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21-01-2014
Mots clés
Sports
Russie
Reportage

Comment la Russie a fabriqué la neige des JO de Sotchi

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Comment la Russie a fabriqué la neige des JO de Sotchi
(Sochi2014 press office)
 
Des Jeux olympiques dans une station balnéaire, sous un climat subtropical, il fallait y penser. Pour garantir des JO tout schuss, le comité olympique de Sotchi a donc dû innover, et créer d'immenses réserves de neige dans les montagnes du Caucase.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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« Sur la carte, il est difficile de trouver un endroit où la neige ne tomberait jamais, et où les sports d’hiver ne seraient pas populaires. Eh bien, Poutine a trouvé cet endroit et a décidé d’y organiser les Jeux olympiques d’hiver : dans la ville de Sotchi. » C’est ainsi que s’ouvre le rapport (1) de l’opposant russe Boris Nemtsov, ancien vice-Premier ministre, originaire de cette station balnéaire sur les bords de la mer Noire. Lieu de villégiature estival incontournable à l’époque soviétique et encore très prisé - en premier lieu par le pensionnaire du Kremlin - Sotchi exhibe ses palmiers, sur fond de paysages montagneux du Caucase. « Je suis allé skier là-bas il y a six ou sept semaines et je sais que de la vraie neige est garantie », assurait en 2007 le président russe pour défendre sa candidature devant le Comité international olympique, conquis. Quasi-vierge, la région n’abritait pourtant qu’une modeste station de ski fondée dans les années 1990, Krasnaïa Poliana.

Celle-ci a été transformée en énorme complexe, où se dérouleront les épreuves extérieures. L’an dernier, la température sur ce site avoisinait les 8°C du 7 au 23 février, soit la période pendant laquelle doivent se tenir les JO. Une moyenne deux à quatre fois plus élevée que celle des cinq années précédentes. Mais la promesse du président sera tenue, quoi qu’il arrive. Pour éviter la déconvenue des Jeux de Vancouver – la ville n’était pas prête en 2010 à affronter son hiver le plus doux depuis 73 ans - le comité olympique de Sotchi a fait venir des spécialistes de la neige. Parmi eux, le Finlandais Mikko Martikainen a concocté un plan titanesque : créer d’immenses réserves de neige, à l’abri de la chaleur.

Quatorze collines de neige

C’est ainsi qu’au printemps 2013, puis encore en décembre, près de 700 000 m³ de neige ont été entassés et stockés, pour la plus grande expérience de ce type au monde. Quatorze « collines » ont été érigées à plus de 1100 mètres d’altitude. Celles-ci sont formées d’un mélange de neige naturelle, apportée sur place par des dameuses, et artificielle, constituée à l’aide de canons. Certaines sont protégées par un tissu géotextile, d’autres par une couverture isolante. « La neige a une forte capacité réfrigérante en elle-même, explique Mikko Martikainen, pédégé de Snow Secure. Avec une bonne isolation, la fonte peut être inférieure à 10 % pendant l’été. » Le revêtement géotextile, une fois mouillé, garde le froid grâce à l’évaporation, comme dans une machine frigorifique. L’autre type de couverture, composée de polymères expansés (une matière plastique) de 2 à 4 centimètres d’épaisseur et placés entre deux feuilles d’aluminium, isole la neige tout en réfléchissant les rayons du soleil. Une fois les collines formées, il suffit ensuite de répartir la neige sur les pistes en utilisant la gravité et une surface plastique glissante, d’appeler à la rescousse des dameuses ou bien des camions pour la transporter.

Les sept premières réserves de neige auraient coûté 250 millions de roubles (près de 5,5 millions d’euros), selon l’agence de presse Ria Novosti. Ce système se veut beaucoup plus économique et plus écologique que les unités de transformation de l’eau en neige, sortes d’énormes canons à neige, qu’il aurait fallu mettre en place dans des conditions de températures au-dessus de zéro. « Celles-ci consomment énormément d’électricité, indique l’expert. L’usine la plus chère utilise de l’azote liquide pour congeler l’eau, tandis que la grande majorité des systèmes fabriquent, à partir de l’eau, de la glace en flocons. Nous, nous exploitons simplement l’énergie de la nature. » Une seule usine de ce type a été mise en place, près du site de saut à ski et de combiné nordique, au cas où.

La prière des Chamans, au cas où…

En cas de besoin, le comité olympique pourrait potentiellement récupérer de ces stocks environ 450 000 m³ de neige. « C’est simplement une assurance : le revêtement a été retiré sur certains sites, mais ces stocks ne seront pas utilisés, estime Mikko Martikainen. Les 500 canons à neige ont pu fonctionner pendant tout le mois de décembre, donc la quantité sur les pistes sera suffisante, même si les températures remontent un peu dans les semaines à venir. » Et si cela ne suffisait pas encore, le président du comité d’organisation Dmitri Tchernichenko a assuré ses arrières : « Les chamans de l’Altaï ont organisé une cérémonie spéciale pour être sûrs qu’il y aura de la neige lors des Jeux de Sotchi », écrivait-il le mois dernier sur Twitter…

Reste à savoir ce qu’il adviendra des stocks inutilisés. « Concentrées sur des petites surfaces, ces collines sont situées sur des pentes tout à fait instables d’un point de vue géologique, s’inquiète Suren Gazaryan, de l’association environnementale locale Veille écologique du Caucase du Nord (EWNC). La fonte facilitera les glissements de terrain et les coulées de boue. » Selon RosNedra, l’agence fédérale de l’utilisation du sous-sol, douze sites ont déjà subis des glissements de terrain, coulées de boue, phénomènes d’érosion ou d’effondrement dus à la préparation des JO.

(1) « Les Jeux d’Hiver dans les subtropiques », mai 2013, coécrit avec Leonid Martynyuk, du mouvement d’opposition Solidarnost

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Jeanne a voyagé de Saint-Pétersbourg à Irkoutsk, avant de partir vivre à Moscou comme nounou pour enfants de milliardaires. Une expérience enrichissante… qui n’était qu’une parenthèse dans sa vie de journaliste et qu’elle décrit, sous le pseudo de Marie Freyssac, dans un livre socio-anecdotique, Ma vie chez les milliardaires russes (Stock, 2013). Diplômée de l’école de journalisme de Strasbourg, elle a travaillé pour la presse spécialisée, oscillant entre microéconomie et développement durable. Ses plaisirs : partager un verre de vodka piment-miel et flâner dans le parc Gorki.

5 commentaires
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  • Je ne comprends pas pourquoi on ne se plaint pas de la température de la neige, du peu de soleil,du peu de sécurité...Tout est bon pour certains.

    19.02 à 17h43 - Répondre - Alerter
  • Cette station n’est pas en climat subtropical, ou alors, Monaco qui est à peu près dans une situation comparable l’est aussi.

    9.02 à 13h25 - Répondre - Alerter
    • Je suis tout à fait d’accord avec vous. Cela discrédite l’article par ailleurs très intéressant.
      Dire qu’il n’y a pas de neige, qu’on est dans un climat subtropical, puis ajouter juste derrière comme si de rien n’était que les épreuves auront lieu dans les montagnes voisines où se trouve une station de ski depuis les années 70, ça ne fait pas très sérieux ! Bien sûr que personne ne va skier à Sotchi même, mais dans les montagnes alentours. Il serait intéressant de rappeler que le Caucase abrite le plus haut sommet européen devant le Mont-Blanc, le mon Elbrouz, bien que ce ne soit pas juste à côté de Sotchi. Cela permettrait de remettre les choses en perspective.
      De plus, le titre prête à confusion, on y parle de fabriquer de la neige, alors que l’article explique clairement qu’on a surtout stocké de la neige existante en empêchant sa fonte, les canons à neige étant utilisés plus comme dépannage. Un moyen écologique donc, mais pas sans risque. Cela aurait été intéressant de le mentionner dans le titre.
      Le scandale n’est pas tant dans la situation géographique de Sotchi que dans tout ce qui a entouré son organisation, et selon moi, dans la légitimité même de l’organisation de ce type d’évènements et des coûts qu’ils engendrent... Je suis loin de soutenir le gouvernement russe, et l’évènement en lui-même, mais je suis surprise d’entendre partout un discours négatif qui ne se concentre pas sur les bon thèmes et je suis curieuse par ailleurs de voir l’attitude des médias lorsqu’aura lieu la coupe du monde au Qatar, alors qu’on a déjà des preuves avérées de l’esclavagisme mis en œuvre.

      10.02 à 10h42 - Répondre - Alerter
  • Ras le bol de ces conneries médiatiques.
    Je suis outré, scandalisé, indigné de voir l’importance que l’on donne à quelques mannequins qui glissent sur des engins plus ou moins sophistiqués mais tous hors de prix.
    Je suis outré, scandalisé, indigné de voir l’importance que l’on donne à un dictateur mégalomaniaque qui reprend à son compte les jeux de Berlin pour éterniser le stalinisme et tous ces régimes qui reposent sur la naïveté de la masse populaire qui n’a aucun moyen de manifester son mécontentement.
    Je suis outré, scandalisé, indigné de voir l’importance que prend cette manifestation sur nos télés, nos radios, nos journaux.
    Je suis outré, scandalisé, indigné de voir tout ce que "ces jeux" amènent de déséquilibres supplémentaires dans une société déjà si malade.
    Je suis outré, scandalisé, indigné de voir que l’on me rabat les oreilles pour que j’isole ma maison, que je change mes fenêtres, que je roule à 50 Km/h sur autoroute pour sauver la planète alors que pour ces conneries on hésite pas à balancer dans l’atmosphère en une seconde ce que je ne pourrais jamais fabriquer comme pollutions en dix de mes vies.
    Je suis outré, scandalisé, indigné mais ... que puis-je faire ? A part changer de chaîne ou de canal dès que l’on me parle de ces horreurs.
    Je suis outré, scandalisé, indigné et je souhaiterais franchement que ceux qui comme moi sont outrés, scandalisés, indignés fassent savoir qu’ils sont outrés, scandalisés, indignés et que plus jamais la "Terre" ne se permette de telles horreurs.

    8.02 à 13h43 - Répondre - Alerter
  • Je suis actuellement en reportage à Sotchi et je trouve que votre papier est très "optimiste". La situation écologique autour des Jeux de Sotchi dans le Caucase, qu’il s’agisse de la neige dite de culture, de la nature, de l’environnement ou des militants est assez terrifiante...

    23.01 à 14h55 - Répondre - Alerter
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