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21-01-2016
Mots clés
Pollution
France
Interview

Pollution en Cévennes : financez l’action en justice !

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Pollution en Cévennes : financez l'action en justice !
(Crédit photo : Capture d'écran du documentaire de Pièces à conviction )
 
Dans cette région, d'anciennes mines de plomb et de zinc ont laissé place à une pollution sévère. L'association Générations futures a décidé de porter plainte contre X et appelle les citoyens à l'aider financièrement.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Des mines de zinc et de plomb qui ferment tour à tour en 1955 puis en 1971 et laissent derrière elles des sols et des cours d’eau pollués. L’histoire semble tristement banale. Sauf que, dans ce petit bout des Cévennes, le secret est si bien gardé que, longtemps, sur ces terres gavées de métaux lourds, les habitants construisent des maisons, les promeneurs croisent des galeries abandonnées, les enfants jouent dans les flaques. Chaque année même, le terrain déserté d’une des mines accueille le Funky Freaky Festival, un festival de musique alternative.

En 2008, une première étude environnementale est publiée par Géodéris, l’expert public français de l’après-mine : elle montre des taux très élevés d’antimoine, d’arsenic, de plomb, de cadmium dans les eaux et les sols. Rien pourtant susceptible d’alerter la préfecture du Gard ou les mairies avoisinantes qui reçoivent le rapport. Trois ans plus tard, sollicités par un habitant de la région, un nouveau travail d’expertise confirme la toxicité du milieu pour les habitants. Il est appuyé par deux toxicochimistes de renom, Jean-François Narbonne et André Picot. Toujours pas de réaction des services de l’Etat. Pas d’étude épidémiologique lancée. Seules des recommandations d’hygiène ont été envoyées, au premier trimestre 2014, aux habitants, leur enjoignant de se laver les mains régulièrement, de garder leurs ongles courts ou de ne pas laisser leurs enfants jouer dans la terre.

Cette enquête, on la doit à Alain Renon et André Jouve, deux journalistes de RFI qui ont remonté, un an durant, le fil de ce scandale sanitaire et publié un webdocumentaire très bien documenté sur le site de la radio : « Scandale environnemental à la porte des Cévennes ». Accompagné de Bernard Nicolas, Alain Renon a aussi réalisé un documentaire télé pour l’émission « Pièces à convictions » diffusé le 20 janvier sur France 3.

Mais le travail des journalistes n’est peut-être que le début de l’affaire. Dans leur sillage, l’association Générations futures, qui suit l’histoire depuis deux ans, a décidé de porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, blessures involontaires et pollution des eaux. Elle a aussi lancé une campagne de crowdfunding sur le site de Citizencase. Elle espère rassembler 5750 euros pour financer les expertises nécessaires et régler les frais judiciaires, souligne François Veillerette, porte-parole de Générations futures. Interview.

Terra eco : Pourquoi avoir déposé cette plainte et lancé cette campagne ?

François Veillerette : C’est vrai, c’est un sujet un peu différent de ce qu’on traite d’habitude (l’association est connue notamment pour son long travail d’alerte sur les pesticides, ndlr). Mais c’est un cas tellement emblématique de ces sites abandonnés et de leurs conséquences lourdes en matière de pollution qu’on a décidé de déposer plainte. Et puis, pardonnez-moi l’expression, mais c’est du lourd. Quand on voit les teneurs de polluants… C’est très clair dans le documentaire, quand Johnny Bowie (habitant de la région, il est le premier à avoir lancé l’alerte, ndlr) transmet les teneurs à André Picot, l’expert lui dit, au début : « Vous devez vous tromper. Ça ne peut pas être des milligrammes, c’est des microgrammes. » Il pense que Johnny Bowie s’est trompé d’un facteur mille ! Dans le jardin de Manuel Gomez, c’est extrêmement pollué en plomb. C’est pratiquement comme s’il avait du minerai sous ses pieds. Ce n’est pas une petite affaire. C’est un problème de santé publique. Alors nous, nous voulons qu’enfin cette affaire soit prise en compte et que des mesures de gestion soient prises. On ne pourra pas faire disparaître des milliers de tonnes de résidus mais on peut prendre des mesures pour ne pas exposer les gens. On veut favoriser l’avancée du dossier pour qu’il ne soit pas jeté comme de la poussière sous un tapis.

Vous aviez déjà vu quelque chose de cette ampleur ?

En France, on a toute une carte des sites pollués orphelins. Dans l’Oise par exemple, il y a des sites tellement pourris que personne ne va voir. Il faudrait excaver et traiter la pollution. Ce n’est pas fait. Mais au moins, il y a une surveillance. Il n’y a pas de contamination des cours d’eau. Mais là, on a un site qui n’est même pas orphelin puisqu’il appartient à Umicore et que la population est exposée fortement. Ca fait deux bonnes raisons de s’en préoccuper.

Des mesures ont déjà été prises. Pensez-vous qu’elles sont insuffisantes pour faire bouger les pouvoirs publics et le propriétaire des sites, le belge Umicore ?

A nous, il nous semble qu’il y a assez de données – le rapport Géodéris, la publication des scientifiques – sur la table pour que l’Etat fasse quelque chose. Mais il n’a pas réagi. Alors on a besoin d’éléments complémentaires pour montrer l’imprégnation des éléments, des animaux, des humains. Une campagne de biomonitoring a bien été lancée (en octobre 2015 par l’Agence régionale de santé, elle vise à mesurer les taux de plomb, de cadmium et d’arsenic dans l’organisme des habitants, ndlr) mais ses résultats ne seront pas disponibles avant encore longtemps. On ne peut pas attendre.

Le documentaire dresse une liste de 61 personnes malades ou décédées depuis 1990 dont 36 touchées par des cancers. Mais vous êtes très bien placé pour savoir qu’il est toujours très difficile de lier une maladie à une seule cause…

Evidemment. En épidémiologie, c’est toujours très compliqué. Surtout sur des problèmes locaux. On s’expose à ce qu’on nous dise que la population touchée n’est pas assez significative pour qu’on en tire des conclusions. Mais dans ce cas, on n’a pas besoin d’épidémiologie. On a des concentrations de polluants dans les organismes bien supérieures aux normes (un médecin local avait soumis 17 volontaires à des tests sanguins et d’urine, ndlr). On est à des niveaux intolérables ! L’épidémiologie c’est après, quand on compte les morts.

Les habitants sur place se sont-ils joints à votre plainte ?

Certains ont fait des plaintes individuelles qui vont se joindre à la nôtre. Notre avocate portera notre plainte et les leurs. C’est très bien comme ça. Qu’une association y aille à côté d’eux les soutient sans doute. Et nous allons pouvoir faire des analyses que personne ne peut se permettre de faire. Nous allons donner des moyens scientifiques et juridiques aux habitants.

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9 commentaires
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  • Bonjour,
    en Belgique , en Wallonie nous avons le même problème, en partie résolu grâce à une dépollution botanique et enthomologique, car aussi bizare que cela puisse être, des insectes prolifèrent activement en milieu toxique de Ag, As, Cd, Cu, Mn,Pb, Zn qui étaient extrait dans la province de Liège et du Luxembourg pour Ag, Cu, Pb.
    De même il existe des plantes métalophytes qui se nourrices de sels des dit métaux .
    Vous pourriez vous documentez à la "Société de Géologie et Paléontologie de Belgique" sise au 13 rue Jenner à B-1040 Etterbeek (région de Bruxelles-Capitale EU).

    2.03 à 02h20 - Répondre - Alerter
  • André Jouve n’a jamais participé au documentaire de France 3. Un film signé par Alain Renon et Bernard Nicolas pour la réalisation.
    Une précision qui ne doit dissuader personne de participer au financement des actions en justice qui vont venir.

    1er.02 à 17h13 - Répondre - Alerter
  • A quand une loi qui obligera les industriels à rendre les lieux propres après usage ? On apprend aux petits à ne pas laisser trainer leurs déchets, à ranger leurs affaires, on colle des amendes aux gens si on les prend en train de salir un lieu public, mais les industriels, eux, n’ont jamais eu la moindre obligation vis à vis des terrains qu’ils exploitent, c’est idiot.
    Mais ça prouve aussi ce que l’idée même de la propriété privée a de vicelard. Elle induit un : "je fais ce que je veux" qui est sans rapport avec une relation saine au monde. On ne fait jamais ce qu’on veut avec la terre, les plantes ou les bêtes, pas plus qu’avec les gens. Ou plutôt, si on s’avise de faire ce qu’on veut, ce n’est jamais sans conséquences. Toute l’industrie, depuis qu’elle existe, fonctionne sur cette idiotie : "c’est à moi, je fais ce que je veux, j’encrasse le paysage, je produis à bas coût, j’asphyxie bêtes, plantes et gens alentour, je vire mes employés, je délocalise et je laisse mes déchets derrière moi, j’emploie des enfants en Chine ou en RDC, je revends mes produits à l’autre bout de la terre en polluant partout, mais j’ai le droit, c’est à moi."
    Tant que la loi n’obligera à rien ces gens sans scrupule, tant que le peuple n’aura pas réclamé ses droits et les droits de la terre, ça continuera. Les Equatoriens ont fait figurer les droits de la nature dans leur constitution, il serait temps de les imiter et de faire des lois en conséquence qui mettent des barrières plus précises aux entreprises.

    27.01 à 10h34 - Répondre - Alerter
  • Même si je suis d’Ariège, je ne peux que soutenir cette action car elle rejoint celle des autres lanceurs d’alerte que sont les zadistes : trop d’empoisonnements, d’asphyxie par bétonnage des ressources naturelles. Après le bradage foncier, l’abandon après destruction des sites, constitue un crime environnemental et économique commis par l’Etat français à l’encontre de sa Nation. De droite ou de gauche, les divers gouvernements sont complices et ont permis de tels délits, en édictant des lois permissives au point d’en devenir abusives.

    Et la mutualisation des compétences juridiques est possible en passant par "Notre affaire à tous" qui a commencé déjà à monter 1 dossier d’attaque en justice de l’Etat, dès le 04/12/15, lors de la COP 21. Personnellement, j’ai ce que je vais faire, car mon humble budget ne me permet pas d’investir dans les moult problèmes qui minent ce pays...Et le reste de la planète, dont s’occupe également Endecocide, partenaire de "Notre affaire à tous", par ailleurs...

    25.01 à 10h58 - Répondre - Alerter
  • vraiment crade les autorites, faudra que le prefet du gard et les autres responsables belges et francais y vivent ... non ?

    24.01 à 19h19 - Répondre - Alerter
  • Une revue spécialisée dans le management des risques, Préventique, a aussi publié une enquête en 2013 sur Saint-Félix-de-Pallières avec la collaboration de J.F. Narbonne, A. Picot et J. Bowie.

    23.01 à 14h51 - Répondre - Alerter
  • Un titre

    Placez votre texte ici _


    je soutiens votre action. Nous avons une maison de l’autre coté de la crête de Pallières et on a jamais été informé de ce problème par les autorités. Notre information s’est faite uniquement par les médias, c’est dire le cynisme des autorités.
    Bravo pour votre travail

    Sylvie Ungerer

    22.01 à 21h10 - Répondre - Alerter
  • Purée 14% des fond pour les plateformes techniques ! Au secours !
    Pourquoi ne pas faire un change.org avec un RIB pour le virement...
    Les avocats peuvent faire un tarif solidaire aussi...

    22.01 à 16h19 - Répondre - Alerter
    • Ce ne sont pas 14%, mais 8% au total. Je ne sais pas où vous avez vu ça. 3% pour le système de paiement électronique, 2,5% pour Ulule et 2,5% pour Citizencase. Allez voir les CGU. Vous savez, il y a des gens derrière cette plateforme. Et puis, si vous faîtes 250 virements à l’avocat, ça va être sympa à gérer la compta, 250 lignes, mélangées sur 1 mois.

      25.01 à 09h20 - Répondre - Alerter
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