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10-01-2014
Mots clés
Alimentation
Agriculture
France

Renversant : ce manuel français du XIXe siècle va nourrir le monde de demain

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Renversant : ce manuel français du XIXe siècle va nourrir le monde de demain
(Crédit photo : Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau pour « Terra eco »)
 
Longtemps oubliées, des techniques agricoles refont surface 170 ans après et inspirent aujourd'hui des pionniers d'une agriculture à la fois hyperproductive et totalement naturelle.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Des melons mûrs à Paris dès le mois d’avril, des tonnes de légumes sur une surface pas plus grande qu’un terrain de foot, jusqu’à huit récoltes en une seule année… Ces performances agricoles incroyables ne sont le fruit ni d’engrais chimiques, ni de modifications génétiques, ni même de connaissances scientifiques de pointe. Et pour cause, ces prouesses datent du XIXe siècle et sont l’œuvre des quelques centaines de jardiniers-maraîchers parisiens qui assuraient alors l’autosuffisance de la capitale en légumes.

Longtemps oubliés, ces savoir-faire sont aujourd’hui accessibles à tous à travers un manuel, publié en 1844 et récemment numérisé (merci au site Paysansansfrontieres.com de l’avoir partagé ici). Son nom : Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris. Pour ceux qui n’auraient pas le temps d’une telle lecture, nous publions à la fin de cet article quelques morceaux choisis.

Passage de témoin

Nous vous conseillons toutefois vivement la lecture de ce témoignage émouvant, écrit par deux maraîchers (J.G. Moreau et J.J. Daverne) qui se sentaient – à raison – menacés par l’urbanisation et qui disaient écrire pour transmettre leurs savoir-faire à « [leurs] enfants et aux jeunes jardiniers-maraîchers ». D’abord parce que ce livre nous apprend énormément, et nous prouve qu’une autre agriculture est possible et ce depuis longtemps. Mais aussi parce que l’histoire de cet ouvrage raconte le passage de témoin en cours entre les agriculteurs d’hier et les pionniers d’aujourd’hui.

Dans cet ouvrage, les deux maraîchers parisiens décrivent des micro-fermes, cultivées sans tracteur et où la rotation des cultures permet de produire quantité de légumes. S’il est une ferme en France qui ressemble à ce modèle, c’est bien celle du Bec Hellouin, dont nous vous parlions dans un récent article. Nous avons donc demandé à son cofondateur, Charles Hervé-Gruyer, s’il connaissait ce manuel. « C’est drôle, je suis en train de terminer la relecture de cet ouvrage passionnant ! Au moment où je vous parle, je vois par la fenêtre une partie de l’équipe en train de réaliser ce qu’on appelle une « couche chaude », en suivant à la lettre le protocole décrit dans ce bouquin », nous a-t-il répondu. Le principe de la couche chaude consiste à semer sur une couche de fumier, pour profiter de la chaleur de la décomposition de cet engrais naturel. Ce qui explique, en partie, qu’on pouvait produire des melons en avril. « Cela permet d’avoir une température suffisante en serre pendant trois mois et donc d’obtenir des légumes très précoces de manière écologique. En plus cela va donner une couche de 20 cm d’humus, cela crée du sol dans la serre. A ma connaissance, personne ne fait plus de couches chaudes en France parce que cela demande beaucoup de main-d’œuvre. Mais en pensant à long terme c’est, je crois, très rentable comme processus », poursuit l’agriculteur.

Des brocolis voisins de radis

Nous avons également interrogé Jean-Martin Fortier, jardinier-maraîcher dans une micro-ferme au Québec. Lui aussi a redécouvert cet ouvrage récemment et s’en inspire aujourd’hui :« Les maraîchers parisiens avaient atteint un niveau de technicité incroyable dans la rotation des cultures, des choses que nous n’arrivons même pas à faire aujourd’hui. Ce livre nous invite à essayer de trouver les meilleures associations. Par exemple, on associe déjà les brocolis et les radis sur un même rang mais toute la question c’est de trouver le meilleur moment pour planter chaque légume et donner à chacun suffisamment de lumière et de temps pour mûrir. »

Mais comment se fait-il que ce livre vieux de 170 ans soit en ce moment même une référence pour cette nouvelle génération d’agriculteurs ? C’est grâce à un amusant tour du monde, explique Charles Hervé-Guyer, qui s’est intéressé à la transmission des savoirs des maraîchers du XIXe siècle et de ce livre en particulier. « Ce sont d’abord des maraîchers londoniens qui ont fait des voyages d’étude à Paris au XIXe siècle et en ont gardé une grande admiration. On retrouve ensuite et jusque dans la première moitié du XXe siècle des références régulières à ces voyages et à ce manuel dans la littérature anglo-saxonne et même au-delà. On en trouve même dans des textes du Russe Kropotkine ! », nous apprend l’agriculteur.

Photo de la ferme de Louis Savier, à Ballainvilliers (Essonne), prise en 1974 par Eliot Coleman.

La suite se passe de l’autre côté de l’Atlantique. Le passage de témoin va avoir lieu aux Etats-Unis, notamment en Californie. Dans les années 1960, deux agriculteurs américains – John Jeavons et Alan Chadwick – vont redécouvrir, expérimenter et actualiser les connaissances du XIXe siècle. Née aux États-Unis, cette pratique sera toutefois appelée « le jardinage intensif à la Française ». La boucle est bouclée quand Eliot Coleman, lui aussi jardinier américain, se rend en France en 1974, pour tenter de retrouver ce qu’il reste de cet héritage. Il explique dans son livre Des légumes en hiver avoir rencontré un certain Louis Savier, probablement le dernier maraîcher français héritier direct de la tradition du XIXe siècle.

Et c’est grâce à Eliot Coleman que Jean-Martin Fortier comme Charles Hervé-Guyer assurent s’être à nouveau penchés sur ce livre. « On a l’impression que l’histoire des maraîchers parisiens est une transmission en mouvement perpétuel », décrit Jean-Martin Fortier, qui s’est inspiré du Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris pour écrire son propre livre. « La boucle continue. Il se trouve par exemple que la personne qui a récemment traduit Coleman en Français a découvert son œuvre en lisant mon propre livre. Mais j’ai moi-même découvert les techniques des maraîchers parisiens grâce à Coleman, et lui-même s’inspire d’autres avant lui. »

Morceaux choisis :

« A la vue des chemins de fer qui s’établissent de toute part (…), il est facile de prévoir que la culture maraîchère de Paris est à la veille de recevoir des modifications et nous avons cru utile de décrire cette culture telle qu’elle se pratique à Paris en 1844, afin que par la suite on pût mieux juger et apprécier les changements qu’elle pourra subir. »

« Il y a ici une observation à faire. On croit assez généralement que, si nous obtenons d’aussi beaux légumes, c’est que nous employons beaucoup d’engrais ; c’est une erreur. (A l’époque, le mot engrais veut dire « fumier de vache » ou « fumier de cheval », ndlr). »

« Il est généralement connu que, toutes les fois qu’on a reculé l’enceinte de Paris, les jardiniers-maraîchers ont été obligés de se reculer aussi pour faire place à de nouvelles bâtisses, et que ce déplacement leur était toujours onéreux, en ce qu’ils quittaient un terrain amélioré de longue main pour aller s’établir sur un nouveau sol, souvent rebelle à leur culture, qui ne pouvait être amélioré qu’avec le temps et de grandes dépenses. »

« Semer : C’est confier des graines à la terre. »

« Nous avons trouvé, par un calcul très approximatif, que l’ensemble des terrains employés à la culture maraîchère, dans la nouvelle enceinte de Paris, est maintenant d’environ 1378 hectares. Ces terrains sont divisés en 1800 marais ou jardin ; les plus grands contiennent environ 1 hectare, et les plus petits environ 1 demi-hectare mais le plus grand nombre des jardins maraîchers contiennent trois quarts d’hectare. Il s’ensuit qu’il y a 1800 jardiniers-maraîchers pour les faire valoir (…) pour cultiver un jardin de 1 hectare il faut, en tout temps, un personnel de cinq à six personnes, composé du maître et de la maîtresse, une fille à gages, un garçon à gages s’il y a des enfants en état de travailler ou, à leur défaut, deux garçons à gages et souvent un ou deux hommes à la journée. »

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16 commentaires
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  • Il faut parfois reculer pour avancer ;)

    14.12 à 14h57 - Répondre - Alerter
  • Bonsoir, on en trouve une version numérique à 3euros sur Amazon, sans coquilles ni fautes. A ce prix là, ce serait dommage de ne pas en profiter :-) lien : http://www.amazon.fr/gp/product/B00...

    6.08 à 23h24 - Répondre - Alerter
  • Cela fait plaisir de lire des références à des publications de nos grands anciens, ce qui va à l’encontre de la diffusion moderne des connaissances pour qui tout article de plus de 6 mois est obsolète… j’exagère un peu , mais pas beaucoup… .

    Mon commentaire concerne le maraîchage dans les zones tropicales. JTS vient de publier un livre intitulé " innovations majeures en agronomie tropicale". Sous titré "le jardin tropical amélioré - JTA - atout de l’agrisphère tropicale pour nourrir l’humanité" ( http://www. JTS-concept.com) dont la présentation contient :" Les résultats sont exceptionnels : une tonne de légumes sur 60 m2, avec 10 fois moins d’eau et 2 heures de travail par jour. Une surface grande comme la Beauce permettrait dans les pays tropicaux de nourrir 2 milliards de personnes. Qui dit mieux ?" …

    Ces deux ouvrages se rejoignent malgré le temps. Cependant il convient de prendre garde à l’extrapolation des techniques en dehors des climats pour lesquels elles ont été élaborées…

    11.03 à 08h34 - Répondre - Alerter
  • et bien des agronomes et professionnels ont fait de sérieuses découvertes :
    Claude et Lydia bourguignon
    Dominique Soltner
    Et toujours pas d’articles sur eux...

    26.01 à 12h08 - Répondre - Alerter
  • Voici un deuxième livre sur la pratique des désormais célèbres maraîchers parisiens. Ce livre date de 1843 et aurait été écrit avant le livre de Moreau, J. G, et J.J. Daverne » Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris » .Il se présente comme « l’exposé le plus complet jamais présenté de l’état de la culture maraîchère au dix-neuvième siècle », c’est dire !!
    http://paysansansfrontieres.com/man...

    16.01 à 19h16 - Répondre - Alerter
  • Bonjour à tous,ma famille à cultivé dans le lit majeur de la durance pour produire des aliments, lesquels apportaient beaucoup de nutriments de bonne qualité . A la fin DE CHAQUE guerre mondiale des faux prophétes ont perverti le bon sens paysan en nous faisant employer des produits et des méthodes qui ont détruit notre savoir faire. résultats ruine des paysans , du sol,des terres nourricières, des oiseaux , des insectes, de l’eau potable ect.ect. Actuellement tous les terrains sont en jachère et nous allons chercher notre MANGER agricole chimique à ALMERIA. AU 19 siècle les jardiniers ,appelés à l’époque des ménagés , qui signifié produire en sa saison ce dont on avait besoin pour vivre au quotidien. A ce jour retourner aux SOURCES est pour nous impératif. Bonne Nuit et Bonne Chance à nous tous en espésrant que nous puissions réparer nos Erreurs .

    16.01 à 03h13 - Répondre - Alerter
  • on le trouve en version papier,
    éditeur Nabu Press (16 février 2010)
    à (27.30 euros)

    15.01 à 12h48 - Répondre - Alerter
  • j’ai peut-être mal lu, mais je ne sais où le trouver ce manuel ?
    merci de me répondre.

    15.01 à 12h11 - Répondre - Alerter
  • Vive le permaculturel qui permet de créer également 1 écosystème naturel, sans dépendre des serres énergivores. Et à bas les caprices hors saison, ugh !

    14.01 à 19h46 - Répondre - Alerter
  • Il est très regrettable que le site Paysans sans frontières ait choisi de mettre un lien vers la version numérisée par Google, c’est totalement incohérent. D’autant que chaque page est estampillée "digitalized by Google" ! que la numérisation est mauvaise et qu’il manque des pages !!!

    Par contre, vous trouverez sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bp... une numérisation vraiment plus belle et plus lisible avec même la possibilité de télécharger la version texte (format txt) qui permet alors de faire des recherches dans le texte... il reste quelques coquilles obtenues lors du passage de l’OCR mais c’est facile à corriger.

    Il faudrait absolument éviter de laisser Google piller notre patrimoine.

    14.01 à 16h58 - Répondre - Alerter
  • Nous sommes maraichers.
    nous avons depuis longtemps des moyens qui nous permettent d’avoir une production toute l’année,
    alors certes pas de tomates en avril mais n’oublions pas que ces maraîchers dont nous faisons l’apologie actuellement dans les médias travaillaient entre 15 h et 20 heures pas jours, un travail manuel et physique, avec une main d’œuvre nombreuse (et pour le salaire, il faudrait pouvoir comparer avec aujourd’hui, mais étant logé/nourri (et donc à disposition
    et pas avec un contrat à 35 heures !), je doute que la rémunération soit très importante)
    C’était des techniques sans doute pleine d’inventivité, mais qui demandaient énormément de travail,

    Alors faut il aujourd’hui conseiller aux maraîchers de lire cet ouvrage ?

    Oui sans doute,
    après à chacun d’y prendre ce qu’il souhaite et de l’adapter en fonction de ses contraintes personnelles,

    Si les techniques ont évoluée depuis le XIX, l’inventivité et la recherche n’ont jamais cessé également
    j’en veux pour preuve le mouvement actuel de « maraîchage sur sol vivant » dont la dernière rencontre nationale s’est déroulée en novembre 2013 et dont vous pouvez consulter un début de reconstitution à cette adresse
    http://gaia32.com/rencontre-nationa...

    Ce n’est donc pas vraiment ce livre qui nourrira le monde demain, même s’il est utile de le lire et de s’en inspirer,
    sans doute et je l’espère donnera t il envie à de nombreuses personnes de s’installer en maraîchage, mais si tel est le cas, sans doute devront elles faire des compromis et trouver les techniques et les manières de faire qui soient en cohérence avec leur valeurs et les contraintes de temps et les contraintes économiques actuelles.

    Isabelle
    ferme de la grande rivière (72)
    http://leslegumesdelagranderiviere....

    13.01 à 17h56 - Répondre - Alerter
  • Des infos pratiques bien intéressants !
    Avec des infos par variétés, par mois.
    A vos rateaux !

    13.01 à 14h47 - Répondre - Alerter
  • ne pas oublier que pour arriver à ces résultats, les maraichers parisiens bénéficiaient d’un apport "illimité" de fumier(s), surtout de cheval, mais aussi d’autres sources, que tous ne se valaient pas, et les produits phyto de synthèse n’existaient pas (pas de pollutions chimiques)

    13.01 à 14h46 - Répondre - Alerter
  • Passionnant !
    Le lecteur exportable Gallica est tout déformé, pourriez-vous le redimensionner pour rendre le texte plus lisible ? Merci !

    13.01 à 13h41 - Répondre - Alerter
  • L’ouvrage d’Eliot Coleman est traduit en français : Des légumes en hiver, préfacé par Charles Hervé-Gruhier, chez Actes Sud.

    13.01 à 13h06 - Répondre - Alerter
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