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28-05-2015
Mots clés
Emploi
France

Réduire le temps de travail pour mettre le chômage à la porte ?

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Réduire le temps de travail pour mettre le chômage à la porte ?
(Crédit illustration : Matthias Malingrëy pour « Terra eco »)
 
Semaine de 32 heures, de quatre jours, retraite tout au long de la vie... Et si on travaillait moins pour gagner plus de temps, de loisirs, de solidarité… et d’emplois ?
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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« Je veux une réduction du temps de travail à 32 heures avec un vrai salaire », a lancé Philippe Martinez, le 10 février, lors d’un rassemblement contre la loi Macron (1). Lubie pour faire parler de lui ? Sincère revendication aux relents passéistes ? Le leader de la CGT évoque une proposition « moderne », rappelant que « l’histoire du mouvement ouvrier, du combat des salariés, va vers une réduction du temps de travail ». L’argumentaire est à contre-courant, alors que le Medef (Mouvement des entreprises de France, syndicat patronal) est plus que jamais déterminé à remettre en question les 35 heures… et le gouvernement, prompt à plier.

Pourtant, des économistes hétérodoxes en font la promotion sous différents slogans : les « 32 heures » dans une tribune publiée par Libération en 2011, la « semaine de quatre jours » ou la « retraite tout au long de la vie » avec six mois sabbatiques tous les cinq ans. Jean Gadrey, que l’on associe à la sphère dite « décroissante », est convaincu que la croissance française ne va pas repartir de sitôt : « Sa quête éperdue n’a pas abouti aux résultats voulus, mais à un chômage de masse », soit 5,9 millions de personnes toutes catégories confondues au mois de mars dernier. La répartition du travail existe donc déjà entre les actifs et les chômeurs, les temps pleins et les temps partiels subis. Pour cet économiste, une meilleure répartition du travail est « indispensable » pour créer des emplois sans croissance. Preuve en est que la précédente transformation, les 35 heures, avait permis 350 000 créations d’emploi de 1997 à 2002, selon l’Insee.

Deux partis dans la partie

Ces idées ne sont pas nouvelles. La semaine de quatre jours a été conçue en 1993 par le jeune économiste Pierre Larrouturou, comme une méthode, certes décalée, pour combattre le chômage passé au-dessus de la barre des 3 millions de personnes. Larrouturou a même réussi à convaincre le député UDF Gilles de Robien de défendre une loi d’aménagement du temps de travail en 1996. Pour inciter les entreprises à tester le dispositif innovant, la loi Robien offrait une exonération de cotisations sociales de 8% aux entreprises, à la condition d’embaucher au moins 10% de salariés supplémentaires en CDI. Avant d’être annulée par les lois Aubry.

Depuis la mise en place des 35 heures, régulièrement critiquées, le sujet de la réduction du temps de travail a du mal à passer politiquement. Deux partis de gauche portent malgré tout cette revendication dans leurs programmes. Pour Europe Ecologie - Les Verts (EELV), c’est un des « fondements de l’écologie politique ». « Les 32 heures augmenteraient le temps libre de chacun et auraient un impact positif sur le niveau de stress. Elles favoriseraient l’accès à la culture, l’investissement associatif, voire un autre mode de consommation », détaille David Cormand, le secrétaire national adjoint du parti. Une manière de ralentir. Nouvelle Donne, justement fondé par Pierre Larrouturou, insiste sur une journée libre par semaine, « visible et régulière pour améliorer la qualité de vie des employés ». Au Parti socialiste (PS), la députée Barbara Romagnan, auteure d’un rapport parlementaire « sur l’impact sociétal, économique et financier des 35 heures », réfléchit aux conditions de faisabilité d’une nouvelle réduction du temps de travail, mais regrette qu’elle n’ait « même pas le droit d’en discuter au PS… »

Bosser moins ? « C’est mal vu »

Cette mesure ambitieuse est-elle réalisable à grande échelle ? Aucun pays n’a encore fait des 32 heures sa durée légale du travail, mais les exemples de sociétés avant-gardistes fleurissent. A Portland, aux Etats-Unis, le patron d’une petite start-up de cours de code en ligne, Treehouse, refuse de travailler le vendredi, pour passer du temps en famille. Ses salariés sont traités au même régime et s’affirment « plus productifs » ainsi. En Allemagne, le constructeur Volkswagen a appliqué les 32 heures pendant un temps, en échange d’une baisse des salaires de 20%.

Une fois ces bases posées, généraliser la semaine de quatre jours semble possible. En France, 400 entreprises ont testé la formule, le temps de la loi Robien. Des sociétés comme Fleury Michon, Mamie Nova et Télérama appliquent toujours les 32 heures. Malgré un bilan positif, elles sont peu enclines à témoigner. « Un entrepreneur qui parle de travailler moins, c’est mal vu », confie-t-on. Une étude du ministère du Travail datant de la fin des années 1990 avait calculé, à partir de ces exemples, que la généralisation de la semaine de quatre jours pourrait créer 1,6 million d’emplois en CDI à temps plein.

Vases communicants

Qu’est-ce que cela coûterait ? Pas grand-chose pour l’Etat, selon les calculs du même Larrouturou. « Il faudrait piocher dans les fonds de l’Unédic, mais ce serait compensé par la baisse des allocations chômage à verser. C’est un système de vases communicants », explique-t-il. Les entreprises peuvent s’en tirer à bon compte « tant qu’elles n’augmentent pas leurs coûts de production, d’autant que la France est un des pays au monde qui a la meilleure productivité ». Certains cobayes de la loi Robien ont dû geler les salaires pendant dix-huit mois, ou baisser de 2% ceux supérieurs au Smic pour ne pas augmenter d’un seul coup le coût du travail.

Plus libéral, le chef économiste de Natixis Patrick Artus a testé le bouclage de la formule Larrouturou. Le dispositif préserve « le potentiel de production de la France, la stabilité des coûts, la stabilité ou la hausse du revenu disponible des ménages et n’aggrave pas le déficit public », selon le magazine Option Finance du 15 novembre 1993. Joli bilan comptable.

Au doigt mouillé, on peut s’essayer à une autre estimation : a priori, le passage aux 32 heures devrait coûter à peu près autant que celui aux 35 heures, soit entre 11 et 13 milliards d’euros par an, d’après la Direction du budget. L’addition, en apparence salée, peut être relativisée. D’abord, par le gain pour les salariés. Lors des auditions pour son rapport, Barbara Romagnan a rappelé à des économistes zélés qu’ils oubliaient « les bénéfices du temps libre, qu’on ne peut pas quantifier ». Ensuite, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a procédé à un calcul « net » du coût des 35 heures qui déduit les économies réalisées par l’assurance-chômage du coût total. Résultat ? L’Etat n’a, finalement, déboursé « que » 2,5 milliards d’euros par an, bien au-dessous des 41 milliards du Pacte de responsabilité et du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. N’est-il pas temps d’envisager cette autre piste ? Interrogé lors de ses vœux à la presse de 2015, le ministre du Travail François Rebsamen lâche discrètement : « Peut-être, mais on n’en parle pas trop fort, on ne voudrait pas fâcher le patronat ! » —

(1) Projet de loi sur la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, porté par le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron.



Le parti écolo passe de la théorie à la pratique

Chez EELV, les 32 heures sont une réalité pour les 15 salariés du siège parisien. Faciles à mettre en place pour les emplois administratifs dont la charge de travail est quantifiable, moins pour les postes de conseillers politiques. « Quand l’actualité impose un surcroît de travail imprévisible, ils emmagasinent un nombre important d’heures supplémentaires. On finit par les leur payer, car ils n’arrivent pas à prendre toutes leurs récup, explique David Cormand, le secrétaire national adjoint du parti. Mais ces difficultés sont structurelles dans l’activité politique. »

Pour aller plus loin
- Le blog de Pierre Larrouturou
- Le blog de Barbara Romagnan
- Observatoire français des conjonctures économiques

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9 commentaires
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  • bien sur que c’est la solution pour les secteurs qui connaissent le chomage, sans réduction de salaire, compensé par un allégement de charges et une hausse des impôts sur les plus riches. De toutes façon ils ne savent pas quoi faire de leur pognon... La complexité croissante des techniques de production empêche de toutes façon une reconversion d’une grande partie des chômeurs vers les secteurs qui embauchent. Bon il faut un gouvernement qui a des couilles...

    28.10 à 18h46 - Répondre - Alerter
  • Je dois être à contre courant... Si on travaille moins, on est payé moins. Si on garde le même salaire pour bosser que 32h, l’entreprise manquera de moyens financiers pour embaucher de la main d’oeuvre pour combler le temps de travail en moins.

    Plus de repos ok mais pas plus de temps pour faire de jolies ballades culturelles, c’est déjà dur à 35h de joindre financièrement les deux bouts, à 32h je pourrai même plus me payer une petite sortie. Je n’ai que 26 ans. Alors que certains s’inquiète de savoir quand est-ce qu’ils partiront en retraite, je m’inquiète de savoir quand est-ce que je vais pouvoir commencer à mettre de côté, pour peut-être un jour avoir une maison. Avec beaucoup de chance, peut-être qu’à 35 ans j’aurais assez pour faire un prêt sur 25-30 ans. Youpi à 60 je n’aurai toujours pas le temps de penser au repos la maison ne sera toujours pas fini payer.

    Moins de stress ? Je ne suis pas convaincue du tout ! les 35h ont créé plus de stress au contraire ! moins de temps pour faire notre boulot car postes non remplacés par faute de moyens financiers. On tourne en rond !

    Je pense surtout que ces gens là gagnent suffisamment bien leur vie pour faire cadeau de 3h hebdomadaire sans que ça ne change rien pour eux !

    Je conçois que ma vision est égoïste, que je donne l’impression que je ne veux pas partager. Mais on sera très nombreux à plus pouvoir vivre décemment si on est seulement à 32h. Et le départ en retraite tant souhaité pour certains n’est pas prêt d’arriver !

    28.10 à 12h30 - Répondre - Alerter
  • bonjour à vous
    il me semble que cet enthousiasme généralisé pour la réduction du temps de travail se heurte à une considération qui semble totalement échaper à ses thuriféraires : l’acquisition et le maintien de la compétence.
    Avez vous une seconde réfléchi au chirurgien, avocat, dirigent d’entreprise professeur d’université qui travailleraient 32h (ou moins pour les plus chauds) ?
    Vous êtes donc tranquillement en train de nous dire que, au fond, il y a deux sortes de personnes : ceux qui ont un "petit boulot" et à la limite le revenu d’existence pour tous est la solution, et ceux qui ont un vrai métier qui nécessite un énorme investissement pour être au niveau et s’y maintenir.
    intéressant

    31.08 à 13h02 - Répondre - Alerter
    • C’est tous le contraire, personne n’est obligé ce mettre ce temps disponible au service de l’oisiveté.
      Ce temps libéré permettrait de parfaire ces connaissances. Combien des personnes dans ceux que vous citez auraient besoin de remettre leur connaissance à jour.
      Dans un monde qui va toujours plus vite, un métier acquis l’est pour peu de temps. Les chirurgiens que vous citez sont confrontés en permanence entre pratiques quotidiennes et pratiques nouvelles.
      Combien d’avocat (use ou abuse c’est selon sa vision des choses) de leur stagiaires pour mettre à jours leurs connaissances en faisant faire des taches fastidieuses (mais indispensables) des fiches de synthèse ou des recherches diverses et variées sur des "mise à jour" législative.
      Il faut bien se rendre à l’évidence que les extraordinaires gains de productivités ont engendré "une béance entre l’offre et la demande".
      Une étude montre très clairement que si l’ont rapatriait tous le travail délocalisé pour nos besoins actuels (en France). Avec la robotisation et l’optimisation des process, Il n’y aurait pas de plein emploi.

      31.08 à 15h04 - - Alerter
  • pourquoi refuse t on de tester plus encore les formules de reduction de temps de travail ? les gouvernants à la solde du Medef ? une culture qui veut que plus on bosse, plus l’on est plus reconnu socialement ?(je sens chez une partie de la jeune génération un mouvement dans le sens inverse alors peut-être un espoir ??). "Jeune cadre", je viens d’avoir 60 ans, au chomage depuis 1 an, plus de 100 candidatures envoyées ; un entretien négatif : je n’ai pas mes trimestres pour la retraite et veux bien encore travailler mais plus forcément à temps plein ; pourquoi pas former des jeunes, ou donner du temps bénévole : j’ai 35 ans d’expérience de direction d’association, ça pourrait encore servir à condition qu’il reste des associations au rythme où leurs subventions déclinent !!! et à coté de cela on continue à distribuer des retraites chapeau, des indemnités de départ fantasmagoriques.. n’est ce pas Monsieur le PDG d’Alcatel !! à croire que son travail valait plus que le mien juste parce qu’il a dirigé des milliers de personnes (moi 30) et en a aussi licencié un bon nombre et vendu sa boite. j’ai pas du tout comprendre à ce qu’on appelle engagement au travail, quelqu’un peut m’expliquer ?

    31.08 à 11h35 - Répondre - Alerter
  • comme d’habitude les politiques nous on fait prendre des vessies pour des lanternes.
    A l’origine, les 35 heures ont été créées, pour favoriser le partage du travail.
    Le partage du travail, il n’y a pas eu, le patronat en a profité pour bloquer les salaires, et pour faire comme toujours du chantage au chômage.
    EN FRANCE DEPUIS LONGTEMPS NOS ELITES POLITIQUES ONT FAIT LE CHOIX DU CHÔMAGE DE MASSE .
    le seul partage, qu’il y a c’est le partage des prélèvements sociaux, ça pas de pb , on peut faire confiance aux fonctionnaires de Bercy, pour nous triturer la fiscalité en France :-(
    Tout le monde sait, que les 35 heures dans les faits (hormis évidemment les fonctionnaires qui eux ne sont même pas aux 35 heures, plutôt 32 h/semaine, voire moins dans certains services, tout ça évidemment en catimini dans le monde de l’entre-soi, et sur le dos des contribuables, exposés à la flexibilité du marché de l’emploi aux cdd et intérim généralisés)
    donc, je reprends après cet aparté, tout le monde sait que les 35 heures dans les faits, sont mortes, qu’en réalité les français travaillent en moyenne 39h/semaine, qu’il n’y a jamais eu de partage du travail, mais le partage des prélèvements sociaux ; et les entreprises s’en arrangeant largement.
    Désormais, le marché de l’emploi (déjà cette expression libérale en dit long ..), est clivé entre 3 publics :
    - 1 - les fonctionnaires qui "jouent" hors catégorie" ( savez-vous que le salaire médian dans la fonction publique est plus élevé que dans le privé ... )
    - 2 - les personnes en cdi, qui s’accrochent à leur boulot, car étant dans la citadelle des gens en emploi,ils luttent pour garantir la pérénité de notre système social
    - 3 - la troisième catégorie, qui suite à une fin de cdd, licenciement, ou autre se trouvent livrés à la libéralisation du "marché de l’emploi ", exposé aux expulsion de leur résidence principale, éventuellement, et à des prix de l’immobilier en France bien trop élevé, qui ne fait que les "enfoncer" encore un peu plus.
    parlons pour terminer de la formation qui devrait être une priorité en France, mais qui est en fait complètement inadaptée, et vérolée de l’intérieur par les syndicats.
    alors pour ceux qui sont encore en cdi, bon courage pour la suite ..,
    et pour ceux qui souffrent en ce moment, courage également, et clairvoyance pour les prochaines élections présidentielles ....

    31.08 à 09h25 - Répondre - Alerter
  • Bonjour,

    Aujourd’hui l’argent est créé ex-nihilo, c’est une simple écriture comptable, le droit de crée la monnaie doit être au service de la société dans son ensemble, et non pas, la propriété d’une toute petite minorité.

    L’argent fait société, il y en a suffisamment en circulation la société vie correctement, rendez le rare, en quantité insuffisante, la société s’essouffle, ralentie, et fini par mourrir.

    Portons le temps de travail à 50 heures/semaine sur cinq jours. cela permet de partager la semaine en deux, pour deux personnes sur le même emploi, 25 heures/pers sur 2,5 jours.

    La retraite grâce à la cotisation et à taux plein (100% des 12 derniers salaires) au bout de trente ans, comme cela on renouvelle la force de travail sur un rythme permettant le plein emploi des jeunes.

    L’argent la monnaie la tune le fric, les sous, ne coûtent rien, comprenez bien cela, l’argent est une convention sociale.

    Si on le souhaite, on peut même séparer le salaire en deux, une partie en monnaie nationale et l’autre en monnaie locale, avec une base à 1700 Euro par mois, par exemple, comme cela on privilégie l’economie et les entreprises locales.

    En fait, tout est possible, rappelez vous le CNR en 1945, il nous suffit juste de le penser, le mettre en forme et l’appliquer, nos conditions de vies, l’organisation de notre société sont des choix politiques, que nous devons, nous tous, inventer, construire, puis exiger qu’il soit mît en place.

    Le retour à la souveraineté nationale, constitutionnelle, monétaire, politique et militaire, sont les premières conditions indispensables à réunir, si nous souhaitons faire bouger, ÉVOLUER quoi que ce soit.

    Franck irribarria.

    29.08 à 10h57 - Répondre - Alerter
  • on a tout essayé, sauf cette solution.Le patronat s’obstine.Il veut que leurs employés soient à leur merci, je dirais mème..." à leurs genoux".Quelle erreur !! et quel meilleur travail et meilleure ambiance dans un temps de travail partagé...On partage les revenus avec les aides sociales mais on ne partage pas le travail....vous avez dit bizarre......

    28.08 à 11h43 - Répondre - Alerter
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