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23-12-2014
Mots clés
Société
France

Jouets : pourquoi les filles restent condamnées au rose

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Jouets : pourquoi les filles restent condamnées au rose
(Crédit photo : Janet McKnight - Flickr)
 
Vous l'avez sans doute constaté : les jouets restent plus stéréotypés que la société. Trois ans après le lancement d'un catalogue de Noël sans sexisme par les magasins U, fabricants et commerçants n'ont pas passé la vitesse supérieure.
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Bleu pour les filles, rose pour les garçons. Vous avez lu juste. Tel était le code couleur en vigueur au début du siècle dernier. « Le bleu renvoyait à la couleur de la vierge Marie, à la pureté ; le rose était perçu comme un dérivé du rouge associé au sang, à la guerre », raconte Mona Zegaï, doctorante en sociologie à l’université Paris-VIII, qui mène une thèse sur la socialisation sexuée des enfants par le biais des jouets.

Un siècle plus tard, le code couleur s’est renversé et le clivage s’est renforcé. A l’approche de Noël, un déluge de rose – bonbon pour les petites filles de moins de huit ans, fuchsia pour leurs ainées – a encore envahi les rayons poupées, tandis qu’un halo bleu se dégage du coin des superhéros. « Ce marquage par genre des jouets ne remonte qu’aux années 1980, souligne la sociologue, il s’est renforcé dans les années 1990, avec tout un discours autour du girl power. » Malgré les mobilisations d’associations féministes au début des années 2000 et les premiers catalogues « dégenrés » dix ans plus tard, « les tentatives de contrecarrer les stéréotypes sont restées sans suite », constate le rapport sénatorial « Jouets : la première initiation à l’égalité », publié le 11 décembre dernier.

Le monde des jouets, plus stéréotypé et inégalitaire

Superhéros et pilotes de course d’un côté, petites mamans et princesses de contes de fées de l’autre, « le monde des jouets est plus stéréotypé et plus inégalitaire que le monde réel », notent les sénateurs Chantal Jouanno (UDI) et Roland Courteau (PS), rapporteurs du texte. Un constat que confirme Mona Zegaï : « Alors que 62% des étudiants en faculté de médecine sont des filles, aucun fille n’est déguisée en docteur dans les catalogues de Noël, souligne-t-elle. Au mieux, elles sont infirmières ou vétérinaires, mais le plus souvent leurs activités sont celles d’une femme au foyer. » Ainsi, alors qu’en France un actif sur deux est une femme, « la majorité des activités proposées aux petites filles renvoie à la sphère domestique et non à la sphère professionnelle », souligne le rapport.

La dissemblance ne tourmente guère les fabricants et les commerçants. Hormis les magasins U qui, pour la troisième année consécutive, mettent en scène des petits garçons jouant à la poupée (voir notre article sur le sujet), aucune autre enseigne n’a osé imprimer un catalogue dégenré. Les obstacles sont pourtant minimes : « On a bien eu quelques critiques, notamment au moment des débats sur le mariage pour tous, mais ça ne nous a pas fait perdre de clients », rassure le service communication de système U. « En fait, la plupart des services marketing ne se sont tout simplement jamais posé la question, souligne Mona Zegaï et lorsqu’on les interpelle à ce sujet, ils mentionnent systématiquement l’exemple de la cuisine. »

L’égalité dans la différence ?

Couleur neutre et petits garçons en tablier, dans les catalogues de jouets, l’exemple semble prouver que les mentalités ont évolué. « Le problème, c’est que la cuisine est un cas particulier, poursuit la sociologue Les enfants sont largement influencés par les émissions de télé-réalité dans lesquelles les hommes sont aussi aux fourneaux. On ne retrouve pas cette mixité pour les autres tâches domestiques. » Et, sur la plupart des papiers glacés, seuls les petits garçons portent une toque de cuistot, signe d’activité professionnelle.

« Les fabricants renforcent les discours prônant l’égalité dans la différence. C’est particulièrement vrai pour les spécialistes de jouets pensés pour les garçons qui s’orientent aujourd’hui vers le marché des filles », poursuit Mona Zegaï. C’est par exemple le cas de Nerf Rebelle, les pistolets en plastique devenus fuchsia pour les filles, ou encore Lego friends, la gamme de Lego où les salons de coiffures, boutiques et figurines de « copines » remplacent des étapes de construction. « Le jeu (en général, ndlr) tel qu’il est conçu aujourd’hui a tendance à développer les capacités communicationnelles chez les filles et les capacités motrices chez les garçons », souligne Mona Zegaï.

Un clivage que d’autres pays sont parvenus à dépasser. Dans le catalogue suédois de l’enseigne ToysRus, filles et garçons jouent ensemble à l’épée comme à la poupée. Une mise en scène impensable dans le catalogue français de la même enseigne.

Les sénateurs expliquent cette inertie par un « renvoi- de responsabilité ». « Les fabricants et les distributeurs affirment qu’ils ne font que suivre la demande. De leur côté, les parents prennent avant tout en compte les désirs de leurs enfants, développe Mona Zegaï. Mais les goût des enfants, que ce soit pour les princesses ou les superhéros, ou pour le rose et pour le bleu, ne sont pas innés. »

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