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Françoise-Hélène Jourda, l’architecte durable

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Françoise-Hélène Jourda, l'architecte durable
(Crédit photo : Guillaume Herbaut / L’Œil public)
 
Françoise-Hélène Jourda a longtemps construit des maisons écolos sans l’afficher. C’était mal vu. Depuis 2007, elle cumulait les reconnaissances. Elle est décédée ce 1er juin 2015. Nous l'avions rencontrée en 2009. Voici son portrait.
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n°8 - novembre 2009

Maison toxique : comment s’en sortir
Mise à jour le 2 juin 2015 : L’architecte, née en 1955 à Lyon, est décédée ce 1er juin, nous apprend le journal Le Moniteur.

« Je rêve de bâtiments biodégradables ! » Drôle d’idée pour une architecte. Quand une partie de sa profession s’escrime à laisser sa trace dans le paysage et dans l’histoire, Françoise-Hélène Jourda s’exerce à rendre son empreinte la plus légère possible. En ce moment, elle construit des logements sociaux à façades de bois et murs démontables à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) : des immeubles réversibles, presque recyclables, issus de trente années de recherche. Cette volonté de créer une architecture quasi-éphémère lui a valu une Légion d’honneur en juillet.

Et si, à 54 ans, Françoise-Hélène Jourda se réjouit avec tant d’allégresse de la vague verte, c’est qu’elle a longtemps ramé à contre-courant. Sa vocation semblait pourtant couler de source, peut-être de la maison de campagne familiale dans la région lyonnaise. Françoise-Hélène Jourda se souvient que l’eau de pluie y était récupérée et qu’elle servait à se laver, puis à faire la vaisselle. Et enfin à l’arrosage. Diplômée de l’Ecole d’architecture de Lyon en 1979, elle se définit à la fois comme une enfant du choc pétrolier, marquée par la « chasse au gaspi », et une post-soixante-huitarde inspirée par « l’architecture solaire » version Larzac.

C’est le temps des expérimentations en association avec l’architecte Gilles Perraudin : une école économe en énergie à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) en 1981, des maisons en terre et l’Ecole d’architecture de Lyon, en 1982, avec « la première double façade au monde, qui, bien sûr, ne marchait pas », se rappelle-t-elle. Mais l’époque n’est pas vraiment réceptive à ces prospections vertes. Les années 1980 sonnent plutôt l’avènement des grands ensembles architecturaux. « Nous devions presque dissimuler nos visées environnementales. Pour installer 4 000 mètres carrés de toiture végétalisée sur la Cité scolaire internationale de Lyon, on expliquait que ce serait plus joli, mais pas qu’on allait ainsi récupérer les eaux de pluie », s’amuse-t-elle rétrospectivement. 

« Chaque projet, je commence par le trouver moche ! »

La rumeur publique attribue volontiers à cette belle femme, très blonde et aux yeux d’un bleu transparent, des origines germaniques qu’elle n’a pas. Sans doute parce que c’est de l’autre côté des Alpes, en Autriche et en Allemagne, que ses idées ont rencontré des fans. En 1992, le gouvernement allemand la choisit pour imaginer l’Académie de formation du Mont-Cenis, à Herne-Sodingen, dans la Ruhr. Elle dessine et conçoit un laboratoire écolo géant en créant un microclimat à l’intérieur d’une serre de 13 000 mètres carrés, tout en gardant un œil sévère sur l’empreinte écologique de la construction elle-même. « Le bois était coupé dans la forêt mitoyenne et séché sur place. Je n’ai jamais retrouvé des conditions semblables en France », note-t-elle.

Pour expliquer ce long retard hexagonal, elle évoque, pêle-mêle, les lobbies énergétiques français ou le quasi-monopole des groupes de construction, bien moins flexibles qu’outre-Rhin. Peut-être aussi le dédain pour l’architecture non spectaculaire qu’elle revendique. « Construire compact, ramassé, c’est se mettre en marge de ce qui est médiatisé, du monumental, analyse-t-elle. Renoncer à la forme demande du courage. Chaque projet, je commence par le trouver moche ! »

Il a fallu attendre le Grenelle de l’environnement et la commande d’un rapport par le ministre Jean-Louis Borloo sur la construction durable pour qu’on regarde ses bâtiments d’un autre œil (1). « Elle a longtemps été à part, et devient aujourd’hui le porte-drapeau d’une nouvelle architecture ! », témoigne François de Mazières, président de la Cité de l’architecture et du patrimoine. Au point de devenir une référence. C’est à elle que la Ville de Paris a fait appel, en 2007, pour réhabiliter la Halle Pajol et la transformer en un bâtiment emblématique à très faible empreinte écologique.

Avec encore quelques embûches. « Ses ambitions sont parfois stoppées par des problèmes d’homologation, explique Baptiste Le Brun, responsable des opérations à la Semaest, maître d’ouvrage de la Halle. Il y a encore des résistances bureaucratiques à l’innovation. » Pas rancunière, Françoise-Hélène Jourda continue à y croire. « Les mentalités ne sont pas si difficiles à changer, affirme-t-elle. Le développement durable concerne tout le monde, du jardinier au locataire, en passant par le bailleur social et le politique. Une fois qu’on a amorcé la pompe, ça peut prendre assez vite. »

Des normes jugées mensongères

L’architecte milite pour la disparition de la certification HQE (Haute qualité environnementale), dominante en France, qu’elle juge obsolète voire mensongère, et pour la mise en place d’une grille de cotation de l’empreinte écologique d’un bâtiment. Elle espère d’ailleurs, d’ici la fin de l’année, mettre en service un logiciel simple « pour qu’un locataire puisse lui-même faire le diagnostic énergétique et le mettre sous le nez de son propriétaire ». Tant que le Grenelle durera, elle aura la foi. Titulaire d’une chaire d’architecture durable à l’université technique de Vienne depuis 1999, c’est dans son labo autrichien, entourée d’une équipe de chercheurs internationaux, que cette Française continue d’imaginer les moyens d’effacer nos traces. En attendant que son pays natal se réveille pour de bon ?

(1) Rapport sur la prise en compte du développement durable dans la construction



FRANCOISE-HÉLÈNE JOURDA EN DATES ET EN GESTES

1955 Naissance à Lyon (Rhône)

1979 Diplômée de l’école d’architecture de Lyon, association avec Gilles Perraudin

1992 Imagine l’Académie de formation de Herne-Sodingen (Allemagne)

2004 Commissaire du pavillon français à la Biennale d’architecture de Venise, sur le thème des « Métamorphoses durables »

2007 Prix international d’architecture durable

2009 Petit Manuel de la conception durable, aux éditions Archibooks (parution à l’automne)

Son geste vert Elle interdit l’éclairage de nuit dans ses bâtiments.

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  • Merci Monsieur Martin de votre commentaire au sujet Mme Jourda ;j’ ai un peu honte , car je viens de découvrir son existence ;

    Elle faisait partie de ces êtres Humains qui ont fait avancer notre monde ;

    Dommage que la France soit en retard .

    C’ est à vous maintenant de nous donner de l ’espoir.

    NB . : J’ ai tres conscience de la puissance des lobbies , y compris des vieilles académies des Sciences , de Medecine ...carpettes institutionnelles de ces lobbies....Parfois je suis tres découragé et je me souviens de la reflexion d’ un des membres fondateurs de Greenpeace lors de leur premiere expédition contre la bombe atomique en Pacifique Nord sur le vieux "Phyllis Cormack", alors qu ils relachent dans un port Canadien et l’ homme de quart entends les crabes démembrés, entassés dans de grandes caisses empilées sur le port , qui hurlent (avez vous entendu un crabe hurler de douleur ?)et Mac Taggart de Greenpeace se dit ::"ns avons tenté d’ enrayer la destruction du monde .... mais maintenant quand j’ entends CA, plus vite ce monde se détruira , mieux ce sera ..."Je cite de mémoire .

    10.06 à 22h48 - Répondre - Alerter
  • François MARTIN, architecte-urbaniste : Françoise-Hélène Jourda, l’architecte durable

    J’ai souvent introduit mes conférences et interventions diverses sur la question de l’architecture et de l’urbanisme "durables" en citant Françoise-Hélène Jourda que je considère comme un guide pour notre profession qui a tant de mal à entrer dans le XXIème siècle.
    Sa disparition prématurée est une très grande perte, mais son engagement et sa mémoire survivront grâce à toutes ces graines qu’elle a su semer dans nos esprits et qu’il nous appartient de faire prospérer.

    6.06 à 19h38 - Répondre - Alerter
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