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17-03-2015
Mots clés
Alimentation
Agriculture
Asie Et Océanie

Les nouveaux résilients (7/7 ) : l’ingénieur lumineux

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Les nouveaux résilients (7/7 ) : l'ingénieur lumineux
(Crédit photo : DR)
 
Inventer une machine qui transforme la coco en huile, utiliser cette huile pour générer de l'électricité, décortiquer du riz à l'énergie solaire... En Papouasie-Nouvelle Guinée, Gregory Denn fourmille d'idées pour donner de l'énergie aux villageois.
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Ici, le changement climatique n’est encore qu’une épée de Damoclès. Là-bas, il sévit déjà. Sécheresse, dégradation des sols, insécurité alimentaire… Du Togo au Congo, en passant par les Philippines et la Papouasie-Nouvelle Guinée, des populations sont, dans leur quotidien, aux prises avec les conséquences du dérèglement. Pour s’en prémunir ou s’y adapter, des porteurs de projets rivalisent d’inventivité. Ils imaginent de nouvelles sources d’énergie, redécouvrent des plantes, réapprennent à cultiver en milieu aride. Le Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l’Agence française du développement (AFD) a lancé le concours Challenge Climat pour récompenser ces initiatives. Terra eco est allé à la rencontre de ces nouveaux résilients.

Faire fonctionner des machine agricoles aux confins du globe : telle est la mission que s’est donnée Gregory Denn. Avec son entreprise Projet support service, ce Britannique exilé en Papouasie-Nouvelle Guinée tente de favoriser l’autonomie alimentaire des villages isolés. Le tout sans énergies fossiles.

Terra eco : Pourquoi équiper les villages de Papouasie-Nouvelle-Guinée en machines agricoles ?

Gregory Denn : Dans les îles tropicales, où les populations vont subir de plein fouet les effets du changement climatique, s’alimenter est d’ores et déjà compliqué. En milieu rural, trois plantes – le riz, le maïs et le manioc – constituent la nourriture de base de la population. Toutes sont difficilement consommables en l’état. Pour être ingéré, le riz doit être décortiqué, les céréales sont le plus souvent transformées en farine et le manioc doit être râpé. Les femmes passent donc un temps considérable – au minimum une heure par jour – à transformer les aliments bruts. Parfois, elles parcourent de longues distances pour se rendre aux moulins. Elles dépensent alors un dollar par trajet (0,94 euro) auquel s’ajoute un dollar pour broyer 25 kg de graines. Les populations très pauvres peinent à supporter ces coûts, mais elles n’ont pas d’autres choix. En mettant à disposition des villageois de petites machines, assez rudimentaires, qui leur permettent de réaliser eux-mêmes ces opérations, on leur permet de retrouver une souveraineté alimentaire. Au lieu d’engendrer une dépense supplémentaire, leur récolte gagne de la valeur.

Comment est né ce projet ?

Un peu par hasard. A la base, je suis ingénieur civil : je ne fais pas de machinerie. Mais une ONG est venue me voir pour me demander si j’étais capable de fabriquer un appareil permettant de produire de l’huile de coco. Je me suis laissé prendre au jeu et l’expérience a fonctionné. En plus des savons et des lotions, l’huile de coco nous a permis d’alimenter un système de générateurs électriques. Celui-ci suffit à l’éclairage des maisons d’un petit village et permet en prime de charger la batterie de quelques téléphones. L’invention d’outils est devenu mon hobby. Après la transformation de la noix de coco et la fabrication d’agrocarburants à partir de céréales, nous nous sommes attaqués à la transformation des cultures vivrières indispensables à la survie des populations locales. C’est ainsi que la râpe à manioc et que le décortiqueur-polisseur-égraineur de riz sont nés.

En quoi ces machines constituent-elles des outils de résilience ?

Pour l’heure, le projet ne concerne que la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Mais demain les machines agricoles solaires pourront être implantées dans tous les lieux reculés qui devront diversifier leurs cultures pour s’adapter aux effets du changement climatique. Le deuxième atout de ces appareils, c’est de n’avoir besoin que du soleil pour fonctionner. Nos premières machines étaient alimentées à l’agrodiesel. Mais cela ne réglait pas vraiment la question de la pollution et posait des problèmes d’autonomie. Impossible de se rabattre sur l’électricité : de nombreux villages ne sont pas raccordés et nos générateurs à l’huile de coco n’étaient pas assez puissants. Nous nous sommes donc tournés vers l’énergie solaire. Nous avons sollicité des fabricants chinois – les plus proches géographiquement – pour équiper notre matériel agricole de panneaux solaires et de LED. Cette option est très adaptée au climat de la région.

Comment des populations pauvres parviennent-elles à s’offrir ces équipements ?

C’est là le coup de force. Première possibilité : on vend notre matériel à des ONG et à des fondations qui équipent elles-mêmes les villages. De leur point de vue, c’est un bon investissement : il ne s’agit plus seulement d’apporter de l’aide alimentaire mais de permettre aux habitants de se nourrir eux-mêmes. Mais un village peut aussi s’équiper sans l’intervention d’une ONG. Dans ce cas, ce que nous proposons aux habitants, ce n’est pas d’acheter la machine, mais son usage. Ainsi, on réduit considérablement les sommes à débourser. Les villageois paient pour chaque utilisation, via des cartes prépayées, un système d’abonnement et même du troc. Cela fonctionne un peu comme l’achat d’électricité : on se voit proposer un service et l’on paie en fonction de ce que l’on consomme. Individuellement, personne dans les villages de Papouasie-Nouvelle-Guinée ne pourrait s’offrir une telle machine, mais collectivement, l’innovation n’est plus hors de portée.

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