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3-02-2015
Mots clés
Agriculture
France

Les élevages XXL, des exceptions ou une vraie tendance ?

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Les élevages XXL, des exceptions ou une vraie tendance ?
(Crédit photo : Pixabay)
 
Elles font parler d'elles mais sont-elles vraiment si nombreuses ? Et surtout, que disent-elles de l'avenir de notre agriculture ? Trois experts replacent les mégafermes dans le paysage français.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Ferme des 1 000 vaches en Picardie, usine aux 92 000 poulets dans le Nord, aux 6 000 porcs dans l’Aisne… La taille de ces troupeaux font frémir les opposants à ces projets. Pourtant, les experts s’accordent sur un point : ils sont bel et bien des exceptions dans le paysage français. « Sur 71 000 exploitations laitières, on a à peine 5 000 ateliers de plus de 100 vaches, 128 de plus de 200 vaches et peut-être deux ou trois de plus de 300 vaches », souligne Gérard You, responsable du service économie des filières à l’Institut de l’élevage. Des chiffres bien loin de rivaliser avec les statistiques à trois chiffres des troupeaux allemands. Même constat pour les porcs : « En France, un élevage de 3 000 porcs est exceptionnel. On est plutôt sur des ateliers de 200 ou 300 truies et de 1 000 porcs à l’engrais », assure Jean-Louis Peyraud, chercheur à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique).

Certes, « la taille va augmenter », poursuit l’expert de l’Inra. « Dans cinq ou dix ans, il ne sera sans doute pas rare de voir, par exemple, des troupeaux de 150 ou 200 vaches ». La raison ? La fin des quotas laitiers, qui ouvrira les vannes des superproductions laitières. « Ça a tracé une ligne d’horizon. Dans la tête des paysans, on a introduit l’idée qu’il faut grossir pour s’en sortir, explique Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Même ceux qui ont 40 vaches veulent passer à 80 en pensant qu’ils survivront mieux. Et on leur fait croire qu’avec Tafta (le traité de libre-échange transatlantique, ndlr), ils vont trouver des débouchés à l’exportation vers la Chine et les Etats-Unis. Mais le marché chinois est tourné vers l’Australie, tandis que les Etats-Unis ne sont plus acheteurs. »

Pas de bouleversements en vue

S’ils font grossir leurs cheptels bovins, c’est aussi pour tenir la corde, assure Jean-Louis Peyraud : « En ce moment, la France se fait tailler des croupières par les Hollandais, les Allemands, les Danois, parce qu’elle a de trop petites structures. Si on veut que l’élevage perdure, il faut que les tailles des ateliers augmentent et que l’industrie se modernise. Aujourd’hui, on n’a pas atteint la taille critique pour éponger les investissements, et les abattoirs ne sont pas suffisamment grands pour lutter contre la concurrence allemande », assure-t-il. Idem pour les poulets : « La crise de la volaille en France s’explique en partie par une trop petite taille de nos poulaillers. Les Allemands produisent plus que nous et à plus bas prix. Dans la restauration collective, 70% de la volaille vient d’ailleurs. » Un point de vue repris par les autorités et qui fait grincer des dents Laurent Pinatel : « On a l’impression que le gouvernement a perdu la main sur l’agriculture. Qu’ils choisissent de privilégier l’alimentation destinée à l’exportation par rapport à une agriculture de qualité. »

Parfois encore, l’augmentation de la taille des cheptels n’est pas affaire de décision de la part de l’éleveur, précise Gérard You : « Le manque d’appétit dans la reprise d’exploitation par les enfants d’agriculteurs conduit à une logique de regroupement. » Pour l’expert cependant, pas de « bouleversements en vue. On va surtout assister à un accroissement de la diversité des tailles de cheptel. Les tailles seront sans doute moins homogènes que maintenant ». La généralisation des mégafermes en France ? Ce n’est pas pour demain, poursuit Jean-Louis Peyraud. « C’est un sacré investissement, alors que l’élevage a un retour sur investissement faible. Il faut avoir les reins solides pour investir de telles sommes. Ou alors il faudrait une modification du modèle de financement agricole. Mais on n’en est pas encore là. » « Ces mégafermes sont très compliquées à installer, abonde Gérard You. Dans beaucoup de régions, il y a des contraintes. On ne passe pas de 50 à 100 vaches si on n’a pas les surfaces agricoles pour l’épandage, par exemple. » « Ce n’est pas un phénomène de fond qui va tout transformer, concède Laurent Pinatel. Mais ces mégafermes ont tendance à se développer, et ce n’est pas anodin. On remplace les paysans par des financiers, la mécanisation ou le salariat. »



TAILLE MOYENNE DES ÉLEVAGES EN FRANCE


- Bovins (Chiffres : Système professionnel d’information en élevage – Base de Données Nationale d’Identification – 2013)

Pour des exploitations d’au moins 5 vaches :

Troupeau moyen (vaches laitières) : 51

Troupeau moyen (vaches allaitantes) : 42


- Caprins (Chiffres : Service de la statistique et de la prospective, 2013)

Pour les exploitations d’au moins 10 chèvres :

Troupeau moyen caprin : 152 chèvres


- Ovins (Chiffres : SSP et Eurostat, 2013)

Troupeau moyen (brebis laitières) : 324

Troupeau moyen (brebis allaitantes) : 98


- Porcins (Chiffres : Recensement agricole, 2010)

Troupeau moyen : 620 porcs ; 141 truies par élevage comprenant des truies


- Volailles (Chiffres : Recensement agricole, 2010)

Atelier moyen : 16 021 poulets (30 000 pour un poulet élevé dans des conditions standard et 8 000 pour un poulet élevé sous signe de qualité différenciée)

A lire aussi sur Terraeco.net :
- « Y aura-t-il une mégaferme près de chez vous ? »
- « Sivens, 1 000 vaches, stade de l’OL : la France protestataire en 30 points chauds »

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19 commentaires
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  • GODWIN "meilleurs" ?.... aller revoir les documentaires, de raymond Depardon, ensuite, en en reparle.

    Prétendre que la discussion est impossible, me semble juste plutôt irrecevable, parce que fuir le débat, n’a jamais été la solution, à un problème.

    Etaler sa science, par d’avantage.....

    C’est de politique, dont il est question, avant tout. Et le problème aujourd’hui, de l’agriculture, réside, dans le fait qu’elle fait l’objet de dev bats, passionnants, c’est un fait, mais tenu par des personnes, qui en ont une vision relativement tronquée, et idéalisée....
    je ne suis pas certaine que les agriculteurs de demain, vienne lire ces lignes, pas plus que les agriculteurs, qui sont "au cul des vaches"....

    Prêcher pour le végan, merci, je reconnais que c’est tentant, mais j’aimerai bien qu’on m’explique, dans ces condition, qui entretiendrait le paysage ?

    Enfin, je veux dire que les oeillères, visiblement, certains ne les ont pas encore prises en considération, ce qui est bien regrettable.

    n’importe quel concept, lié à l’agriculture, quel qu’il soit, ne doit jamais être sorti de son contexte, qui n’est pas que social, et idéologique, mais aussi, relatif, à écosystème, et simplement naturel...
    Et ça, prsonne n’en parle.

    21.01 à 07h44 - Répondre - Alerter
  • Cet amalgame entre les camps de concentration et nos élevages est purement scandaleux et irrespectueux pour les personnes qui ont vécus cette atrocité, y compris pour les éleveurs professionnels qui font en sorte de respecter leurs animaux.
    Je suis en général surpris des propos tenues par des personnes ayant une vision très "citadine" de la campagne et de l’agriculture.
    Si les exploitations s’agrandissent aujourd’hui, c’est avant tout pour s’adapter aux besoins et volonté de la société du 21iéme siècle. Les agriculteurs ont également le droit d’avoir une vie sociale en cohérence avec notre société. C’est ce que permet l’augmentation de la taille des élevages.
    Je ne pense pas que ce soit en "crachant" sur les éleveurs qui souhaitent vivre dignement de leur métier et le transmettre que l’on pourra se comprendre et se respecter.

    26.08 à 09h36 - Répondre - Alerter
    • Bonjour.

      Cet amalgame, entre les camps de la mort, et les élevages industriels, n’a jamais eu pour ambition, de blesser les éleveurs, dans ce qu’ils font subir aux animaux, mais uniquement, de mettre en avant, la stricte vérité, qui réside, dans le fait, que les animaux qui vivent dans de tels élevages, sont torturés, pour ne pas vivre dans des conditions, qui soit décentes, ce qui est bien différent.

      Je précise que je suis fille d’agriculteurs, mon père était éleveur de porcs, alors, je connais.
      Le fait d’élever des animaux, n’a jamais empêché, que je sache, d’avoir une certaine éthique, dans son travail.

      Mais le problème est autre, je comprends fort bien votre situation, hélas, pour cause de véritable traumatisme familial, du précisément, à l’évolution de la filière porcine, il y a 20 ans environ.

      Je trouve cet article, particulièrement intéressant, moi, parce que justement, il resitue parfaitement, le probleme là, oùil se trouve, c’est à dire, sous l’angle européen, et pas national.....

      Le problème du gouvernement actuel, donc, de Stéphane Le Foll, plus particulièrement, réside dans le fait, qu’il est difficile, d’aller à l’encontre d’une politique agricole européenne, précisément, parce que la volonté politique, des autres pays européens, elle, n’est pas la même, il en découle, comme dans d’autres secteurs, une concurrence, parfaitement déloyale.

      Mais je vois très bien comment on va pouvoir aider au basculement.

      21.01 à 07h01 - Répondre - Alerter
  • pour nous tourangeaux, c’est déjà une réalité :
    http://www.lanouvellerepublique.fr/...

    quand on sait, comme l’a dit Poupette, pour des besoins pas si indispensables car on peut très bien vivre sans manger de viande ni produits laitiers...

    quand on pense que les agriculteur eux-mêmes continuent à défendre ce modèle qui les rends esclaves du Crédit Agricole pour lequel il n’auront jamais assez d’une vie pour rembourser tous leurs crédits ! vous êtes autant victimes que vos animaux et vos consommateurs messieurs, et vous ne voulez pas ouvrir les yeux.
    J’en connais un d’agriculteur qui fait dans le lait, il s’est mis à la vente directe en lait cru et bio, il a réduit de moitié son troupeau, passant moins de temps avec ses bêtes et gagnant mieux sa vie, il a construit un poulailler avec un grand et vend maintenant des oeufs bio. Et il ne va pas s’arrêter là ! il est plus rentable et a la joie de rencontrer ses consommateurs, il a moins de dettes auprès de son banquier. Si c’est ça le modèle archaïque des écolos, bah moins je veux bien le troquer contre le modèle moderne des capitalistes, puisque tout le monde à l’air d’y trouver son compte.

    9.02 à 12h54 - Répondre - Alerter
  • Heureusement qu’il y a de tels écrivains (lisez Tolstoï, le Prix Nobel Bashevis Singer et d’autres) pour réfléchir pour nous et poser les questions dérangeantes !
    Continuez de ronronner

    5.02 à 10h04 - Répondre - Alerter
    • J’ai lu Tolstoï et d’autres (y compris Yourcenar) mais je ne suis pas obligé de faire la la même interprétation que vous de ces lectures. Je confirme que les grands écrivains peuvent écrire des âneries. Je continue à ronronner en picorant des rondelles de saucisson

      9.02 à 10h52 - Répondre - Alerter
    • Ha, moi, je ne les ai pas lue,je regrette, je suis bien plus "terre à terre" que ça, surtout sur un tel forum ? me contenter d’imaginer qu’un agriculteur, puisse avoir la prétention d’être heureux de se lever le matin, vivre de son travail, humblement, et d’en vivre me semble être une approche plus altruiste, que d’utiliser sa "culture", pour régler ses comptes, en commentaire, d’un tel article.

      Est ce que le bien être des animaux que l’on élève, ne devrait pas être une notion, qui pèse plus lourd, que ça n’est le cas ?

      Et puisqu’on parle littérature, je précise que l’état de dépression, n’est pas franchement un contexte psychologique, qui donne l’opportunité de cultiver, et je ne vous parle m^me pas du surbooking.

      21.01 à 07h24 - Répondre - Alerter
  • pour le secteur de la production laitière et aussi d’autres élevages le phénomène de la concentration est inévitable notamment pour des raisons sociales et environnementales
    - sociales = ne plus travailler seul, pouvoir se libérer de la contrainte de l’élevage,…… voir le développement de l’agriculture sociétaire (gaec et autres)
    - environnementale = en regroupant des élevages, le financement des contraintes environnementales est facilité

    bref : des élevages de 100 vaches voir plus se développeront et si la société n’en veut pas , on arrêtera l’élevage ce qui est déjà une réalité

    signé par un éleveur

    4.02 à 17h28 - Répondre - Alerter
  • Merci beaucoup, Monsieur, de cette petite mise au point... en espérant surtout que le message fasse réfléchir.

    4.02 à 15h20 - Répondre - Alerter
  • Je m’aperçois que mon commentaire ici a été supprimé ??? Parce qu’il faisait "double emploi" avec celui posté sur le même sujet "Y aura-t-il une mégaferme près de chez vous" ?? Il ne me semble pas de trop de deux exemplaires d’une citation bien sentie et qui fait réfléchir sur nos agissements !
    Quoi qu’il en soit j’aurais préféré un petit mail d’avertissement avant la suppression de mon message.
    Une lectrice assidue.

    4.02 à 14h03 - Répondre - Alerter
  • Quelle horreur, quelle honte de construire de nouveaux univers concentrationnaires ! On oublie que ce sont des êtres vivants qu’on torture pour nos "besoins"... besoins pas si indispensables en 2015 !

    Méditez cette citation :

    "Si la cruauté humaine s’est tant exercée contre l’homme, c’est trop souvent qu’elle s’était fait la main sur les animaux. On aurait moins accepté les wagons plombés menant vers les camps de concentration si on n’avait accepté sans même y songer la souffrance des bêtes dans les fourgons menant aux abattoirs. Tout homme qui chasse s’endurcit pour la guerre."

    Marguerite Yourcenar

    4.02 à 08h21 - Répondre - Alerter
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