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18-12-2014
Mots clés
Economie
Chine
Chronique

La Chine, dernier empereur du PIB

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La Chine, dernier empereur du PIB
(Crédit photo : Stewart - Wikimedia)
 
Le FMI l'assure : le pays est désormais la première puissance économique mondiale, devant les Etats-Unis. Une pole position qui n'en fait pas une nation où il fait bon vivre, loin de là. Décryptage de l'économiste Eloi Laurent.
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Si l’on en croit les récents calculs du Fonds monétaire international, la Chine vient de ravir aux Etats-Unis la place de première puissance économique mondiale. Certains analystes ont critiqué à juste titre les défauts statistiques de la méthode dite de « parité de pouvoir d’achat », qui a abouti au constat de ce dépassement prématuré. Mais l’essentiel est ailleurs : l’indicateur de classement lui-même, le Produit intérieur brut (PIB), est inapte à mesurer le succès d’une nation et le bien-être de ses habitants. La Chine est pour tout dire l’illustration parfaite des raisons pour lesquelles le PIB doit être dépassé.

Pour commencer, la taille de l’économie chinoise ne nous dit rien du bien-être économique réel des Chinois. Pour le mesurer, il nous faut disposer d’un critère démographique et d’un ou plusieurs indicateurs d’inégalité de revenu. On constate alors que le revenu par habitant en Chine est non seulement environ dix fois moins important qu’en Suède par exemple, du fait de l’abondance relative des bouches à nourrir, mais qu’il y est en outre deux fois plus inégalement réparti. La Chine se situe très loin, une fois ce double ajustement opéré, des pays les plus développés.

Parmi les 5% des pays les moins libres de la planète

Mais le bien-être humain ne se limite à l’évidence pas au bien-être économique. Dans des dimensions aussi essentielles pour le développement que la santé et l’éducation, la Chine se situe nettement derrière le groupe des nations les plus avancées (en milieu de classement des pays du monde, selon l’indice de développement humain des Nations unies). Des indicateurs plus exotiques, comme le bonheur des habitants, relèguent la Chine sensiblement au même rang (fait notable et troublant : alors même que le revenu par habitant a été multiplié par un facteur quatre au cours des deux dernières décennies, les indicateurs de bonheur des Chinois ont eu tendance à reculer…).

Lorsque l’on élargit encore la focale pour envisager le progrès social, et notamment la question des libertés civiles et des droits politiques, la situation apparaît encore plus dégradée : la Chine se classe parmi les 5% des pays les moins libres de la planète, et sa situation s’est détériorée relativement aux autres nations du monde depuis une dizaine d’années, alors même que sa croissance économique devenait exponentielle.

Un modèle de croissance qui s’apparente à de l’autodestruction

Enfin, et serait-on tenté de dire surtout, les dégradations environnementales massives dont la Chine est le théâtre depuis le début des années 1990 font douter que la « première puissance économique mondiale » puisse le demeurer longtemps. Apprécié sous l’angle non plus seulement du niveau de vie statique mais du développement soutenable, le « modèle » de croissance chinois de ces dernières années s’apparente à une autodestruction, dont l’air et l’eau sont les victimes directes et la santé humaine le dommage collatéral.

La Chine se démène donc depuis le début des années 1980 et plus encore depuis l’an 2000 pour atteindre un horizon désormais dépassé. Ce faisant, elle a mis en péril le développement humain et soutenable de sa population et une partie conséquente des ressources de la planète, notamment atmosphériques. La bonne nouvelle pour l’avenir vient du fait que les dirigeants chinois ont désormais accepté cette réalité : en conséquence, ils abaissent leur objectif de croissance du PIB pour rehausser leurs objectifs de développement. La Chine peut se consoler de son sacre en trompe-l’œil en se disant que, décidément, les pays développés sont mauvais perdants : quand ils ne gagnent plus, ils décident de changer les règles du jeu !

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Éloi Laurent est économiste senior à l’OFCE/Sciences Po et enseignant à l’université Stanford (Etats-Unis).

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