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3-03-2014
Mots clés
Agriculture
France

La « Nouvelle agriculture » : vraie innovation ou label marketing ?

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La « Nouvelle agriculture » : vraie innovation ou label marketing ?
 
Sur les barquettes de lapin et bientôt sur le porc, un nouveau label s'est fait une place, celui de la « Nouvelle agriculture ». Mais pour quelle garantie ? Explications.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Sur les barquettes, la bobine d’une éleveuse, cheveux blonds et sourire un brin forcé. A côté d’elle, trône une estampille ronde flanquée de quelques feuilles vertes et de deux lettres : NA pour « Nouvelle agriculture ». Celle-ci garantit que le lapin qui repose dans votre barquette fut, au temps où il vivait encore, nourri avec de la luzerne et des graines de lin certifiées non-OGM. Mais aussi qu’il n’a jamais vu la couleur d’un antibiotique. Dans quelques jours, le porc – vendu sous forme de côtes par Super U - aura droit au même cachet. Mais quelle est donc cette nouvelle agriculture ? Une nouvelle chapelle vantée par des illuminés ? A regarder le communiqué de presse qui évoque le rôle de « Sentinelles de la terre », sorte d’agriculteurs testeurs, on s’interroge.

Dans les allées – bondées – du Salon de l’agriculture, le stand de La Nouvelle agriculture se fraie une existence, entre le ring où défilent des bêtes à concours et la salle de traite. Là, des hommes en tee-shirts marqués du logo NA content leurs principes aux visiteurs. La Nouvelle agriculture ? « C’est un concept qui a nécessité trois ans de travail, confie Marc Réveillère, éleveur du Maine-et-Loire et administrateur de la coopérative Terrena ‎, qui porte le projet. On est parti de l’idée d’agriculture écologiquement intensive (AEI, ndlr) développée par Michel Griffon (agronome et ancien directeur scientifique du Cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique, ndlr). De cette idée que demain il va falloir produire davantage pour nourrir une population mondiale en croissance mais aussi produire avec moins d’intrants. » « Le principe de l’AEI c’est qu’au lieu de forcer la nature avec des intrants chimiques, il vaut mieux imiter son fonctionnement et stimuler ses cycles biologiques : en améliorant par exemple la captation de la lumière, la circulation des éléments nutritifs… », abonde Patrick Caron, directeur général délégué à la recherche et à la stratégie au Cirad. « En théorie, cela doit effectivement permettre de produire au moins autant si ce n’est plus », poursuit l’expert.

Plancher chauffant et sondes pour mieux irriguer

Pour passer de la paillasse à la pratique, du cerveau de théoricien à la terre de leurs champs, la coopérative Terrena, un mastodonte du Grand Ouest, a convaincu 80 agriculteurs volontaires – les fameuses Sentinelles de la Terre – de tester pour elle de nouvelles techniques : plancher béton chauffant pour les volailles de l’un, sondes plongées dans le sol pour une irrigation optimale du maïs de l’autre… Une fois les techniques approuvées par les cobayes, ces dernières sont proposées aux agriculteurs de la coopérative sous forme de services payants. « C’est un message qui passe bien parce qu’il ne vient pas d’ailleurs, que ça passe par des agriculteurs qui ont envie d’innover. Les gens se disent : ’si lui il y arrive, pourquoi pas moi ?’ », souligne Marc Réveillère.

Parvient-on effectivement à produire plus avec moins ? Oui, assure-t-il : « Si vous donnez de meilleures rations aux bêtes comme ce que propose Profilia (un service de Terrena qui vise à réajuster le régime alimentaire et à éviter les rejets de méthane, ndlr), vous aurez des vaches moins malades et vous aurez moins besoin d’antibiotiques. » Autant d’économies pour l’éleveur. « Oui, ça peut fonctionner, abonde Patrick Caron. Par exemple, l’association de différentes agricultures sur une même parcelle peut permettre de réduire la pression des ravageurs. Si elles ont un système racinaire différent, les plantes seront complémentaires en captant différemment les éléments nutritifs du sols ou la lumière. Ce sont des choses très simples, bien connues et documentées et qui permettent effectivement de produire plus. »

Trop de labels tue-il le label ?

Moins d’antibiotiques, d’intrants dans la terre… du côté des champs du Grand Ouest, rien de bien nouveau. D’ailleurs pourquoi ne pas carrément se mettre au bio ? « Dans la coopérative, on a plusieurs acteurs qui font du bio. On a aucun problème avec le bio. Mais quand on nous dit qu’il faudra faire plus avec moins, on se dit : ’est-ce que le bio sera suffisant ?, s’interroge Marc Reveillere. Et on ne peut pas imposer à tous nos adhérents de faire du bio. L’important c’est d’emmener un plus grand nombre d’acteurs vers un travail plus respectueux. Avec ce concept, tout le monde est tiré vers le haut. » « Leur lapin (estampillé "Nouvelle agriculture", ndlr) reste en cage dans un bâtiment. Leur porc reste aussi dans des bâtiments hors sols. Alors que dans le bio, il faut garder un lien au sol. Sur le végétal, ils réfléchissent certes avant de traiter mais ils traitent quand même. Ils sont dans une démarche de progrès mais tant qu’ils ne fonctionnent pas avec un cahier des charges contrôlé par un organisme indépendant, ça peut être mieux, comme ça peut être pire », s’oppose Bruno Gris, producteur de lait et président du Groupement des agriculteurs biologiques de Loire Atlantique (GAB). Et l’homme d’ajouter, « c’est juste un concept commercial ». Car si les méthodes sont anciennes, l’emballage est nouveau. L’initiative portée par cette grosse coopérative a d’ailleurs pour ambition de conquérir le marché avec sa nouvelle estampille. Après le lapin et le porc, « on voudrait bien que chaque filière puisse sortir un produit ’Nouvelle agriculture’ », souligne Marc Reveillère. Une bonne idée ? « Ce qu’on craint en tant qu’agriculteurs bios c’est que ça crée une confusion dans la tête du consommateur », souligne Bruno Gris. « Notre but c’est d’inscrire nos produits entre le Label rouge et le conventionnel. Pour les consommateurs, il y a surtout un risque de méconnaissance de notre label mais après tout, c’est à nous de mieux le faire connaître », rétorque l’éleveur du Maine-et-Loire.
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Le rédacteur :
Karine Le Loët

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

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