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22-11-2009
Mots clés
Inde
Portrait

Le cultivateur des hautes cimes

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Le cultivateur des hautes cimes
 
Il y a quelque chose de magique dans les légumes de Vincent Stauffer : les siens poussent au dessus des nuages. Ingénieur thermicien et montagnard de cœur, il utilise l’énergie solaire pour nourrir les plateaux du Ladakh indien.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Montez trois murs de terre. Posez une bâche transparente en guise de toit. Et faites cuire le tout, plein sud, à 3 500 mètres d’altitude. La réverbération fera le reste. Cette recette miracle, Vincent Stauffer l’applique depuis plus de dix ans sur les plateaux himalayens. Les serres agricoles passives, ça le connaît : « Nous en avons construit près de mille en quatre ans ! » Alsacien d’origine et ingénieur de formation, voilà onze ans qu’il court les plateaux du Ladakh, un « désert glacé », grand comme deux fois la Belgique, perdu entre Tibet et Pakistan. A 37 ans, Vincent Stauffer y dirige les activités du Geres (Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités).   Visage rond, début de tonsure, voix frémissante, l’homme a toujours préféré le survêtement au costume trois pièces. En 1995, diplôme en poche, ses camarades de promo de l’Institut national de sciences appliquées de Lyon (Ensa) optent pour une carrière en entreprise. Pour lui, ce sera le Tibet. « Rien d’étonnant », selon ses amis, avec qui, à l’époque, il descendait les grues et franchissait les ponts en... rappel. « Il a toujours aimé la montagne », explique son copain Stéphane Gusmeroli. Ski à quatre ans. Escalade à treize et en route vers les sommets ! C’est en traversant l’Europe en stop qu’il choisit l’humanitaire. « Une vocation », insiste-t-il.    A la sortie de l’Ensa, il met le cap à l’Est et s’aventure en Bosnie. Puis, en 1998, il intègre le Geres. Il soutient, jusqu’en 2002, des projets de bâtiments à énergie passive en Inde (Ladakh), au Népal, en Chine, au Niger et au Burkina Faso, puis en Afghanistan pendant deux ans. Mais ce n’est qu’en 2005 qu’il s’immerge réellement dans la culture du « petit Tibet », l’autre nom du Ladakh. Il rencontre alors, ému, le Dalaï Lama. « Un événement bien plus impressionnant que mon dernier discours devant l’Imperial College à Londres ».

Précieuses neiges éternelles

250 000 Ladakhi vivent sur ces plateaux du nord de l’Inde, essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. L’oxygène manque. En hiver, et par -30°c, les villages sont coupés du monde. La nourriture se fait rare. Dans la maison de terre où vit Vincent à Leh, la capitale, l’électricité s’absente un jour sur deux. Les chaumières sont chauffées par des poêles à bois dont les fumées sont responsables d’un tiers des cas de pneumopathie : « La troisième cause de mortalité au Ladakh », précise Vincent. D’où l’importance, pour lui, de partager sa connaissance des ressources thermiques. Car, outre leur qualité environnementale, les serres agricoles passives permettent « la diversification des denrées alimentaires, et un réel impact sur la santé des gens » explique-t-il.    Mais sa mission ne s’arrête pas aux travaux d’isolation et au chauffage passif. En été, puisque l’eau se fait rare, les habitants de la région ne doivent leur survie qu’aux « neiges éternelles », seule ressource capable d’irriguer les terres. Or, au Ladakh, la disparition des 45 000 glaciers existants est loin d’être une hypothèse. Une étude des Nations unies l’envisage d’ici à 2050 : le réchauffement des températures dans l’Himalaya serait deux fois plus rapide qu’ailleurs. « En 20 ans, la surface glaciaire a baissé de 21% en Himalaya indien. En 35 ans, la température a augmenté de 0,6°c et les précipitations d’hiver ont été divisées par deux, affirme Vincent. Depuis mon arrivée en 1998, j’ai ainsi vu trois villages se vider entièrement ». Une solution ? Les glaciers artificiels du scientifique ladakhi Chewwang Norphel. La méthode est simple. En hiver, des digues de pierre permettent d’accumuler la neige, jusqu’à créer des rivières de glace. Pour qu’en été, ces « barrages artificiels » relâchent progressivement l’eau nécessaire aux villages en contrebas. Une solution que Vincent, et ses six coéquipiers, s’empressent de reproduire en coopérant avec les ONG locales. 

La voix des montagnes

Plus que les exploits techniques, c’est l’aventure humaine qui le pousse. « Je me sens bien plus utile ici qu’en France, et cela n’a rien de politique : il ne faut surtout pas aller dans les pays du sud en idéologue, la culture y est trop différente. Ce qui compte, ce sont les valeurs morales, pas les idéaux. On y va pour soi... même si c’est pour aider les autres. »    Vincent Stauffer compte d’ailleurs bien se rendre, au nom du Geres, au sommet de Copenhague en décembre prochain. Car ce qu’il craint avant tout aujourd’hui, c’est que le monde « fasse l’impasse sur la question des reliefs ». Il veut plaider la cause des montagnes, décrire les problématiques, faire connaitre ses solutions : « Ici, le simple fait de mieux isoler les écoles permet désormais aux enfants d’enlever leurs moufles pour travailler ».   Les serres agricoles du Geres, ont été primées lors des derniers Ashden Awards, remis par le Prince Charles d’Angleterre en personne. Mais le groupe mène déjà un autre combat, cette fois, au Cambodge. Le Geres y a diffusé 500 000 fours à bois ou foyers améliorés, 30% plus efficaces que les fours traditionnels. Pollution économisée : 250 000 tonnes de dioxyde de carbone (CO2), « sans compter l’effort mené contre la déforestation », précise Vincent, qui comme la neige, pourrait bien ne pas rester éternellement au Ladakh.

Portrait rédigé pour Terra eco par Matthieu Dailly, étudiant au CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes)


  Bio express
- 1972 : naissance à Mulhouse
- 1995 : diplôme d’ingénieur thermicien
- 1998 : engagement humanitaire pour le Geres
- 2005 : direction des activités du Geres en Inde et en Himalaya
- 2009 : Ashden Awards

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