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31-05-2012
Mots clés
Société
Agriculture
France

Le cerveau, victime des pesticides

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Le cerveau, victime des pesticides
(La moitié des viticulteurs observés étaient victimes d'une détérioration de leurs capacités cognitives. Crédit photo : Jean-Louis Zimmerman - flickr)
 
Un étude menée pendant quinze ans prouve pour la première fois l'effet néfaste des produits phytosanitaires sur les fonctions cognitives.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Les consommateurs sont de plus en plus récalcitrants à avaler des légumes et des fruits barbouillés aux pesticides. Mais pour ceux qui les produisent, les dangers ne sont pas moindres. L’étude publiée mercredi 30 mai (à télécharger au bas de cet article) est la première à prouver qu’une exposition prolongée aux produits phytosanitaires engendre des troubles sur le cerveau et augmente le risque d’évolution vers la démence.

Baptisée Phytoner, l’enquête dirigée par Isabelle Baldi, de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement de Bordeaux, démontre une détérioration des capacités cognitives chez la moitié des individus observés.

50% de ces vignerons victimes d’une détérioration de la cognition

Pendant près de quinze ans, les chercheurs ont suivi 929 viticulteurs du Bordelais. À partir de février 1997, ils ont observé 748 ouvriers qui travaillent quotidiennement au contact des produits chimiques, et 181 qui n’y sont jamais exposés. Après quatre années de comparaison, certains vignerons manipulant des pesticides montraient déjà des signes de baisses de performance cognitive.

Les dernières données recueillies confirment le phénomène : 50% de ces vignerons sont victimes d’une détérioration notable de leurs fonctions fines de la cognition. Autrement dit : la mémoire, la concentration ou la simple vigilance. Les facteurs susceptibles de troubler les résultats – âge, tabagisme consommation d’alcool, etc... – ont été pris en compte.

Une nouvelle pièce au puzzle scientifique

Les auteurs de l’étude expliquent vouloir apporter un plus face au manque de données disponibles sur les pesticides. « Les procédures d’homologation des produits ne prennent en compte que les effets à court terme (dans les heures qui suivent le contact), et seulement chez l’animal. » Et l’enjeu n’est pas des moindres : en France, entre 700 000 et un million de travailleurs manipulent ces produits chimiques.

Or, les suspicions demeurent. Les résultats de cette enquête, financée par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail), « conduisent à s’interroger sur d’éventuels risques d’accidents liés à ces troubles », souligne l’équipe d’Isabelle Baldi. Ils posent aussi la question de « l’évolution éventuelle de ces troubles vers des maladies neuro-dégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson ». Cette dernière a d’ailleurs été reconnue ce mois-ci comme maladie professionnelle pour les agriculteurs et les viticulteurs.

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Le rédacteur :
Justine Boulo

Née au bout de la Loire, un pied dans l’Atlantique, l’autre embourbé dans la terre, elle s’intéresse aux piafs et aux hortensias, observe ses voisins paysans et leurs élevages bovins. Elle enrage devant les marées noires. Licenciée en lettres, elle sort diplômée de l’Institut pratique du journalisme de Paris en avril 2012. Elle scrute les passerelles qui lient les hommes à leurs terres. Parce que raconter la planète, c’est écrire au-delà des pommes bio et du recyclage de papier.

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