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30-08-2012
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Société
France
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J’ai rêvé d’une France 100% renouvelable

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J'ai rêvé d'une France 100% renouvelable
(Crédit photo : sung-il kim - corbis)
 
Fermez les yeux et regardez. Notre pays n’est plus un champion de l’atome et ne dépense plus des milliards en hydrocarbures. Non, il fait désormais confiance à ses habitants et les laisse décider localement des sources d’énergie les mieux adaptées à leur territoire. Et ça marche. Le songe d’une nuit d’été ? Et si c’était vrai ?
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N°39 - septembre 2012

J’ai rêvé d’une France 100% renouvelable

Tous les matins, lorsque Maëlle ouvre les volets et que la lumière pénètre sa chambre, elle sourit. « Le ciel est clair », songe-t-elle. Les jours de grand beau, mais aussi les jours couverts et chargés. « Le ciel est clair », se répète-elle… Depuis plus de dix ans, les colonnes de fumée blanche qui s’élevaient de la centrale nucléaire du Haut-Bugey, dans l’Ain, se sont évanouies. Disparues, ces volutes qui planaient toujours au-dessus des têtes, comme un oiseau de mauvais augure. Et, avec elles, les lourdes plaisanteries que les invités peu coutumiers de ces étranges nuages ne manquaient jamais de faire lors des déjeuners sur la terrasse. Maëlle, sa famille et les voisins, ils y étaient habitués. Mais les autres, ceux qui vivaient loin, leur rappelaient sans cesse qu’un danger était bien là, tapi de l’autre côté du jardin. L’installation et ses quatre énormes réacteurs plantés au milieu de la Plaine de l’Ain et visibles jusqu’aux contreforts des massifs environnants ont été démantelés.

Elle fait pourtant toujours autant parler d’elle. Sur la proche autoroute, les « T’as vu, elle est là ! », ont été remplacés par les « C’était là qu’elle était ! ». La centrale, on ne l’oublie pas comme ça. Certains matins, mal réveillée, Maëlle se surprend encore à sursauter quand sa main cherche le réveil sans frôler sa boite de comprimés d’iode. Depuis 1997, elle devait toujours l’avoir à proximité, « au cas où ». Au cas où ça pète. Pour protéger sa thyroïde.

Lorsqu’elle s’assoit au soleil pour prendre son café matinal, la jeune femme s’étonne encore de ce drôle de passé, encore si proche. On consommait tellement ! Le carburant, les aliments, tous les équipements dernier cri, plus ou moins utiles, d’ailleurs. La donne a changé. Sa maison est devenue intelligente. Si, si ! Un compteur lui indique sa consommation en temps réel et ses appareils électroménagers décident comme des grands de ronronner pendant les plages horaires où l’énergie est la plus abondante et la moins chère.

Coup de pouce secret

Maëlle comprend également mieux, désormais, ce qu’elle paye quand elle règle sa facture énergétique. Dans son portefeuille, elle a toujours sa carte QEE, pour « Quota d’énergies échangeables ». Tous les ans, elle reçoit en effet un quota d’émissions de carbone à dépenser et, à chaque achat, sa carte est débitée en fonction du poids écologique de son carburant, de ses meubles en bois ou de ses tomates. Elle a évidemment appris à acheter plus local, de saison. A moins acheter, aussi. Année après année, le quota attribué n’a d’ailleurs fait que diminuer, pour soutenir l’effort général de réduction de consommation énergétique. Peu lui importe : elle s’est adaptée et il lui reste même toujours quelques crédits inutilisés. Certains de ses amis n’hésitent pas à revendre ces surplus pour arrondir leurs fins de mois. Pas elle : elle préfère les laisser se perdre dans la nature. Pour la nature !

Grâce à ce coup de pouce secret, elle sait qu’elle participe au grand défi du XXIe siècle. En quelques dizaines d’années, la consommation d’énergie a été réduite de moitié et les renouvelables se sont substituées à leurs polluantes ancêtres fossiles. Près de chez elle, un mini-réseau d’énergie a été créé. C’est désormais sa commune – Ambérieu-en-Bugey – qui gère les ressources énergétiques, de la production à la distribution. Les habitants de la petite ville ont passé des soirées entières à débattre des filières à développer, à imaginer les projets les plus fous. Un cocktail a finalement emporté le morceau : avec le puissant Rhône et les nombreux petits cours d’eau qui serpentent dans la région, le territoire carbure désormais à l’hydroélectrique. Devant elle, la plaine battue par les vents et offerte au soleil est aussi parsemée d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. La technologie a fait des progrès : tous ces appareils sont plus silencieux et plus discrets que les géants des années 2000. Elle s’y est habituée et, même, a appris à les aimer !

Chiens écrasés et coucheries

Dans la brise matinale, elle songe au dîner de la veille, en compagnie de ses parents, venus de Bretagne. Depuis quelques années, les repas de famille ont pris une autre tournure. Oubliées les chiens écrasés et les histoires de coucherie dans le voisinage : grâce à ces comités participatifs, chacun semble devenu « expert ès énergies renouvelables » et défend – parfois mordicus – sa chapelle. Quand sa mère et son père ne jurent que par le marémoteur, elle explique dans les menus détails les avantages du photovoltaïque. Heureusement, tout le monde se retrouve sur l’éolien, commun aux deux régions !

La Plaine de l’Ain a d’ailleurs de la chance : grâce à son environnement, elle n’est presque jamais déficitaire. Elle exporte même un peu d’énergie vers les régions voisines, plus mal loties, quand elles souffrent de production insuffisante. Et dire que, à une époque pas si lointaine, l’électricité parvenait chez elle de façon quasi magique, comme tombée du ciel, produite par d’immenses installations centralisées. Le monde est devenu plus solidaire, se répète-t-elle. Et ça la réconforte. Les projets ont retrouvé du sens localement et les échanges, fussent-ils d’énergie, de leur valeur.

Coopérative énergétique

Il y a dix ans, Maëlle a d’ailleurs décidé de s’associer à ce grand élan de solidarité énergétique. Sa modeste propriété de campagne a la chance d’être traversée par un cours d’eau. Le débit n’y est pas constant, mais suffisant pour y installer une structure de micro-hydroélectricité. Elle a obtenu de jolies subventions pour la mettre en place. Quelques jours après les premiers ronronnements des petites turbines, elle n’en a pas cru ses yeux : elle produisait de l’énergie chez elle, et même plus que ce dont a besoin son ménage ! Le surplus de production n’est évidemment pas perdu : il part alimenter la toute proche coopérative énergétique, qui le redistribue dans le mini-réseau local d’électricité.

Grain de sel et toit de verre

Un coup d’œil à sa montre. Il est l’heure d’attaquer la journée. Maëlle enfourche son vélo. Après quelques coups de pédale, elle passe devant la propriété des Colin, paysans bios qui avaient laissé certains de leurs champs en jachère depuis plusieurs années. Un jour, ils sont venus la voir : ils voulaient s’inspirer de son projet et installer, eux aussi, leur propre structure. En l’occurrence, des panneaux photovoltaïques. Sur la commune, c’est même devenu un jeu. Tout le monde – ou presque – cherche comment produire sa propre énergie ! Et ceux qui n’ont pas de terrain ne sont pas en reste : pas un mois sans qu’un nouveau programme ne se lance dans les environs. Tout le monde peut ajouter son grain de sel et ses idées.

Dernièrement, c’est une drôle de ferme qui a vu le jour : un toit de verre vient de chapeauter un ancien centre commercial. En lieu et place des boutiques commencent désormais à pousser des fruits et légumes sous serre ! Le bâtiment, bardé de panneaux photovoltaïques, s’autoalimente en énergie. Sur son chemin, Maëlle y remplit son cabas pour le déjeuner au bureau. Dans les allées, elle esquisse un sourire. Qui eût cru qu’un symbole de la consommation de masse deviendrait un temple de la production durable et renouvelable ? —

ENQUETE Plein vent et plein soleil sur l’Hexagone Un pays qui dirait adieu au nucléaire, au gaz, au charbon, au pétrole, c’est peut-être la réalité de demain. En France, des territoires sont déjà engagés sur la voie du changement.
ANTISECHES Stop aux clichés sur les renouvelables ! Trop chères, polluantes, pas assez efficaces… Les énergies de demain ont mauvaise presse. Alors, on arrête tout et on plonge dans les rapports. Les mauvais élèves énergétiques ne sont pas ceux que l’on croit.
INTERVIEW « Une Terre 100 % renouvelable relève encore du fantasme » Manque de rentabilité à court terme des énergies alternatives, lobbys pétroliers… le chercheur Bastien Alex estime qu’aucun bouleversement n’est à attendre sur la planète avant une trentaine d’années.
INFOGRAPHIE La France en marche vers les énergies renouvelables Eolien, biomasse, solaire… Zoom sur six territoires français en avance sur leur temps !
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Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

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  • On connaît le tapage des pro-nucléaires anti-éoliens (les mêmes le plus souvent) avec leurs propos affolants mais irréels sur les surfaces utilisées par l’éolien et le solaire.

    Pour l’éolien, c’est en réalité quelques dizaines de m2 tout compris autour de chaque mât. Autour, il y a soit de l’herbe meilleure pour les vaches (et les oméga 3 du lait) que le soja importé. On trouve aussi du blé ou autres.

    Mais il existe près d’un million de kilomètres de routes et chemins de campagne pour y placer des éoliennes.

    http://energeia.voila.net/renouv/eolien_solaire_surface.htm

    Pour le photovoltaïque, on a des centaines de milliers d’hectares de toitures et de parkings qui attendent d’être couverts de panneaux solaires.

    Même lien sur les surfaces.

    Avec l’hydraulique qui existe déjà et la biomasse à développer davantage, on a de quoi faire en toutes saisons.

    10.04 à 15h45 - Répondre - Alerter
  • Pour produire 5000 mégawatts d’électricité nucléaire, il suffit d’artificialiser quelques kilomètres carrés de sols. Pour produire la même énergie avec l’éolien, ce sont des dizaines de milliers de kilomètres carrés de paysage qu’il faut bouleverser. D’où l’hostilité de l’opinion contre cette énergie visuellement très polluante. D’où la tentation de contourner les difficultés et d’enrichir les élus locaux en implantant les éoliennes sur les terrains… dont ils sont propriétaires.

    Les promoteurs éoliens se présentent très souvent non comme des businessmen, mais comme des ONG salvatrices de l’humanité victime du réchauffement climatique.

    Ces industriels oublient bien souvent de préciser que compte tenu de l’intermittence du vent, l’énergie éolienne doit être compensée par une électricité thermique au charbon, au gaz ou au pétrole génératrice d’émissions énormes de gaz à effet de serre et que la biodiversité est totalement perturbée par les tonnes de béton utilisées, les effets stroboscopiques des pâles et les infrasons.

    Mais le plus grave c’est que derrière cette figure sympathique d’écologie se cache une face obscure que la récente conférence environnementale a largement occultée. En effet, la filière éolienne se trouve actuellement confrontée dans le plus grand silence à une tempête juridique pénale qui pourrait tout simplement balayer définitivement l’éolien terrestre en France.

    En effet, les associations de défense de l’environnement désormais habituées à décortiquer les dossiers de montages des promoteurs ont découvert qu’une grande partie des éoliennes terrestres installées en France était située sur les terres des maires, des conseillers municipaux ou des membres de leur famille.

    Le plus grave c’est qu’une majeure partie de ces élus ont participé sciemment à l’élaboration des projets et aux délibérations d’installation des aérogénérateurs. Or ce délit de prise illégale d’intérêt est passible de 5 ans de prison et 750.000 euros d’amende (article 432-12 du code pénal). Actuellement de très nombreuses plaintes sont déposées auprès des procureurs de la République qui ouvrent des enquêtes préliminaires dans la France entière dont la Basse Normandie région particulièrement révélatrice de cette organisation.

    Le Service central de prévention de la corruption et la Direction des affaires criminelles du Ministère de la justice sont désormais saisis de l’affaire qui est prise très au sérieux. Car outre des faits de prises illégales d’intérêt les enquêteurs pourraient découvrir des faits de corruption et de trafic d’influence comme c’est actuellement le cas pour un parc éolien en Haute Loire où la maire et deux conseillers municipaux sont mis en examen pour ces chefs d’accusation.

    A cet égard Noel Pons consultant spécialiste de la corruption a publié une note pour le centre de criminologie de l’Université de Paris II sur le développement croissant de la criminalité verte. Un collectif d’association Bas Normand a récemment saisi le président de la République de cette question ainsi que de l’opacité des circuits financiers qui a répondu dans un courrier qu’il demandait à la Ministre de l’écologie de faire diligence sur toutes ces questions.

    Mais jusqu’à présent cette dernière est restée particulièrement muette et le Préfet de région de Basse Normandie conforté par ses services a tout récemment attribué un permis de construire dans l’Orne où 10 éoliennes sur 11 appartiennent à des élus ou leur famille alors qu’une enquête préliminaire avait été ouverte préalablement sur le sujet.

    Alors qu’en Italie la justice vient de saisir un parc éolien appartenant à la mafia calabraise, le pouvoir exécutif français devrait se méfier de soutenir une filière qui à terme devrait faire l’objet d’un énorme scandale judiciaire et financier. Sauf à ce qu’une loi d’amnistie générale blanchisse tous les élus concernés mais François Hollande a promis pendant sa campagne une République propre et irréprochable. A suivre donc…

    24.09 à 09h49 - Répondre - Alerter
    • Il est possible que l’éolien bas normand soit pris d’assaut par des businessmen verts, mais que pensez-vous de l’envahissement par le lobby nucléaire de cette même région ?
      le nucléaire français imposé à tous, sans prise en compte démocratique, AREVA, fournit emplois, donc salaires, construit routes, hôpitaux, écoles, piscines, salles de sport etc etc.
      Les lignes à haute tension traversent les champs où paissent vaches, boeufs, veaux, et les rendent malades ; ces paysans ne dépendent pas du nucléaire et oh surprise sont CONTRE ! bizarre !
      Parce qu’il est difficile de trouver un opposant du nucléaire en Normandie et basse Normandie ; ah, mais des nucléocrates anti-éoliens, si ! peut-être les mêmes ?
      Cette personne voudrait peut-être que seule une industrie destructrice de vie soit une source de revenus ?

      22.01 à 19h27 - Répondre - Alerter
  • Bonjour Maëlle, votre rêve a déjà été réalisé dans plusieurs communes d’Allemagne, et notamment dans le village de Wildpoldsried en Bavière.

    http://www.sat1bayern.de/news/20120...

    Un lyonnais qui partage vos idées, mais sceptique concernant la volonté de ses concitoyens..

    13.09 à 10h46 - Répondre - Alerter
  • 1 grand bravo à Maëlle, il faut favoriser les petites unités locales de productions énergétique et alimentaire, plutôt que continuer à renflouer et dépendre des monopoles économiques. A priori, elle peut proposer à sa commune d’investir dans 1 scoop, ainsi que le font déjà certains Belges (désolée ne me rappelle plus, pour l’instant du site net qui présente cet exemple). Car en +, à plusieurs le coût d’achat du matériel et d’installation/câblage...etc...sera conséquent à la solidarité induite.

    12.09 à 10h06 - Répondre - Alerter
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