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2-04-2010
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Kit de survie pour un dîner avec des climato-sceptiques

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Kit de survie pour un dîner avec des climato-sceptiques
 
Briller en société grâce au réchauffement climatique, c’est possible ! Du « Climategate » au bronzage en Sibérie, voici toutes les réponses à dégainer pour survivre à un dîner avec des climato-sceptiques. Et vous en faire des amis.
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n°13 - Avril 2010

Allègre et les climato-sceptiques : comment ils nous manipulent

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1/ « Le réchauffement climatique, quelle blague ! Cet hiver, il a fait un froid de canard ! »

2/ « En tous cas, le réchauffement s’est arrêté il y a dix ans. »

3/ « Au Moyen age, il faisait plus chaud : les Vikings ont bien colonisé le Groenland »

4/ « Mais cela prouve bien que l’activité humaine n’est pas responsable du changement climatique. »

5/ « Et l’impact de la vapeur d’eau ? »

6/ « Quid de l’influence du soleil ? »

7/ « Comment prédire le temps du siècle à venir, alors que la météo est incapable de le prévoir pour la semaine prochaine ? »

8/ « Pourquoi les scientifiques n’acceptent pas les critiques contre une “ pensée unique climatique ”. »

9/ « Réduire les émissions de gaz à effet de serre coûtera cher et ne servira à rien. Et puis le réchauffement, c’est pratique, on pourra bronzer au Groenland, planter du blé en Sibérie et traverser l’Arctique à pédalo. »

10/ « Mais il existe déjà des techniques pour refroidir le climat. »


1/ « Le réchauffement climatique, quelle blague ! Cet hiver, il a fait un froid de canard ! »

A l’apéritif, histoire de détendre l’atmosphère, un convive jette un pavé dans la mare. En général, ça embraye direct : « Je suis allé skier au Grand Bornand, et ils n’ont jamais vu autant de neige depuis vingt ans. » N’avalez pas votre cacahouète de travers. Les regards étant braqués sur vous, lecteur de Terra eco, lâchez négligemment en décortiquant une pistache : « L’hiver dernier a, il est vrai, été rigoureux en France métropolitaine. Mais c’est peanuts comparé aux hivers extrêmement rigoureux, quand le mercure passe sous la barre des -9 °. Or la France a connu 46 saisons de ce genre depuis 1873. Nous sommes donc moins habitués aux grands froids. » Précisez ensuite subtilement que le climat ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone : « En janvier 2010, l’Europe et la Russie ont connu des températures plus froides que la moyenne 1971-2000, mais il s’agit du 4e mois de janvier le plus chaud dans le monde depuis 1880. Demandez aux Brésiliens ou aux organisateurs des Jeux de Vancouver… » Les Français feraient bien de s’habituer, glisserez-vous gentiment. Car, « selon le Centre d’Etudes de la Neige, qui dépend de Météo France, l’épaisseur du manteau neigeux en moyenne montagne des Alpes est passé en cinquante ans de 1,50 m à 1,20 m. » Concluez cette première répartie par une question : « Auriez-vous des glaçons pour mon soda ? »

2/ « En tous cas, le réchauffement s’est arrêté il y a dix ans. »

Restez calme. « Vous faites probablement référence aux données météorologiques du Hadley Center, qui indiquaient une augmentation de la température moyenne de 0,02° C par décennie entre 1998 et 2008. Les sceptiques ont colporté cette information, interprétée par eux comme un arrêt du réchauffement ! Le hic, c’est que cette série statistique n’intègre pas l’Arctique, où s’est produit le plus fort réchauffement des dix dernières années. » Mâchez bien votre mesclun et enchaînez : « Si l’on prend les années 2000-2009, c’est au contraire la décennie la plus chaude depuis que les mesures existent, selon l’Organisation météorologique mondiale. »

3/ « Au Moyen age, il faisait plus chaud : les Vikings ont bien colonisé le Groenland »

« Erik le Rouge n’avait pas baptisé le Groenland le Pays Vert pour rien », assure un convive en buvant son blanc. « Oui, c’était la période de l’optimum médiéval en Europe, entre 800 et 1300, répondez-vous illico. En 986, le chef viking avait surtout besoin d’un bon coup de pub pour peupler une terre dont la partie non couverte par les glaces était à peu près la même qu’aujourd’hui. Enfin, qu’il y a trente ans. Depuis, la surface du Groenland affectée par la fonte estivale a progressé de 30 %. Si pendant l’optimum médieval, l’Atlantique du Nord connaissait peut-être des températures plus hautes que celles d’aujourd’hui, ce n’est pas le cas pour l’ensemble de l’Hémisphère nord, selon les études les plus récentes. Le réchauffement en cours – de 0,8 ° depuis 1860 – est bien plus important, d’après l’historien du climat Emmanuel Le Roy Ladurie. »

4/ « Mais cela prouve bien que l’activité humaine n’est pas responsable du changement climatique. »

La réalité du changement climatique est reconnue par tous les scientifiques – même Claude Allègre – et désormais, grâce à votre éloquence, par tous les invités de la soirée. Un point pour vous. Mais attention, le plat de résistance débarque. Question : l’homme (et la femme) sont-ils coupables ? Restez zen, même si le rôti de bœuf risque de tomber en cendres dans le four. « Ceux qui remettent en cause le consensus scientifique sur la responsabilité humaine sont les mêmes qui profitent du système économique actuel », s’indigne quelqu’un. Proposez de couper ce qu’il reste de la viande, cela vous élève de facto au-dessus de la mêlée. Rappelez le principe de l’effet de serre, sans lequel il n’y aurait ni vie ni four à chaleur tournante sur Terre. En clair, c’est parce que des gaz de l’atmosphère comme le dioxyde de carbone (CO2), le méthane ou la vapeur d’eau, retiennent la chaleur du soleil, que la température de la planète dépasse allègrement – sans jeu de mot – les -18 °. « Or pour les climatologues, le “ forçage anthropique ”, c’est-à-dire l’effet de serre accru par l’activité humaine, est le suspect principal du réchauffement. Pour le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), la probabilité de cette hypothèse dépasse 90 %, car les “ forçages naturels ” – fluctuations du rayonnement solaire, impact des éruptions volcaniques – ne suffisent pas à expliquer le changement climatique. »

Maintenant, que faire ? Du fait de sa durée de séjour dans l’atmosphère, de l’ordre du siècle, et de l’incapacité des océans ou des forêts à stocker les quantités émises par l’homme, le CO2 est l’ennemi public n°1. « Dans l’atmosphère, la concentration de ce gaz, émis lorsqu’on brûle du pétrole ou du charbon, a bondi depuis la révolution industrielle, parallèlement à l’augmentation du thermomètre. Depuis 1800, la quantité de CO2 dans l’air grimpe sans arrêt pour atteindre 385 ppm. L’objectif défini par les experts du Giec est de la stabiliser à 450 ppm. Personne ne veut de viande ? »

5/ « Et l’impact de la vapeur d’eau ? »

Dites, en visant bien les assiettes : « Elle est responsable d’environ 60 % de l’effet de serre. Elle évolue avec le climat, et a certainement suivi toutes les fluctuations des climats passés des plus chauds aux plus froids. Mais son temps de recyclage atmosphérique est très faible et l’homme n’est pas capable de modifier directement la vapeur d’eau. En fait, il la modifie indirectement puisqu’il modifie le climat qui modifie la vapeur d’eau. Cependant, les émissions directes de vapeur d’eau – les panaches de centrale, par exemple – n’ont aucun effet direct. » Quant à vous, mangez, ça va refroidir.

6/ « Quid de l’influence du soleil ? »

C’est le moment de la jouer modeste : « L’influence exacte du soleil reste un mystère, que de nombreuses recherches tentent de percer. Dans les années 1990, des chercheurs ont constaté l’apparition de tâches à la surface de l’astre et en ont conclu à une activité plus intense. Or, leurs conclusions ont, par la suite, été invalidées. Le soleil, qui oscille selon un cycle relativement régulier de onze ans, n’a jamais été aussi calme actuellement que depuis le début du XXe siècle. Mais cette situation peut changer du jour au lendemain. Selon le climatologue français Jean Jouzel, vice-président du groupe scientifique du Giec, si le soleil gouvernait le réchauffement, celui-ci toucherait l’ensemble de la colonne atmosphérique. Or nous vivons un réchauffement des basses couches et un refroidissement de la stratosphère. C’est la signature du rôle de l’augmentation de l’effet de serre. » Là, vous avez bien mérité votre camembert.

7/ « Comment prédire le temps du siècle à venir, alors que la météo est incapable de le prévoir pour la semaine prochaine ? »

Répondez : « Un médecin ne peut savoir si vous mourrez demain ou dans trente ans, mais un épidémiologiste peut estimer votre espérance de vie selon vos antécédents, vos mœurs et pathologies éventuelles. » Le climatologue s’appuie aussi sur des disciplines différentes : la météorologie et ses données physiques sur l’atmosphère et les océans, mais aussi la glaciologie, l’océanographie, l’astronomie. Montrez ensuite votre maîtrise de la composition de la couche atmosphérique. « Le CO2 une fois émis dans l’atmosphère y reste une bonne centaine d’années. Voilà pourquoi on peut faire des prévisions à long terme, alors que les modèles météo cessent d’être valables après dix jours. » L’effet de serre provoqué par l’homme n’en est donc qu’à ses débuts.

8/ « Pourquoi les scientifiques n’acceptent pas les critiques contre une “ pensée unique climatique ”. »

« Climategate, erreur dans le dernier rapport sur la fonte des glaciers de l’Himalaya, lancement d’une enquête par l’ONU… Les climatologues du Giec devraient faire profil bas », juge un invité en gobant une profiterole. Créé en 1988, le Giec compte une dizaine de salariés à Genève, et fait plancher sur ses rapports 450 auteurs principaux et plus de 800 contributeurs, tous bénévoles, rappelez vous. Poursuivez sans crier. « Loin du “ système mafieux ” critiqué par Allègre, le Giec revendique le consensus dans la réalisation de ses résumés – techniques et à l’attention des décideurs –approuvés ligne à ligne par les représentants des gouvernements et les experts scientifiques. Cette méthode n’est pas contestée sur le fond, mais sur la forme : cette procédure gomme toutes les nuances et les controverses du rapport plus global. La posture politique l’emporte alors sur la démarche scientifique. » Plusieurs climatologues ont d’ailleurs avancé des pistes pour réformer le Giec : John Christy, de l’université d’Alabama aux Etats-Unis, propose, par exemple, de créer une plate-forme en ligne, qui permettrait à des points de vue minoritaires d’être mieux représentés. D’autres veulent renforcer ses moyen afin de pouvoir brasser davantage d’études, ou créer une agence internationale forte de 200 chercheurs permanents ».

9/ « Réduire les émissions de gaz à effet de serre coûtera cher et ne servira à rien. Et puis le réchauffement, c’est pratique, on pourra bronzer au Groenland, planter du blé en Sibérie et traverser l’Arctique à pédalo. »

On sent que c’est l’heure du digestif, des cocktails ou de filer au plumard, au choix. En tous cas, c’est le moment de l’addition. Pesez les pour et les contre : « Si on ne faisait rien contre le changement climatique, le monde s’enrichirait assez pour en limiter les effets à 2,5 % du PIB mondial, selon l’économiste américain William Nordhaus. Mais celui-ci affirme “ laisser à d’autres la science du réchauffement et l’estimation précise des dégâts à en attendre ”.  » C’est ce qu’à justement tenté de faire l’économiste Nicholas Stern : les dommages causés par le réchauffement seraient 5 à 20 fois supérieurs aux sacrifices nécessaires pour lutter contre l’effet de serre, qu’il chiffre à 2 % du PIB. On devra de toutes façons à la fois atténuer le réchauffement et s’adapter : construire des digues et déplacer les habitations face à l’élévation du niveau des mers, par exemple. Mais les investissements nécessaires sont peau de chagrin par rapport aux conséquences d’une augmentation du mercure. « A +1 °, on pourra toujours imaginer peupler la Sibérie et le Groenland de réfugiés climatiques du Sahel, malgré les questions géopolitiques que cela pose. Un +5 ° nous renverrait à la température d’un temps que les moins de 35 millions d’années ne peuvent pas connaître. »

10/ « Mais il existe déjà des techniques pour refroidir le climat. »

C’est bon de rire parfois, ne vous en privez pas, vous pouvez désormais vous fâcher avec certaines personnes dont vous allez prendre congé. « Des géoingénieurs rêvent en effet d’envoyer des parasols dans l’espace ou du soufre dans la stratosphère, comme lors de l’éruption du Pinatubo qui avait entraîné une baisse de 1,5 ° de la température de la terre. Certains ont aussi répandu du fer dans les océans afin de stimuler le développement du plancton capable ensuite d’absorber du CO2. Mais le résultat a été mitigé, voire nul, et il est impossible de connaître les effets à long terme sur les océans et le climat, dont les équilibres sont complexes. Toutes ces idées ont en outre un coût pharaonique, bien supérieur à l’équipement massif de la planète en énergies renouvelables. Un dernier verre pour la route ? »

Illustrations : Thierry Guitard

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  • Bonjour,

    J’ai apprécié cet article mais n’ai pu m’empêcher de me faire la réflexion qu’un tel dîner est fort préjudiciable au climat. Un petit couplet sur l’impact de la consommation de produits animaux sur la planète et son climat aurait été de circonstance...

    Pour info, un rapport officiel de la FAO a établi que l’élevage mondial émet plus de gaz à effet de serre que tous les transports (terre, air, mer) dans le monde. Si on prend en compte toute la chaîne de production de la viande, ça représente 18 % des émissions de GES, ce qui en fait une des causes majeures du réchauffement climatique.

    13.05 à 23h23 - Répondre - Alerter
  • Anonyme : clad

    Facile d’imaginer une histoire ou les méchants " climatosceptiques " lancent des répliques un peu bêtes et ou l’on y répond avec son bottin de chiffres sur les genoux sans qu’ils puissent contre argumenter.

    Bravo, vous êtes sorti de votre grand débat avec vous même.

    18.11 à 17h43 - Répondre - Alerter
    • Tous les arguments développés ici sont réellement des choses que l’on entend. Et quelqu’un qui les a entendu peut trouver ici la réponse. Après, on se doute bien qu’avec quelqu’un de pugnace, le débat (sur n’importe quel sujet) peut se prolonger jusque tard dans la nuit...

      17.04 à 10h38 - Répondre - Alerter
  • Bonjour M. Barthélémy,

    J’ai plusieurs interrogations à propos du réchauffement climatique (sensibilité climatique, oscillations océaniques pluridécennales etc.), et j’aimerais savoir ce que vous y répondriez si on vous posait ces questions à l’occasion d’un dîner :

    http://www.electron-economy.org/art...

    Bien cordialement,

    2.04 à 19h04 - Répondre - Alerter
  • Bonjour,
    Je pense que tout le monde est plus ou moins d’accord sur le fait qu’il y ait des dérèglements climatiques. Le fait de savoir quel est l’impact de l’homme sur ces constats est peut-être moins la priorité que de savoir pourquoi j’agirais plus pour l’environnement. Je pense qu’il est plus difficile de dire à un « climato-sceptique » pourquoi cela serait utile qu’il fasse plus que le tri-sélectif car l’impact de son action, il ne la voit pas mieux ailleurs que dans l’achat de légumes bio (par contre il achète des ampoule à économie d’énergie).
    En bref, ce que je veux dire, c’est qu’il me semble difficile de franchir le pas, même si ce genre de personne est deçue par sa droite ; d’agir en votant Europe Ecologie : il s’agirait d’un acte politique qui dépasserait son camp de droite et ça c’est une chose qui prendra du temps à entrer dans les moeurs.
    Car dites moi si c’est possible d’agir « beaucoup » si ce n’est par un vôte d’espoir qui donnera plus de possibilités pour agir, au-lieu de petites actions !

    29.03 à 10h48 - Répondre - Alerter
    • Bonjour,
      Je viens d’un milieu plutôt orienté à droite, mais je vote vert depuis quelques années. Pourquoi ce renversement ? La réponse se trouve en un mot : éducation. C’est en apprenant la science du climat et celles de l’environnement que j’ai réalisé l’urgence des problèmes et la dimension de la réponse nécessaire. Ne cherchez pas à forcer les gens à changer d’avis, car ils résisteront. Ne cherchez pas à imposer vos vues aux gens car ils pourraient prendre cela comme une attaque. Au contraire, donnez-leur les outils pour comprendre ! C’est un processus bien plus long mais qui donne des résultats solides.
      En aparté, je considère que la montée du mouvement "climato-sceptique" ne fait que traduire un échec de notre système éducatif et de celui des autres pays occidentaux. L’apprentissage des sciences n’est pas adapté face au flot d’information auxquels sont confrontés les enfants, étudiants et adultes. Auparavant, le professeur représentait le savoir et était respecté pour cela. Maintenant, qui croire lorsque maints blogs prétendent que toute la science du climat n’est qu’illusion ? La personne lambda se trouve confrontée à deux choix : faire confiance à des scientifiques obscurs, travaillant dans des labos avec des théories et calculs trop compliqués pour être compris, ou bien écouter des messages se résumant à "ne vous inquiétez pas, tout ceci n’est que chimère, continuez à vivre comme avant" ?

      31.03 à 12h47 - Répondre - Alerter
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