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24-03-2015
Mots clés
Pollution
France
Décryptage

Non, la pollution ne vient pas des centrales à charbon, mais de l’agriculture et du trafic routier

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Non, la pollution ne vient pas des centrales à charbon, mais de l'agriculture et du trafic routier
(Crédit photo : Xavier Popy / Réa)
 
Ulcéré par la circulation alternée, Pierre Chasseray, l'omnimédiatique délégué général de 40 millions d'automobilistes, assure que les voitures ne sont pas coupables du récent épisode de pollution. A côté de la plaque.
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N° 67 - mai 2015

30 milliards d’amis ?

C’est son heure. En plein pic de pollution, alors que le plan de circulation alterné sortait pour la deuxième fois des cartons, Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, est monté au front. Face au risque accru de maladies cardiovasculaires, de cancers et de problèmes respiratoires liés aux dépassement de seuils – d’information, puis d’alerte – de concentration de particules dans l’air, le volubile défenseur des conducteurs n’a qu’une obsession : blanchir la réputation de son moyen de locomotion fétiche. Roulant sa bosse de plateaux télé en studios de radio, ce communicant hors pair trouvait encore le temps de poster frénétiquement sur Twitter les cartes du système national de surveillance de la qualité de l’air Prev’Air, censées étayer son argumentaire.

« Quand on voit la carte pollution, le Finistère touché et Marseille épargné, on voit bien que la voiture n’est pas l’enjeu », lançait-il triomphant sur le site de microblogging. Si l’on en croit ce farouche défenseur du diesel, pourfendeur de ce qu’il nomme les « mesures autophobes », la voiture serait donc hors de cause. Dans ce cas, comment expliquer les fortes concentrations de particules qui, depuis dix jours, s’immiscent dans les poumons des habitants d’Ile-de-France, de Champagne-Ardenne, de Rhône-Alpes ou du Nord ? Pierre Chasseray est catégorique : « Les hommes politiques doivent punir les pollueurs ; les centrales à charbon allemandes », précisait-il lundi 23 mars sur Europe 1.

Une carte montrant une France coupée en deux par le milieu, rouge sur la moitié nord – signe de forte pollution –, jaune et verte sur la moitié sud, signe d’une concentration moindre en particules, suffit-elle à écarter la responsabilité du trafic routier ? La réponse est à chercher du côté de l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), l’organisme qui produit les cartes Prev’Air chères à Pierre Chasseray. Verdict ? Le plus écouté des automobilistes interprète ce document complètement de travers. Certes, la masse rouge symbolisant les plus fortes concentration de polluants s’étend des Ardennes au Finistère, y compris au dessus des zones rurales où le trafic routier est faible. Mais en conclure que « la voiture n’est pas l’enjeu » n’a aucun sens… « S’il n’y avait pas de trafic routier, il n’y aurait pas cette pollution », corrige Laurence Rouïl, responsable du pôle modélisation et cartographie environnementale de l’Ineris. De fait, le récent épisode de pollution aux particules, presque rituel en cette période de l’année, « est avant tout le résultat d’une réaction chimique entre l’ammoniac issu de l’épandage de fertilisants sur les terres agricoles et le dioxyde d’azote émis principalement par le trafic routier », développe la chercheuse. « Il faut imaginer une cocotte chimique qui produit des particules, puis ça s’étend, ça s’étend » illustre-t-elle. C’est dans cette « cocotte chimique » que naissent les particules dites secondaires, qui étaient surtout présentes au milieu du récent épisode de pollution. « Avec zéro trafic routier, ce phénomène ne se déclencherait pas », conclut la responsable de l’Ineris.

28% de la pollution locale due au trafic routier

A cette pollution de fond, s’ajoute une pollution locale, prédominante sur les premiers et derniers jours du récent épisode de pollution. Cette fois, les coupables sont les particules primaires. Elles ne sortent pas de la « cocotte chimique », mais sont produites telles quelles par les activités humaines. En Ile-de-France, selon les chiffres de 2012, 18% de ces particules constituant la pollution locale proviennent de l’agriculture, 26% des installations de chauffage résidentiel et tertiaire, 3% de l’activité industrielle, 18% des chantiers et carrières et 28%… du trafic routier. A l’échelle locale comme régionale, la voiture n’est pas amnistiée.

Reste un mystère à éclaircir. Si la hausse des concentrations de particules – primaires et secondaires – est liée au trafic, comment expliquer que sur la carte Prev’Air « le Finistère soit touché » et « Marseille épargnée », comme le souligne Pierre Chasseray ? D’une part, parce que les masses d’air pollué se déplacent. D’autre part, parce que les cartes de Prev’Air ne montrent pas la pollution locale. « Ce que montrent ces cartes, ce sont les mouvements des grandes masses d’air », précise Karine Léger, ingénieure à AirParif. « Nous avons une résolution de 7 à 10 km, ce n’est pas la précision des associations locales de surveillance de la qualité de l’air », reconnaît Laurence Rouïl.

« Ni allemandes, ni polonaises, ni rien du tout »

Si Pierre Chasseray ne voit pas l’impact local du trafic routier sur les cartes Prev’Air, c’est tout simplement que celles-ci ne s’y intéressent pas. Mais la voiture est bel et bien l’enjeu. Depuis la publication de son commentaire vainqueur, l’ambassadeur des automobilistes semble s’être fait une raison. Sur Twitter, le texte accompagnant la carte bicolore de Prev’Air a changé. Il ne dit plus que la voiture « n’est pas l’enjeu » mais simplement « qu’elle est loin d’être le seul facteur de pollution ». Cette fois, c’est plutôt vrai.


Sauf qu’en haut de liste des coupables Pierre Chasseray place toujours les centrales à charbon allemandes. Cette rumeur qui revient sur les réseaux sociaux à chaque fois que notre gorge pique est-elle étayée ? « Pas du tout ! Cet épisode n’a rien à voir avec les centrales thermiques, ni allemandes, ni polonaises, ni rien du tout », corrige Karine Léger. La preuve ? « La pollution émanant des centrales à charbon est facilement traçable, car elle contient du sulfate, indique l’ingénieure. Or, pour cet épisode printanier comme pour celui de l’an dernier, nous n’en avons trouvé aucune trace. » Pour autant, la France est loin de produire l’intégralité de la pollution qu’elle subit. « La période d’épandage d’engrais azotés est la même dans toute l’Europe. A conditions météo équivalentes, nos voisins produisent donc le même cocktail chimique, précise Laurence Rouïl. Ces grandes masses d’air ne s’arrêtent pas aux frontières. Pendant que nous nous plaignons de la pollution venue de l’est, les médias britanniques ont des mots très durs contre celle qui leur arrive de France. »

Pour mettre un coup d’arrêt à ce phénomène global, la circulation alternée n’est qu’une partie de la solution. L’expérimentation tentée l’an dernier, la première depuis 1997, a entraîné une baisse de 18% du trafic et de 5% de la concentration en particules. C’est bien, mais c’est insuffisant pour lutter contre la pollution de fond. Pour éviter les particules de printemps, il faudrait également s’en prendre aux émissions d’ammoniac, l’autre ingrédient de la réaction. « Ce qui suppose de se pencher sur la fertilisation intensive à l’œuvre dans l’agriculture », reconnaît Gilles Aymoz, chef du service qualité de l’air de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). La tâche s’annonce épineuse. « On dit aux agriculteurs de ne pas fertiliser quand il pleut parce que ça pollue les sols… et de ne pas fertiliser quand il fait sec car ça pollue l’air » soupire-t-il. L’heure d’une remise à plat de notre système agricole aurait-elle sonné ? Pour Laurence Rouïl « c’est une idée… »

A lire aussi sur Terraeco.net :
- « Contre les pics de pollution, quelles solutions ? »
- « Particules fines : pourquoi la France est-elle si nulle ? »
- « Paris enfin sans véhicules polluants ? Voici les défis à relever »

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  • Et si la pollution venait aussi de la déforestation générale sur cette terre ?

    (Brésil, Afrique, Indonésie)

    18.05 à 11h57 - Répondre - Alerter
  • Combien de commentateurs ci dessus possèdent des voitures..... ? Facile ces critiques, allez les gars mettez vos idées en pratique et retroussez-vous les manches Mesdames et Messieurs les "escrologies" comme dit un de mes amis !!!!

    12.04 à 17h55 - Répondre - Alerter
  • Où l’on revient à la question de l’information et aux enjeux d’imputation des responsabilités qui s’y jouent. Tout cela a déjà été analysé par la science politique. Cf. Y. Rumpala, « De l’objectivation des risques à la régulation des comportements. L’information sur la qualité de l’air comme instrument d’action publique », article paru dans la revue Réseaux, vol. 22, n° 126, 2004. Il y en a une présentation en version blog : https://yannickrumpala.wordpress.co...

    28.03 à 16h59 - Répondre - Alerter
  • Youpi, ’enfin les pollueurs commencent à se renvoyer les responsabilités pour pouvoir continuer leur mode de vie pensée avec des neurones bloqués dans les intestins.
    Quand ils se boufferont entre eux, il nous restera 1 peu + d’air pour transformer + sainement et efficacement leurs divers déchets. Merci à Terraeco de m’avoir offert ce rare instant de bonne humeur !

    27.03 à 17h20 - Répondre - Alerter
  • Juste un petit mot :

    En plus de polluer, l’agriculture actuelle dite "intensive" pollue ET apauvrit les sols. Ce qui veux dire qu’au fil du temps elle produit de moins en moins.
    Il suffit de regarder le rendement potentielle avec tracteurs & pesticides rigolos comparé au rendement des agriculteurs aujourd’hui (énorme augmentation théorique, réduction du rendement dans les faits..).
    Donc : l’agriculture intensive NE PERMET PAS de nourrir la population.

    Par contre, ce qui le permettrait, c’est une agriculture dite "paysanne"... En fait c’est tout con... revenir au respect de la terre et à la biodiversité au sein de chaque plantation.

    Voir "Claude et Lydia Bourguignon - Etude du sol & goûter la terre", reportage gratuit sur une plateforme vidéo bien connue.

    27.03 à 11h25 - Répondre - Alerter
  • Pour l’épisode récent de pollution il est clair qu’il provient majoritairement de chez nos voisins européens du nord et du nord est. Et cela s’est ajouté à la pollution hexagonale. Depuis plusieurs années on stigmatise en France les véhicules diesel, et personne ne mentionne les véhicules à essence qui produisent autant sinon plus de particules fines et ce sans pot catalytique pour les retenir. Pourquoi ce silence ? ou pourquoi stigmatiser uniquement le diesel ? La réponse est à rechercher auprès d’un lobbying très puissant celui des raffineurs de pétrole. En effet ces compagnies gagnent moins d’argent avec le diesel qu’avec le super et n’ont donc pas construit en France suffisamment d’unités de production de diesel pour alimenter tous les automobilistes français, ils doivent donc importer le diesel manquant d’ailleurs. Par contre si l’on obligeait les autos françaises à rouler au super le gain pour nos compagnies pétrolières serait maximal. Elles ont donc lancé cette campagne anti diesel en occultant le fait que le super est tout autant producteur de particules fines.
    Et pourquoi PSA qui a inventé le pot catalytique pour les véhicules diesel vient de sortir un modèle essence lui aussi équipé d’un filtre à particules ? Les ingénieurs de PSA sont ils fous ?, non ils savent que les moteurs à essence polluent plus que les diesels récents, ne serait-ce que parce qu’un moteur à essence même récent consomme plus de carburant qu’un diésel de même puissance,, et donc diffuse plus de particules fines. Et il serait bon que chacun en soit conscient.

    25.03 à 19h22 - Répondre - Alerter
  • Et ici dans la Manche , le mois de mars est le mois où je vois le plus de coupes de bois et de gigantesques tas de branchages qui sont brulés sur place et ajoutent des particules qui vont pouvoir aller s’agglomérer avec d’autres sources de pollutions ...et personne ne dit rien .
    La préfectures est en alerte rouge mais il n’y a pas de répercussions pratique , sur le terrain tout le monde continue et la majorité des gens ne sont même pas au courant . Ou ne font pas le lien .ils vont se lamenter en regardant la météo qui annonce les pollutions mais pas pour autant changer leurs habitudes : comment faire ?

    25.03 à 13h34 - Répondre - Alerter
  • Le matin ciel bleu...
    puis des traînées d’avions...
    de plus en plus de traînées d’avions qui finissent par fusionner vers midi...
    ciel laiteux ! non ?...
    l’après-midi le ciel est voilé puis brume... nous habitons à 25 km de Roissy
    Le transport aérien est en plein développement... tout le monde ne peut pas se payer un voyage...sans dent, précarité, pouvoir d’achat,....
    Cette pollution dont personne ne parle et qui profite, ou dont profite une poignée ’’d’humains’’...
    voir calculateur : http://eco-calculateur.aviation-civ...

    Il faut interdire les voitures diesels mais pas les avions ?
    Le kérosène n’est-il pas de la même famille d’hydrocarbure que le diesel ???
    Hypocrisie...une de plus pour les BOBO...

    25.03 à 10h19 - Répondre - Alerter
  • La pollution provient d’un grand nombre de causes. Du trafic routier, notamment des moteurs diesel, mais également de l’industrie, de l’agriculture, des systèmes de chauffage au gaz ou au fioul. Je ne pense pas que les centrales électriques au charbon d’Allemagne contribuent beaucoup à la pollution française.
    Il y a une pollution plus sournoise, dont on évite de parler et qui est pourtant importante en France : c’est les rejets de méthane produits par les ruminants et notamment les bovins. A quantité égale, le méthane contribue 30 fois plus à l’effet de serre que le CO2 .
    En France, les élevages industriels (pour ne pas dire concentrationnaires) de bovins contribuent autant à l’effet de serre que tous nos moyens de transport réunis, y compris les avions.
    Commençons pas réduire notre consommation de viande, ce qui diminuera la pollution par le méthane. Mais aussi, ce qui réduira l’importation de maïs OGM, ainsi que les grandes quantités d’eau et d’engrais, voire de pesticides, pour faire pousser ces céréales destinées à l’alimentation des animaux de boucherie.
    Dernière information : pour avoir 1Kg de protéine animale, il faut au moins 10Kg de protéine végétale. Quel Gaspillage !

    25.03 à 09h50 - Répondre - Alerter
  • Que la pollution due au trafic routier soit une paille ou une poutre, ce n’est plus vraiment la question : elle est bien là et elle contribue à tuer.
    La stratégie enfantine du "c’est pas moi c’est l’autre" arrange bien ceux qui n’ont que leur nombril à regarder. Qu’en serait il s’ils pouvaient voir à travers la cage thoracique de leur enfant ses petits poumons s’encrasser dangereusement ? Ou s’il existait un curseur capable d’indiquer l’espérance de vie s’amenuisant pour leur conjoint, leurs parents, ou eux même ? Ce Monsieur pourrait il décemment tenir ce genre de discours à l’un de ses proches hospitalisé en souffrance respiratoire ?
    Que l’ampleur du problème soit telle que réduire le trafic ne suffise pas, c’est une malheureuse évidence. Mais nous nous comportons tous, à plus ou moins grande échèle, en salisseurs. La moindre des choses, à défaut de faire preuve de respect en tentant d’y remédier de sa modeste petite place, est d’en avoir conscience et de ne pas mépriser ceux qui s’efforcent d’y apporter des solutions, même infimes.
    Etre médiatisé pour dire autant d’âneries qui ne servent à rien, quelle tristesse !!!!

    25.03 à 08h29 - Répondre - Alerter
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