la poubelle, késako ?

    30.06 à 11h52 - Répondre - Alerter
  • Juste une petite remarque sur le Certiphyto pour vous dire c’est une fumisterie. Je peux le dire en tant qu’agricultrice quand je vois mes voisins tous en train de traiter sans masque (tant pis pour eux) et même s’il y a du vent (tant pis pour les voisins). Mais la FNSEA nous soutient qu’il n’y a pas de problèmes avec les pesticides, les précautions d’usage sont respectées et le risque est maîtrisé !!

    29.06 à 22h27 - Répondre - Alerter
  • Ça doit quand même faire une quarantaine d’années que les consommateurs se posent vraiment des questions sur ce qu’ils mangent et les grandes crises types Veaux et poulets aux hormones, "vaches folles", et grippe aviaire n’ont pas vraiment fait réagir les gouvernements mondiaux qui se vautrent dans une mondialisation et un productivisme coûte que coûte. J’attends de voir avec impatience ce que nous réserve ce grand traité transatlantique qui ne fait l’objet d’aucun débat politique ni médiatique. Le petit peuple n’est sans doute pas à même de comprendre, peut être à t-il mangé trop de salades aux pesticides.. !!!

    28.06 à 19h39 - Répondre - Alerter
  • Entre une méthode qui comporte des risques ou sur laquelle nous n’avons que trop peu/pas d’expérience (ladite "innovation"), et une, plus rudimentaire mais respectueuse et qui a fait ses preuves, ne vaut-il pas mieux investir dans le principe de précaution plutôt que sur le comment mieux utiliser des produits qui seront de toute manière mal utilisés à un moment ou à un autre ? À l’instar du nucléaire, tout va bien jusqu’à.......

    Malheureusement, ce principe de précaution n’a jamais été observé concernant les pesticides, et nous en sommes là, aujourd’hui, à devoir gérer une explosion de dégâts environnementaux et sur les êtres vivants, nous compris (cancers, troubles endocriniens, etc.). Et ce n’est que le sommet de l’iceberg...

    Alors puisque vous aimez dévier votre propos dans d’autres généralités (ça sent le lobby à plein nez votre discours), je vous répondrai que l’équation semble assez simple concernant les OGM and co.

    27.06 à 16h40 - Répondre - Alerter
  • Réduire la seule responsabilité du déclin des abeilles aux pesticides est abusif....Le réchauffement climatique, l’entretien des ruches, la monoculture, certaines pratiques telle que l’utilisation d’antibiotiques, des parasites comme le varoa sont responsables aussi.Certes la lutte contre les insectes avec des auxiliaires,pièges,phéromones, confusion sexuelle, champignons entomopathogènes....est souvent efficace.Rajoutons l’Ogm Mon810 qui utilise le gène du Bacillus Thurigiensis,beaucoup plus sélectif que le pyrèthre même naturel,qui figure dans la liste des produits bio contrôles, et qui permet de ne pas utiliser d’insecticide volatil impactant.Dans ce sens, son interdiction dogmatique est une hérésie totale.Rappelons que cette variété est cultivée dans le monde depuis près de 20 ans....Par contre, il n’existe pas à ce jour de méthode alternative aux pesticides efficace contre les champignons et les mauvaises herbes.La seule méthode totalement respectueuse de l’environnement pour désherber est la binette.

    27.06 à 10h11 - Répondre - Alerter
  • Vous avez sans doute à votre disposition une étude qui démontre formellement que les produits bios sont meilleurs pour la santé.Si c’est le cas, merci de la publier.Etant des spécialistes, merci de nous communiquer les produits bio efficaces contre les maladies et d’autre part ne pensez-vous pas que les désherbages mécaniques répétés ainsi que l’utilisation de méthodes thermiques nuisent à l’environnement ?Quel est le bilan écologique ?Pensez-vous que l’utilisation de la bouillie bordelaise, produit entrant dans les produits utilisables en culture biologique est compatible avec un bon état environnemental et quelles sont les répercussion de ce produit sur les microorganismes du sol et sur les vers de terre ?

    26.06 à 18h16 - Répondre - Alerter
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