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20-12-2012
Mots clés
Consommation
France

La contre-attaque de la vente en vrac

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La contre-attaque de la vente en vrac
(Crédit photo : lydie lecarpentier - réa)
 
Oubliée depuis l’arrivée du supermarché, la distribution d’articles sans emballage refait (grande) surface. Mais la peinture, la lessive ou l’huile d’olive ne rejoindront durablement les fruits et légumes que si le consommateur coopère. On commence quand ?
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Emballé, pesé… et jeté. En France, plus de cinq millions de tonnes d’emballages ménagers sont vendus chaque année, selon le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid). Ces rebuts ont beau finir dans la poubelle quelques heures à peine après la fin des courses, ils représentent 15% à 20% des sommes versées par le consommateur à la caisse, et la moitié du volume de nos déchets.

N’en jetez plus, les arguments sont légion pour cesser d’emballer les produits sur les étals. Pourtant, en France, seule une petite partie des produits sont aujourd’hui vendus « en vrac ». Aucun registre n’est tenu, mais il s’agit principalement des fruits et légumes et, dans une moindre mesure, des fromages et viandes « à la coupe ». Le reste est empaqueté, ficelé, emballé.

Vrac dans les bacs

Peut-on inverser la tendance ? Pour certains produits, c’est simple... au moins sur le papier. Les fruits et légumes – frais ou secs -, ainsi que les pâtes, le riz ou les bonbons peuvent être vendus en libre-service sans risque d’abîmer la marchandise. Auchan a franchi le pas depuis 2005, en intégrant un espace vrac dans son rayon « discount ». L’ensemble des produits cités plus haut s’y trouvent, moins chers que leurs équivalents emballés mais aussi de moindre qualité. Dans un rapport sur le sujet publié en décembre par Mes Courses Pour la Planète et l’Ademe (à lire à la fin de cet article), un représentant de l’enseigne déplorait toutefois « d’énormes pertes » à cause de cette pratique [1].

Patraque, le vrac ?

« C’est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire », juge Nathalie Boudé, fondatrice de 2L (Léger & Local), cabinet de conseil aux entreprises sur la réduction des déchets. « Cela donne une image déplorable du vrac qui serait réservé à des pauvres qui ne peuvent se payer l’emballage. Les rayons sont souvent isolés au fond du magasin avec le discount, si bien que si un enfant s’amuse à renverser des produits, le rayon semblera sale aux yeux de tous », poursuit Nathalie Boudé.

« Nous valorisons le vrac, dans des espaces dédiés appelés « bar à vrac » », explique-t-on inversement chez Biocoop. Les prix sont inférieurs d’environ 15% à 30% par rapport aux mêmes produits emballés. Le distributeur bio ne déplore que peu de pertes et jure trouver là « une force dans la relation avec le consommateur ». Le vrac ne représente toutefois encore que 8% du chiffre d’affaires du magasin.

Peinture, lessive et détergent

D’autres enseignes tentent de vendre des produits plus complexes, dont certains non comestibles. Des expériences ont été menées sur de l’huile d’olive ou des alcools – hauts de gamme - ou encore sur des parfums, de la peinture, de la lessive, et même des détergents, vendus via des robinets qui permettent aux consommateurs de s’approvisionner selon leurs besoins.

Ripolin teste même depuis mai 2012 des distributeurs automatiques de peinture dans six magasins. Les consommateurs indiquent la surface qu’ils souhaitent peindre et la machine verse la quantité nécessaire dans un récipient réutilisable dix fois. « Les consommateurs sont ravis car cela évite les pertes dans des pots de peinture qui sèchent au fond d’un garage », avance Laure Nectoux, responsable marketing en charge du projet. Sans préciser pour le moment si la démarche va être étendue. La marque de lessive Le Chat a réalisé un test similaire pendant cinq mois début 2012, a constaté une augmentation de ses ventes... mais a retiré ce dispositif et ne prévoit pas d’autres développements pour l’instant.

Un service de niche ?

Le vrac séduit, mais reste pour le moment cantonné à des niches : le low-cost, le haut de gamme ou des initiatives encore en phase de test. « Développer massivement le vrac est compliqué, cela nécessite des changements à tous les échelons », décrypte Nathalie Boudé. Toute la chaîne des produits est conçue pour un conditionnement avec emballage. Chaque acteur doit donc investir pour s’adapter à des contenants beaucoup plus grands.

Nathalie Boudé assure que les investissements ne sont « pas forcément énormes », et que le vrac permet de faire des économies en achetant moins de contenants, en payant moins de taxes d’emballage et en réduisant les frais de transport. Mais la fondatrice du cabinet de conseil reconnaît « avoir du mal à convaincre les gros réseaux et les gros producteurs ». Et ils ne sont pas les seuls.

Le consommateur doit lui aussi changer sa manière de consommer en prévoyant de se munir de sacs et récipients avant ses courses. Il existe des contenants flexibles facilement transportables et réutilisables, qu’il faut ensuite reverser dans des pots, récipients et flacons plus pratiques à la maison. N’empêche que cela demande un brin d’organisation. Il faut aussi tirer un trait sur les produits transformés - qui représentent plus de 40% des dépenses alimentaires en France - et donc se remettre au fourneau. En attendant, des producteurs d’endives clermontois ont trouvé une partie de la solution. Ils commercialisent les feuilles d’endives, à la poignée. Ils viennent d’inventer le vrac pour consommateurs pressés.

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[1] (contacté par Terra eco, Auchan n’était pas disponible pour répondre à nos questions au moment où nous publions cet article)

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Le rédacteur :
Thibaut Schepman

Non, nous n’avons pas à « sauver la planète ». Elle s’en sort très bien toute seule. C’est nous qui avons besoin d’elle pour nous en sortir.

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