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4-09-2015
Mots clés
Immigration
Monde

Les migrants, ces petits riens qui n’existent pas

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Les migrants, ces petits riens qui n'existent pas
(Crédit photo : DR)
 
La photo du corps gisant du petit Aylan a fait le tour du monde. La situation des migrants explose une nouvelle fois au visage de l’Europe. Plutôt qu’un édito, nous avons choisi de publier comme un écho ce poème de l’Uruguayen Eduardo Galeano.
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Ce texte, signé Eduardo Galeano, poète, journaliste, historien et écrivain uruguayen, est extrait de son ouvrage El Libro de los abrazos (1989), paru en français aux éditions Lux en 2012 sous le titre Le Livre des étreintes. Il s’intitule, Los Nadies, « Les Riens ». Voici le texte original en espagnol, puis la traduction de Pierre Guillaumin.





Los Nadies
Sueñan las pulgas con comprarse un perro y sueñan los nadies con salir de pobres, que algún mágico día llueva de pronto la buena suerte, que llueva a cántaros la buena suerte ; pero la buena suerte no llueve ayer, ni hoy, ni mañana, ni nunca, ni en lloviznita cae del cielo la buena suerte, por mucho que los nadies la llamen y aunque les pique la mano izquierda, o se levanten con el pie derecho,o empiecen el año cambiando de escoba.

Los nadies : los hijos de nadie, los dueños de nada.

Los nadies : los ningunos, los ninguneados, corriendo la liebre, muriendo la vida, jodidos, rejodidos :

Que no son, aunque sean.

Que no hablan idiomas, sino dialectos.

Que no profesan religiones, sino supersticiones.

Que no hacen arte, sino artesanía.

Que no practican cultura, sino folklore.

Que no son seres humanos, sino recursos humanos.

Que no tienen cara, sino brazos.

Que no tienen nombre, sino número.

Que no figuran en la historia universal, sino en la crónica roja de la prensa local.

Los nadies, que cuestan menos que la bala que los mata.



Les Riens
Les puces rêvent de s’acheter un chien et les riens rêvent de ne plus être pauvres. Ils rêvent d’un jour magique où la chance tomberait du ciel, en une pluie drue ; mais la chance n’est pas tombée hier, elle ne tombera pas aujourd’hui, ni demain, ni jamais, pas même en petite bruine. Les riens ont beau la réclamer, leur main gauche a beau leur démanger, ils peuvent toujours se lever du pied droit ou commencer l’année avec un balai neuf.

Les riens : enfants de personne à qui rien n’appartient.

Les riens : les aucuns, les inexistés, ceux qui courent en vain, ceux qui se tuent à vivre, les mal pris, éternellement mal pris :

Qui ne sont pas, même s’ils sont.

Qui ne parlent pas une langue, mais un dialecte.

Qui n’ont pas de religion, mais des superstitions.

Qui ne sont pas artistes, mais artisans.

Qui n’ont pas de culture, mais un folklore.

Qui ne sont pas des êtres humains, mais des ressources humaines.

Qui n’ont pas de visage, mais des bras.

Qui n’ont pas de nom, mais un numéro.

Qui ne figurent pas dans l’histoire du monde, mais dans les pages des faits divers.

Les riens qui valent encore moins que la balle qui les tue.
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  • Non, personne n’est rien, même si nous avons l’impression que tout le malheur du monde s’abat plusieurs fois sur les mêmes... Oui, nous pourrions culpabiliser, il y aurait de quoi... si cela servait à quelque chose, mais cela ne fait qu’aggraver la distance... il faut se rapprocher pour voir et ce n’est qu’une question de regard... un regard et il n’y a plus un "rien".

    7.09 à 18h36 - Répondre - Alerter
  • Personne n’est rien c’est pourquoi ce poème est amère. Oui, il est dérangeant, oui il exprime une part de vérité mais je pense que toute personne , même celle qui n’a pas une conscience exacte d’elle même par sa culture, reste une personne. Elle existe et chacun lui doit autant de respect que l’article 1 des Droits de l’Homme le crie : Ce n’est pas rien !

    7.09 à 18h20 - Répondre - Alerter
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