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Le wir, carburant de l’économie suisse

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Le wir, carburant de l'économie suisse
(Crédit photo : Images-of-money)
 
Il serait l'une des clés de la légendaire stabilité économique helvétique. Le wir, monnaie complémentaire interentreprises suisse suscite de plus en plus d'intérêt dans l'Hexagone.
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« C’est tout sauf du folklore », assure Jean-Marc Ayrault évoquant le projet de lancement d’une monnaie locale complémentaire sur l’agglomération nantaise. L’objectif affiché du député-maire est d’aider les entreprises à faire face à la crise des liquidités et à faciliter l’accès au crédit à une période où les défaillances de PME se multiplient. « En 2008, beaucoup d’entreprises sont parvenues à passer le cap parce qu’elles avaient de la trésorerie. Aujourd’hui, elles se trouvent en difficultés parce qu’elles en sont dépourvues », souligne Pascal Bolo, adjoint au maire de Nantes chargé des finances, du dialogue citoyen et de l’évaluation des politiques publiques.

Si les élus nantais sont aussi convaincus, c’est aussi qu’ils ont en tête le succès de monnaie locale, comme le Wir. Créée en 1934 pendant la grande dépression, par une poignée de petits patrons zurichois, la banque Wir, cette société coopérative sans but lucratif émet sa propre monnaie : le Wir (« nous » en allemand opposé au « Ich », le « je » français). L’objectif des initiateurs du projet était de créer une organisation d’entraide et de suppléer à la pénurie d’argent liquide due, selon eux, à une excessive thésaurisation de la monnaie.

Cantonné à la Suisse, le Wir circule aujourd’hui au sein d’un réseau de 60 000 PME adhérentes, soit 20% des PME helvétiques. Ici, pas de taux d’intérêt. Les avoirs ne sont pas rémunérés en application des thèses du théoricien monétaire Silvio Gesell (1862-1930) qui s’était fait l’apôtre d’une monnaie fondante, c’est-à-dire d’une monnaie qui se déprécie si on ne l’utilise pas. Les Wir qui ne sont pas utilisés perdent de leur valeur du fait de l’inflation. Le système a été conçu pour encourager la circulation de la monnaie. « C’est la rotation de l’argent qui permet à l’économie de se développer et de prospérer. Celle-ci doit être la plus rapide possible », insiste Hervé Dubois, le responsable de la communication de la banque qui « coule sous les demandes d’interviews ».

L’équivalent de 1,6 milliard de francs suisses

Adossé au franc suisse (1 wir = 1 franc suisse) mais non convertible, le wir est une monnaie purement scripturale. Pas de pièces, ni de billets mais des ordres de virement qui fonctionnent comme des chèques et des cartes qui s’utilisent comme des cartes de crédits. En 2010, le chiffre d’affaires cumulé réalisé en wir a atteint l’équivalent de 1,6 milliard de francs suisses. Le bâtiment figure en tête des secteurs qui recourent le plus à cette monnaie complémentaire, suivis par le commerce de gros et de détail et les prestations de services. En règle générale, les factures sont payées en partie en wir (20 à 30%) et en partie en franc suisse. « 1,6 milliard de wir injectés dans l’économie génèrent un chiffre d’affaires 10 à 30 fois supérieur », analyse Roland Canonica, directeur régional de la banque Wir à Lausanne. De nombreux investissements ne se réaliseraient pas si les PME ne pouvaient puiser dans leurs avoirs en wir.

Un stabilisateur pour l’économie suisse

C’est un économiste et professeur d’Université américain, James Stodder, qui a mis le doigt sur ce phénomène. Dans les périodes de forte croissance de l’économie, le volume des échanges en wir se réduit. En revanche, il gonfle et prend de l’ampleur dès qu’une récession ou un ralentissement économique pointe le bout de son nez. « Lors de la dernière récession qui a frappé la suisse, dans les années 1990, des milliers de PME ont pu survivre sans trop de dommages grâce au système Wir » affirme Hervé Dubois. « Sans le Wir, mon hôtel n’existerait peut-être plus », affirme, de son côté, cet hôtelier de Saint Blaise qui a pu rénover son établissement grâce au taux d’intérêt attractif (1,7% au lieu de 6 à 8% sur le marché) que lui a consenti la banque Wir. Depuis 1998, celle-ci octroie des crédits commerciaux et hypothécaires en WIR et en francs suisses et accepte des dépôts et placements en francs.

« En 1992, en pleine crise quand l’activité était au plus bas, j’ai maintenu la totalité de mes emplois grâce au wir », jubile Norbert Voyame. Ce patron romand de deux PME d’une trentaine de salariés - une entreprise d’architecture-construction et une autre de fabrication d’horloges- réalise environ 20% de son chiffre d’affaires en wir. « L’échange monétaire est presque éclipsé par la relation humaine », poursuit-il soulignant la convivialité de ce marché captif. Les 5 foires annuelles, organisées par le réseau, permettent aux clients wir, qui se soutiennent en achetant les uns chez les autres, de faire plus ample connaissance. « Le wir nous apporte des clients supplémentaires. Ils se déplacent car ils ont des wir à dépenser », note Thierry Trachsel, patron d’un magasin d’électro ménager à Genève. « Ce n’est pas nous qui cherchons le client, c’est le client qui nous cherche », s’amuse ce garagiste zurichois. Le nombre d’entreprises partenaires et le volume des échanges monétaires en wir étant beaucoup plus développée en secteur alémanique, le Suisse Romand ne doit pas renâcler à se déplacer. C’est un des revers de la médaille avec le surcroît de travail généré par le deuxième budget réalisé en wir.

« Le wir demande une gestion particulière, une anticipation des dépenses et des encaissements. L’idéal est de se demander comment on va dépenser ses wir avant même de les encaisser », lance, de son côté, Roger Peytrignet, opticien à Renens, en Suisse romande. Les travaux de construction et de rénovation, de renouvellement d’équipements représentent les dépenses les plus fréquentes réalisées en wir par les patrons de PME qui utilisent aussi cette monnaie pour leurs besoins privés : construction d’une maison, achat de matériel bureautique, courses dans des supermarchés. A quand un Wir dans l’agglomération nantaise ? La monnaie complémentaire locale devrait être opérationnelle durant l’été 2013.

Cet article d’Eric Tariant a initialement été publié sur le site de Novethic, le média expert du développement durable.

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