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6-10-2011
Mots clés
Société
France
Chronique

Pour un débat transparent sur notre stratégie énergétique

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Pour un débat transparent sur notre stratégie énergétique
(Crédit photo : The Wind power - flickr)
 
Quelques mois après Fukushima et les différents incidents sur les centrales nucléaires, la transition énergétique de la France nécessite une discussion urgente, intégrant consommateurs, élus, associations et entreprises.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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La semaine dernière, nous apprenions la commande par EDF de 44 générateurs de vapeur. Le renouvellement de cet équipement de haute technologie est tout sauf anodin. Il constitue la première étape du renouvellement de la durée de vie des centrales nucléaires pour les trente prochaines années, et engage l’opérateur sur plus d’un milliard d’euros. Les commandes annoncées concernent des équipements qui seront disponibles entre 2015 et 2016, et dont le remplacement est une étape essentielle dans le processus de mise à niveau des centrales nucléaires à trente ans s’il est choisi de prolonger leur durée de vie.

Ceci nous incite à la plus grande vigilance. De très nombreux acteurs du débat public, qu’ils soient des associations, des élus locaux, nationaux ou européens, des entreprises ou des représentants de la société civile, se sont inscrits en faveur d’un grand débat sur la stratégie énergétique, intégrant la question du renouvellement du parc nucléaire. Il s’agit de choisir, en toute transparence, la meilleure stratégie énergétique pour le pays, qu’il s’agisse de maîtriser la demande ou de piloter l’offre vers une panoplie de solutions qui présentent les meilleures garanties de performance, de disponibilité et de sûreté.

Permettre au citoyen de se forger une opinion

Notre pays reste marqué par une approche technicienne et loin du débat public sur les choix énergétiques, ainsi qu’une compréhension très récente, quasi-adolescente, du partage des rôles entre la puissance organisatrice, l’autorité de sûreté et les exploitants. Pourtant, dans un contexte post-Fukushima et où les incidents de fonctionnement récents sur les centrales françaises incitent à la plus grande prudence, le débat sur notre stratégie énergétique nécessite une forte maturité collective, pour décrire au consommateur citoyen les choix possibles, leurs avantages et inconvénients, lui permettre de se forger en toute indépendance une opinion, et ensuite la mettre en œuvre.

Nous avons la désagréable impression que les annonces récentes, en particulier le renouvellement des générateurs de vapeur, laissent supposer une possible volonté de passer outre le débat public en préemptant le renouvellement et la mise à niveau des installations nucléaires pour les vingt à trente prochaines années. Et ce, alors que les observations de l’Autorité de sureté nucléaire vis-à-vis de l’exploitation incitent à la plus grande prudence, et suggèrent notamment une mise à niveau importante du parc nucléaire afin d’obtenir une sécurité maximale pour les trente prochaines années.

Choix objectif et rationnel

Le débat démocratique sur notre stratégie énergétique, intégrant la question de l’énergie nucléaire, est nécessaire, et urgent. Il s’agit à la fois de définir la stratégie d’investissement du contribuable, les enjeux d’approvisionnement pour le consommateur et la stratégie du citoyen. C’est un choix stratégique, qui nécessite un débat contradictoire et public, sur la base de données factuelles et de co-définition de scenarii énergétiques diversifiés afin de permettre un choix transparent, objectif et rationnel.

Nous ne pouvons dans ce contexte accepter qu’un investissement de renouvellement des générateurs de vapeur, qui représente 1,1 milliard d’euros et constitue un maillon essentiel d’une mise à niveau du parc nucléaire, puisse être considéré comme une décision strictement technique et effectué en catimini, de manière déconnectée du débat public sur la stratégie énergétique.

De nombreux autres équipements, qu’il s’agisse du pilotage ou du fonctionnement des centrales nucléaires vont arriver à obsolescence fin 2011 ou courant 2012. Il en est de même pour la mise à niveau du réseau électrique national, dont une grande partie est proche de l’obsolescence, et dont la structure actuelle complique inutilement l’intégration des énergies renouvelables. Nous pensons qu’il convient de regarder globalement ces différents renouvellements, qui suggèrent des hypothèses de dimensionnement structurantes pour notre stratégie énergétique, et d’en faire un élément essentiel du débat sur la stratégie énergétique.

Le temps est à la vigilance

Les investissements de renouvellement – exploitation des centrales ou des réseaux – risquent de préempter lourdement le débat public, et d’obérer d’autant la capacité de notre pays à enfin décider collectivement et prendre en main sa stratégie énergétique.

Il est désormais nécessaire, et opportun en cette période pré-électorale, de réunir l’ensemble des acteurs économiques, publics et de la société civile autour de la décision conjointe d’un débat sur la stratégie énergétique, déjà prévu par le Grenelle mais toujours reporté depuis, d’en définir les modalités et de s’assurer qu’en l’attente aucune décision, publique ou privée, ne vide le débat de sa substance ou n’en limite la portée. Plus que jamais, le temps est à la vigilance et à une réflexion systémique envisageant différents scenarii d’évolution pour pouvoir définir collectivement le futur énergétique que nous souhaitons, en toute transparence.

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Nicolas Imbert est directeur de Green Cross France et Territoires. Green Cross, ONG créée par Mikhaïl Gorbatchev en 1993, se focalise sur le lien entre environnement, économie et société. Par des actions de plaidoyer et des projets concrets, elle s’engage pour un futur plus durable, à travers ses 34 organisations nationales.

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  • Oui mais EDF est une entreprise privée à présent !
    La première mesure pour reprendre la main serait de renationaliser EDF et de ramener la production et la distribution d’énergie dans la sphère publique.

    Par contre si un gouvernement lance le débat avec volonté de faire appliquer ses conclusions (avec quels leviers ?), il faudra signifier aux entreprises privées (dés à présent ?) que leurs investissements seront ignorées dans les arguments pour la poursuite en l’état du mix énergétique. Ainsi ils feront ce choix en mettant en jeu leurs comptes et seront enclins à plus de prudence...
    Il faut savoir que ces renouvellements ne peuvent pas être achevés en quelques jours. Et c’est aussi pour éviter des arrêts de centrales longs en attendant les nouvelles pièces que l’opérateur veut lancer si tôt ses approvisionnements.

    Ce qui est désolant c’est que les possibles acteurs majeurs de la future présidentielle (UMP - PS) ne me semblent pas prêts pour se dresser contre EDF et lui imposer quoi que ce soit. Que ce soit en annonçant dés à présent que ce débat aura lieu et que la volonté du peuple sera respectée. Que ce soit en sortant du traité de Lisbonne pour pouvoir remettre dans le secteur publique les productions et distributions des éléments vitaux pour les citoyens que sont l’eau et l’énergie.

    Enfin, le débat fera-t-il tout ? Quand on voit le détricotage parlementaire des acquis du Grenelle, on peut aussi en douter fortement...

    Pour la remarque de Martin sur le coûts du nucléaire nouveau (EPR). On ne peut se baser sur le coût d’un réacteur en pré série pour en faire la référence du coût du kWh. Ca n’a pas de sens économique et c’est un peu malhonnète.

    10.10 à 08h46 - Répondre - Alerter
  • Entre novembre 2008 et décembre 2010 en Angleterre, la production éolienne a 124 fois atteint un point bas de 1% de la capacité, ce pendant cinq heures en moyenne ; 51 fois, le point bas de la production s’est établi à 0,5% de la capacité, pour plus de quatre heures en moyenne.
    Un exemple : à 17h30 le 07 Décembre 2010, lorsque le Royaume-Uni a enregistré sa quatrième plus grosse consommation 60.050 MW, le parc éolien de 5200 MW, n´a produit environ que 300 MW, un facteur de charge de 5,8%. Un des plus grands parcs éoliens du Royaume-Uni, la Ferme éolienne de Whitelee de 322 MW n´a fourni que 5 MW environ, un facteur de charge de 1,6%.
    Pendant ce temps, le facteur de charge dans d’autres pays européens à la même époque était également faible. Le parc allemand a enregistré un facteur de charge d’environ 3% (830MW/25.777 MW) et le Danemark 4% (142 MW / 3.500 MW).
    Ces chiffres confirment les arguments théoriques que quelle que soit la taille du parc éolien vous ne serez jamais en mesure de réduire le parc de production conventionnel. Un investissement très cher, surtout quand il ne produit pas quand vous en avez le plus besoin.
    Alors, pas de nucléaire, pas de pétrole, vers 2050 nous retournerons en 1800, avant la révolution industrielle, puisque toute les énergies sont dépendantes du pétrole pour leur construction et maintenance.
    (Voir : Renewable Energy Foundation »Faible production éolienne 2010 ».).
    http://petrole.blog.lemonde.fr/
    http://contreinfo.info/article.php3...

    9.10 à 18h37 - Répondre - Alerter
  • Quelques informations et les liens vers les textes dont elles sont issues, pour contribuer au débat.

    En plus des dangers extrêmes qu’il fait encourir à la population, le nucléaire a perdu son prétendu avantage économique. Aujourd’hui, le coût de production de l’électricité est devenu plus cher avec les nouveaux réacteurs en construction ou en projet en Amérique du Nord ou en Europe.

    La banque suisse d’investissement UBS mentionne un coût de 100 dollars par MWh (70 euros/MWh ou 7 cts/kWh). En France, avec son retard de 4 ans et son coût à six milliards d’euros (durée et coût doublés comme le premier EPR à Olkiluoto en Finlande), l’EPR de Flamanville (second du genre donc) arrive à un coût de 81 euros/MWh (8,1 cts/kWh) pour l’électricité qui serait produite s’il est mis en service en 2016 :
    http://energeia.voila.net/nucle/reacteurs_trop_chers.htm

    Le prix d’achat actuel pour l’éolien terrestre est de 8,2 cts/kWh pour les dix premières années et de 2,8 à 8,2 cts/kWh ensuite, selon le site (plus ou moins de vent). Pour de nombreux sites, le prix d’achat du kWh éolien sera inférieur à celui du kWh nucléaire "historique" (ancien).

    Avec une évolution rapide à la baisse, le coût des systèmes solaires photovoltaïques entraine une baisse des tarifs d’achat dans tous les pays européens, et sans doute partout où ils existent.

    En France, avec une baisse moyenne de 10% par an, le prix d’achat pour l’électricité photovoltaïque provenant des systèmes non intégrés au bâti, qui est de 11,69 cts/kWh à ce jour, sera de 8,09 cts/kWh au début 2015 et 7,29 cts/kWh au début 2016 :
    http://energeia.voila.net/solaire/baisse_prix.htm

    Dans les pays d’Europe pour lesquels les "feed-in tariffs" existent, le prix d’achat de l’électricité photovoltaïque devient identique ou inférieur au prix de l’électricité fournie par le réseau pour le tarif résidentiel (parité réseau) dès 2012 en Allemagne, 2014 en Italie, 2015 en France et 2020 en Grande-Bretagne.

    En Allemagne, au moins 35% de l’électricité sera d’origine renouvelable en 2020 (mais 45% est considéré comme possible), 50% en 2030, 65% en 2040, 80% en 2050 :
    http://energeia.voila.net/electri/allemagne_renouv_2020.htm

    En Ecosse, le gouvernement local (autonome) prévoit 100% d’électricité renouvelable en 2020, dont une bonne partie par les énergies marines. La Norvège et l’Islande produisent déjà 100% de leur électricité par les énergies renouvelables, de même que l’île d’El Hierro aux Canaries.

    7.10 à 22h32 - Répondre - Alerter
  • « plus d’un million d’euro »

    Ouah quelle somme ! (ironie)

    Vous êtes sûr que c’est bien 1 million ? hum hum...
    Bon est-ce que je continue à lire ?

    6.10 à 19h22 - Répondre - Alerter
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