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8-12-2015

Les ONG, à l’attention de messieurs les délégués

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Les ONG, à l'attention de messieurs les délégués
(Crédit photos : Cécile Cazenave et Amélie Mougey)
 
Faux billets, pantomimes, envolées lyriques, cris du cœur, jeux de rôles : alors que les ministres négocient, les ONG redoublent d'actions à leur attention.
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Mardi matin, tout le monde l’avait en main. Dans la navette qui transbahute une grande partie des 27 000 accrédités de la zone bleue du Bourget [1], un gros billet de 650 milliards de dollars dépassait des poches de manteaux et côtoyait les smartphones des délégués. Pas de quoi s’acheter ne serait-ce qu’un café avec. Ce faux, portant fièrement le portrait de Washington en son cœur, avait pour but de dénoncer les subventions mondiales aux énergies fossiles et leur montant vertigineux quand l’un des points d’achoppement de l’accord réside dans les 100 (petits) milliards de dollars à trouver chaque année pour les pays du Sud. « Nos impôts financent la course vers le chaos climatique. Qu’en penseront les générations vivant en 2040 ? », est-il imprimé à droite de Washington. Le message d’Action non violente (ANV) qui distribuait ces tracts à la sortir du RER, est-il remonté du papier aux caboches des délégués ?

C’est en tous cas la conviction des ONG qui mettent toutes leurs forces dans la bataille alors que celle-ci approche de son issue. « On essaie de faire rentrer dans les débats publics des thèmes qui n’y sont pas, comme les subventions aux énergies fossiles, ces thèmes centraux n’apparaissent pas non plus dans les négociations ! », explique Txetx Etcheverry, coordinateur d’Alternatiba et porte-parole d’ANV-COP21. Une trentaine de militants ont donc pour mission de distribuer les gros billets de 650 milliards de dollars devant les salles de négociations. Chacun a d’ailleurs sa technique pour donner de la voix dans ce dernier round. Les activistes de la campagne « Act now for climate justice », s’installent chaque matin, au moment de l’arrivée en masse des accrédités, juste après les portiques de sécurité. Impossible de louper leur comité d’accueil. Les participants à la conférence peuvent jouer le jeu et marcher sur un tapis vert qui indique le chemin vers un monde à +1,5°C. On applaudit à tous crins. Personne n’ose bien sûr marcher sur le tapis rouge qui mène à un monde trop chaud, beaucoup trop chaud.

Le lieu le plus couru pour mener une action se situe tout au bout de l’allée dite des Champs-Elysées, qui sépare les halls réservés aux délégations de ceux réservés aux observateurs et aux médias. S’y trouve le point d’entrée principal pour se rendre aux salles plénières, ainsi qu’une reproduction de la tour Eiffel, haute d’une dizaine de mètres, qui fait très joli sur les photos. Ce matin, Tom B.K. Goldtooth, l’un des leaders de l’Indigenous Environmental Network, y haranguait les participants pour dénoncer les effets néfastes de REDD+, un mécanisme onusien de crédits carbone. A-t-il espoir que sa voix, et par la sienne, celle de milliers de personnes, influe d’une quelconque manière sur les négociations ? « Pour l’instant, dans le texte, il n’y a aucun élément fort qui reconnaisse le droit des peuples sur leurs terres. Mon espoir, c’est que notre action de ce matin puisse réveiller ne serait-ce qu’une personne de plus, explique-t-il en remballant les banderoles. Nous sommes présents aux négociations année après année et je sais bien que la majorité des gens qui négocient n’écoutent pas. » Sur le côté, un homme en manteau sombre a pourtant prêté une oreille attentive. « Ils ont raison de pousser, explique ce membre de la délégation française qui préfère garder l’anonymat. Dans les négociations, il y a des dynamiques de groupe, une énergie de groupe, et parmi dix ou quinze personnes pas très motivées, avoir entendu un discours comme celui-ci, ça peut en faire un de plus qui lèvera ou non sa pancarte pour prendre la parole, ça peut changer des petites choses. »

Mais les messages, désormais urgents, des ONG aux négociateurs passent aussi par d’autres canaux. A la mi-journée, des centaines de journalistes se sont ainsi pressés devant cette même tour Eiffel en modèle réduit pour assister à un jeu de pantomime. Un homme en queue de pie, représentant les ministres actuellement en train de négocier, tient le globe terrestre à sa ceinture. Il peut choisir d’emprunter deux chemins marqués au sol par des cordons de tissu. Il est plus simple d’emprunter celui qui mène à un monde à 3°C. Car pour gagner la pancarte 1,5°C, il doit d’abord fraterniser avec des personnages qui représentent les grands enjeux d’un accord ambitieux, comme la révisions des engagements de réduction d’émission tous les cinq ans, par exemple. La foule l’encourage sur ce chemin plus long ou le hue lorsqu’il choisit la facilité du chemin à 3°C.


COP21 Pantomime pour le monde à 1,5°C par Terraeconomica


Les ministres – les vrais, cette fois – chargés des négociations des Philippines, du Bangladesh et du Costa Rica viennent saluer les comédiens de la société civile et se font photographier en train de passer la porte des 1,5°C. Ces membres du Climate Vulnerable Forum ont bien compris l’intérêt d’une mobilisation massive autour des objectifs qu’ils défendent depuis huit jours. « Il faut que la voix de la société civile reste forte jusqu’au bout, les vidéos vont circuler et c’est ça qui va toucher les gouvernements », lance une militante coiffée d’un bonnet aux oreilles d’ours polaire. La foule ravie par la représentation s’ébroue après une quinzaine de minutes de ce sketch.

Quel écho aura-t-il eu dans les salles confinées des négociations, situées à quelques dizaines de mètres à vol d’oiseau, mais qui semblent hermétiques à la clameur ? « On sait que ça marche ! Ces actions rendent les choses très claires pour le monde entier, tous les médias réunis ici vont relayer notre appel, ça fait caisse de résonance. Dans les pays de ceux qui sont derrière ces portes fermées, ça peut susciter un tollé ! », insiste Lasse Galvani Bruun, coordinateur de la mobilisation du Climate Action Network, pilier de cette action. L’organisation, qui délivre chaque jour un « Fossil of the day », un bonnet d’âne en quelque sorte, aux mauvais joueurs de la COP, dans une mise en scène hilarante, a déjà épinglé ces derniers jours la Belgique et le Danemark. « Il y a eu une grosse réaction chez eux par l’intermédiaire de leurs médias, et c’est ça qui fait bouger les lignes », insiste-t-il. Au Bourget, les ONG ne cessent de le marteler : il reste peu de jours avant qu’un accord ne soit très probablement conclu. De leur mobilisation dépend aussi le niveau de son ambition.

[1] zone internationale, cœur des négociations, aussi accessible à la société civile

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