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7-06-2013
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Energies
France

Gaz de schiste : la fracturation est de retour

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Gaz de schiste : la fracturation est de retour
(Puits d'exploration de gaz de schiste, aux Etats-Unis. Crédit photo : Ecocommish - flickr)
 
Alors qu'on attendait un rapport sur les alternatives à la fracturation hydraulique, le texte rendu ce jeudi par deux parlementaires vante les progrès de la technique initiale et appelle le gouvernement à revoir sa copie.
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On pensait le dossier classé, la question tranchée. Depuis le 13 juillet 2011 et la loi sur l’interdiction de la fracturation hydraulique, on croyait cette technique définitivement boutée hors de l’agenda politique. Et l’extraction du gaz de schiste sur le territoire français désormais conditionnée à l’invention d’une nouvelle technique. Ce mercredi, la ministre de l’Ecologie Delphine Batho avait même réaffirmé, face à Laurence Parisot sur BFM TV, son refus catégorique d’assouplir la loi. Mais la publication, le lendemain, d’un rapport d’étape de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), a ravivé le débat.

Celui-ci recommande une révision de la loi de 2011 pour financer la recherche sur la fracturation hydraulique et autoriser l’exploration. Les rapporteurs du texte, le sénateur UMP Jean-Claude Lenoir et le député PS Christian Bataille, n’ont jamais caché leur enthousiasme face aux réserves d’énergie made in France qui pourraient dormir sous nos pieds. Selon leurs chiffres, tirés des calculs de l’Agence internationale de l’énergie mais « dont la probabilité associée n’est pas connue », celles-ci pourraient « approvisionner la France en gaz naturel pour 30% de ses achats pendant trente à quarante ans ». Dans ces circonstances, Christian Bataille estime que « la fermeté du gouvernement (à maintenir la loi de 2011, ndlr) tient de l’obscurantisme ».

« La fracturation hydraulique : seule alternative crédible »

A l’origine, pourtant, l’étude lancée en janvier dernier après une saisine du Sénat devait porter sur les « alternatives à la fracturation hydraulique ». Mais à la lecture du rapport, surprise : le texte d’une centaine de pages en consacre vingt à légitimer... la fracturation hydraulique. L’argument principal ? En deux ans « la technique a beaucoup évolué sous l’effet de considérations environnementales partagées », assurent les rapporteurs avant d’ajouter qu’« elle reste à ce jour la seule alternative crédible ». Alors dans un chapitre intitulé « une technique maîtrisable », les craintes des défenseurs de l’environnement sont une à une balayées.

A commencer par l’introduction de produits chimiques dans les sous-sols et les nappes phréatiques. Pour garantir que l’eau injectée sous très haute pression libère un maximum de gaz en brisant les roches – principe de la fracturation hydraulique – des produits de type biocides, corrosifs, acides et tensioactifs y sont ajoutés. A propos de leur impact, le député Christian Bataille relativise, « compte tenu de l’avancée des recherches, il sera bientôt moins polluant d’utiliser la fracturation hydraulique que de déboucher un évier », assure-t-il.

Utiliser un épaississant alimentaire vendu dans les magasins bios

Le rapport de l’OPECST indique en effet que les entreprises sont capables de réduire la quantité de ces produits à une proportion de l’ordre de 0,15% à 0,25% du mélange. « Mais lorsque qu’on parle de milliers de mètres cubes, ces dixièmes de pourcentage comptent », souligne Pierre Arnoult, référent du Collectif Var contre le gaz de schiste.

Qu’importe, rétorquent les rapporteurs, « la fracturation peut se concevoir uniquement avec des produits ménagers peu ou pas toxiques ». La vedette ? La gomme de guar, un épaississant alimentaire vendu parfois comme coupe-faim dans les magasins bios. Selon les entreprises auditionnées, elle pourrait remplacer l’une des catégories de produits toxiques. « Evidemment, toute médaille à son revers, soupire Christian Bataille, concernant la gomme de guar, il pourrait y avoir une concurrence d’usage avec les populations qui l’utilisent comme nourriture, on va évidemment considérer cette question », assure le député. Mention étonnante du député, puisque le guar est en fait principalement un aliment pour le bétail.

Pas plus de vibrations que le passage d’un camion

Pour enfoncer le clou, et au risque de contredire les études de toxicologie du groupe TEDX et les observations du site américain Fracfocus, le rapport cite en exemple la fracturation propre mise au point par le pétrolier américain Halliburton et passe en revue ses composants. Au menu : des produits similaires à ceux trouvés dans les jus de fruits, le blanc d’œuf et les chocolats de glaçage, donc complétement inoffensifs pour l’environnement. Le système ne concerne cependant que 32 puits sur les centaines de milliers existants.

Enfin, avec l’installation de barrières d’étanchéité composées de cercles concentriques en acier, « il n’y a de toute façon aucune chance que les produits chimiques se retrouvent dans les nappes phréatiques », assure Christian Bataille. Sur la longévité de ces structures, pourtant, rien n’est mentionné.

Reste les quantités d’eau utilisées. Celles-ci représentent entre 10 000 et 20 000 m3 pour une seule fracturation. Qu’à cela ne tienne rétorque le rapport. D’abord « il ne s’agit pas nécessairement d’eau potable » et puis les industriels auditionnés assurent être en mesure de recycler 30% à 50% des volumes initialement utilisés. Concernant les risques de sismicité du procédé, même sérénité « exceptionnellement, l’événement peut atteindre une magnitude de 3 qui équivaut aux vibrations d’un camion », tempère le rapport.

Les pratiques vertueuses coûtent cher

Tant d’enthousiasme laisse les associations abasourdies. « Pour les phases de recherche, on veut bien croire que les industriels soient capables de faire de l’extraction propre et sans danger », concède Pierre Arnould, du collectif Var « mais une fois que la porte sera ouverte, quelles seront nos garanties sur la transposition de ces pratiques à l’exploitation industrielle ? »

Les auteurs du rapport le reconnaissent, les pratiques vertueuses coûtent cher. Ainsi, le mélange aux allures de recette de cuisine mis au point par Halliburton, « représente un surcoût par rapport aux techniques traditionnelles, ce qui limite son utilisation », reconnaît le rapport. De quoi plomber la compétitivité du secteur ? « Une fois que tous les coûts de ces garde-fous auront été intégrés, ce sera aux entreprises de faire leurs calculs », élude Christian Bataille. Son collègue sénateur, lui, ne se fait aucun souci, « au prix actuel du pétrole, même propre et encadrée, la fracturation hydraulique restera rentable ». Pour Jean-Claude Lenoir, le temps « des forages amateurs qui ont poussé à l’élaboration de la loi de 2011 » est révolu.

La parole aux industriels

« Ce rapport est stupéfiant, on est face à un discours de lobbyiste », s’emporte Alain Roubineau, membre des collectifs contre le gaz de schiste, une coordination sans représentants nationaux. Même critique du côté de France Nature Environnement : « La parole n’a été donnée qu’aux industriels et aux groupes de recherche, qui tous deux ont intérêt à l’autorisation de l’exploration », soupire Benoît Hartmann, porte-parole de l’association. Sur des centaines d’interlocuteurs auditionnés, seule une poignée d’associations a été consultée, « mais nous n’en retrouvons pas la moindre trace dans le texte ».

La question des émissions de gaz à effet de serre, liée à l’exploitation du gaz de schiste, est à peine évoquée. « Les associations et nous ne parlons pas le même langage, se justifie Christian Bataille, nous essayons de trouver des solutions d’extraction propre, tandis qu’elles rejettent en bloc l’exploitation. » En effet, plutôt que de faire de la prospective sur les capacités du génie industriel français à maîtriser la fracturation hydraulique, les associations auraient préféré un état des lieux des déboires de l’exploitation du gaz de schiste de la Pologne aux États-Unis. C’est la prochaine étape assure Christian Bataille. Mais pour Alain Robineau, les dés sont déjà pipés « car à moins de mettre des régions entières sous cloche, la fracturation hydraulique ne peut être maîtrisée ».

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  • En France on a le choix entre le nucléaire ou le gaz de schiste...
    En fait on peut se pendre tout de suite.

    L’énergie la plus propre est celle que l’on utilise pas.

    Pourquoi ne faisons nous pas plus de télétravail ? Moi je fais +50km par jour pour finalement travailler sur des ordinateurs répartis partout en France... Cherchez l’erreur.

    Pourquoi ne faisons nous pas plus de biogaz. Je rêve de pouvoir acheter ma bouteille de biogaz made in France pour cuire mes repas.

    Pourquoi chaque ville ne mets pas en place des parcs éoliens ou chaque citoyen serait consommateur mais également associé dans l’entreprise sans espoir de faire des bénéfices mais en visant l’autonomie électrique.

    Pourquoi les horaires de travail ne sont pas plus règlementer afin de favoriser le co-voiturage ?

    Pourquoi, pourquoi, pourquoi sommes nous si bête ?

    9.06 à 14h34 - Répondre - Alerter
  • On fabrique tous les jours et en quantité tout ce qu’il faut pour obtenir du méthane : recycler nos cacas quotidiens éviterait une part de pollution des eaux (pour ceux qui n’emploient pas de toilettes sèches) et permettrait une belle production de gaz et je ne compte pas le bétail...

    9.06 à 13h24 - Répondre - Alerter
  • Eh oui, pourquoi les avancées technologiques ne toucheraient pas l’extraction des gaz de schiste en attendant la mise en place d’un maillon d’énergies renouvelables ? Je ne vois pas en quoi une juriste faisant de la promo pour ses bouquins serait experte dans des techniques aussi sophistiquées et serait capable d’entrevoir les évolutions de techniques très pointues. Ce n’est pas deux ou trois mots techniques appris après quelques entretiens qui font d’une personne une experte. En attendant il nous faut payer l’importation des énergies fossiles extraites d’autres pays. Soit 88% du déficit commercial de la France ! 30% d’augmentation en 2011, 61 milliards d’euros au total ce n’est pas rien ! Je ne vois pas en quoi la solution d’importer les énergies fossiles nous est plus favorable ? D’autant qu’elle ne nous dédouane pas des émissions à effet de serre.

    9.06 à 10h19 - Répondre - Alerter
  • On pensait le dossier classé, la question tranchée. Il semble que vous l’ayez cru, c’est bien dommage. Vous ne semblez donc pas suivre l’actualité au plus près, chère Madame. Le débat n’a jamais été clos, je l’ai d’ailleurs dit dans ce même terraeco et la loi ne nous protège pas non plus. Pour autant que je sache, la saisine de l’OPESCT par le Sénat date du 21 novembre 2012 et vous auriez dû le savoir. Quant au double discours de Mme la Ministre, il est flagrant, elle qui prétend abroger les permis "gaz de schiste" alors que rien ne les distingue des conventionnels dans leur instruction ou leur octroi. Quand au Président de la République, il a laissé la porte ouverte à toutes autres techniques alternatives si elles se présentaient et c’est le cas.
    Il eût été bon, pour une fois, que le problème se pose autrement car c’est la nature même de la roche-mère qui, poreuse et imperméable, constitue la principale difficulté d’extraction, avec les techniques les plus utilisées du forage horizontal et de la fracturation hydraulique.
    C’est donc dans ce feuilletage que l’on va fracturer pour en extraire le gaz qui y est piégé. Or, c’est la porosité (l’espace entre les grains) qui représente sa capacité à stocker un hydrocarbure. Un réservoir très poreux pourra donc receler un grand volume de gaz. Mais encore faut-il qu’il laisse ces fluides circuler, autrement dit que les pores soient connectés entre eux. La différence de structure des roches où est piégé le gaz de schiste permet aisément de comprendre que – pour assurer cette connexion - il faut les fracturer pour n’extraire, non pas la totalité, mais seulement de 20 à 40% de ce composé volatil qui tend à s’échapper par les failles naturelles ou créées.
    On n’évoque jamais non plus les risques de corrosion (incontournables et prévisibles) du tubage (« casings »), comme on ne prend pas en compte le devenir des puits après fermeture, de même que l’on ne propose pas de solution pour le traitement des effluents consécutifs aux forages, ni des pollutions sonore, auditive et olfactive.
    Il faut maintenant cesser de parler des gaz de schiste dans la seule perspective de la fracturation hydraulique car, comme l’ont rappelé les parlementaires, d’autres méthodes voient le jour - comme l’injection de propane, hautement inflammable – qui ne sont pas plus secures mais sous l’angle des dommages environnementaux causés et de la migration du méthane (CH4) qui va se poursuivre même après la fermeture des puits.
    © Danièle Favari, juriste en droit et droit européen de l’environnement
    Co-auteur de « gaz de schiste, sous nos pieds l’enfer » dans la revue Nexus
    Auteur d’articles sur Slate.fr et Terraeco
    Invitée comme expert auprès du Parlement européen de Bruxelles .
    Auteure de « Gaz de schiste, les vrais dangers » à paraître à partir du 10 juin 2013.

    7.06 à 22h41 - Répondre - Alerter
  • « Il était convaincu que sa rivale était parvenue à se mettre dans la poche un membre influent d’une quelconque commission parlementaire, probablement l’un de ceux qui travaillaient sur des sujets économiques ou industriels. Ces gens-là étaient des proies faciles pour les lobbyistes. Égocentriques, ambitieux, souvent amenés à côtoyer des individus plus influents et mieux payés qu’eux ; ils avaient la réputation de ne jamais rater une occasion pour arrondir leurs fins de mois. Pour en avoir la confirmation, il suffisait de voir avec quel acharnement les députés négociaient leur place dans l’une de ces commissions ; nombreux étaient ceux qui reniaient leur propre parti pour se voir octroyer une telle place dans le camp adverse. »

    Extrait de "On les croise parfois", de Cedric Citharel.
    Pour faire enfin partie du clan de ceux qui savent.
    http://amzn.to/17aNEKu

    7.06 à 15h47 - Répondre - Alerter
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