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19-01-2012
Mots clés
Energies
Europe

Desertec réussira-t-il à exploiter l’énergie du désert ?

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Desertec réussira-t-il à exploiter l'énergie du désert ?
(Crédit photo : Desertec)
 
La « Révolution du solaire » est en marche, mais beaucoup de questions se posent sur la viabilité du projet.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

En moins de six heures, les zones désertiques du globe reçoivent la quantité d’énergie que l’humanité consomme en une année. Rien qu’en utilisant 0,3% des surfaces désertiques de la région sud méditerranéenne pour installer des champs de collecteurs solaires, on pourrait ainsi satisfaire à l’augmentation des besoins en électricité et eau douce de ces pays et de l’Europe. C’est sur la base de ces résultats, publiés à la fin des années 1980 par le Centre allemand de recherche aérospatiale (DLR), que s’est en partie monté le projet Desertec. Une utopie, un pari un peu fou pour certains. Mais qui commence aujourd’hui à prendre corps avec le projet pilote de Ouarzazate, au Maroc.

Ouarzazate, le projet test

« Il s’agit d’un projet de démonstration, destiné à prouver la viabilité économique de l’idée car l’on sait que c’est techniquement faisable », explique Francis Petitjean, l’un des cofondateurs de la fondation Desertec et coordinateur pour la France. Initialement prévu dans deux ans, ce projet de l’ordre de 600 millions d’euros conduit par la Desertec Industrial Initiative (Dii) - le versant entreprise de Desertec - doit produire 500 Mégawatts d’ici environ 5 ans, en utilisant principalement la technologie thermodynamique mais aussi du photovoltaïque. Le choix du Maroc n’est pas un hasard : le pays, contrairement à la Tunisie et surtout l’Algérie, reste très dépendant (à 97%) des importations pour se fournir en électricité. Depuis quelques années, le gouvernement marocain mène donc une politique volontariste de développement des énergies renouvelables et ce, d’autant plus qu’il bénéficie de deux sources d’énergies en abondance : le soleil et le vent.

Sans compter qu’il reste l’un des plus stables du Maghreb et qu’il est le seul a être relié à l’Europe via 2 câbles marins, un atout de poids pour tester l’exportation du courant vers l’Europe qui doit, en 2050, consommer quelque 15% de l’électricité produite par le projet Desertec pour en assurer la rentabilité. Mais déjà le « projet de référence » comme le qualifie Francis Petitjean, est confronté à des difficultés que l’on ne soupçonnait pas à l’origine : la défection de l’allemand Solar Millenium, l’un des industriels du consortium, qui a annoncé sa faillite le 5 janvier dernier…De quoi affecter le calendrier ?

Le juste prix des énergies renouvelables

Une annonce qui illustre des défis que devra relever Desertec en ces temps de crise et alors que les différentes estimations chiffrent l’ensemble du projet entre 250 et 400 milliards d’euros, en grande partie pour l’installation des centrales…Certes, le taux de rentabilité attendu est de 15%, ce que la DLR attend pour 2020/2030. Mais il va d’abord falloir « attirer et rassurer dans la durée les différents acteurs, notamment les investisseurs », prévient le cabinet de consultants BearingPoint, qui vient de livrer un rapport et des recommandations sur Desertec, qu’il soutient depuis 2010.

« Le calcul viendra à partir du moment où les énergies fossiles et nucléaires seront évaluées à leur juste prix, veut croire Francis Petitjean. En Italie, le photovoltaïque atteindra la parité réseau vers 2013 et en France, ce sera vers 2017. La technologie des centrales solaires thermodynamiques (CSP) va progressivement baisser. » La Desertec Industrial Initiative table ainsi sur le fait que les économies d’échelle et autres permettront de faire baisser le coût de production de 16/30 centimes d’euros aujourd’hui à 4/5 centimes d’euros en 2040.

Faire face aux incertitudes

En attendant, lors de sa phase transitoire, le projet « ne pourra se passer de subventions étatiques ou des institutions financières multilatérales  », estime pour sa part Philippe Lorec, le directeur général adjoint de l’Énergie et du climat au ministère français de l’Écologie. Ou au minimum « des tarifs de rachat aidés, au moins pendant les premières années », d’une « participation non négligeable des contribuables » ainsi que d’une « règlementation européenne cohérente », juge Emmanuel Autier, associé du cabinet. Ce qui est encore loin d’être le cas. De fait, si l’impact du printemps arabe sur le projet a souvent été mentionné l’an dernier, ce n’est sans doute pas la principale menace qui pèse sur le développement de Desertec. « Pour des investissements de vingt à cinquante ans, le manque de stabilité des cadres règlementaires des pays du nord de la Méditerranée comme l’Espagne, la France ou l’Italie constitue un risque bien supérieur », affirme ainsi Lynn Nahmani, experte en financement de projets.

Pour Francis Petitjean d’ailleurs, le printemps arabe est « une chance ». « Même si nous avons perdu quelques mois, il faut replacer les choses dans le contexte d’un projet qui s’étale sur quarante ans. Et nous préférons parler à des démocraties plutôt qu’à des dictatures », tient à préciser le cofondateur de Desertec. L’occasion aussi pour lui de dénoncer les accusations de manque de concertation avec les pays du Maghreb et du Machreck voire de « néocolonialisme ». « L’électricité produite bénéficiera en premier lieu aux pays producteurs et nous insistons bien sur la dimension gagnant-gagnant du projet qui devra notamment permettre l’industrialisation de l’Afrique du nord avec la création à terme de centaines de milliers d’emplois et le transfert du savoir-faire », souligne Francis Petitjean.

Le Sud doit-il payer aussi ?

Récemment par exemple l’entreprise algérienne Sonelgaz s’est aussi rapprochée de la Desertec Industrial Initiative en signant un accord de coopération stratégique… Mais les craintes restent vives. « Est-ce que les pays du Sud doivent consacrer une partie de leur ressources financières à développer les centrales solaires pour exporter l’énergie ? Dans quel cadre les sites seront exploités (rentes solaires ? paiement d’une redevance / kWh produite ? concession ?) Peut-on être sûr que ce qui s’est passé avec le pétrole ne se reproduira pas avec le solaire ? Ces questions montrent que les pays du Sud ont encore de quoi s’inquiéter », soulève Mustapha Kamel Faid, président de SPTEC conseil et ancien directeur général à l’Observatoire méditerranéen de l’énergie.

Reste aussi à résoudre « l’équation environnementale », comme l’appelle Bearing Point. Car si le solaire thermodynamique (1) – la solution non unique mais privilégiée du projet - émet très peu de carbone, « cette technologie nécessite deux à trois fois plus d’eau qu’une centrale à charbon » pour le système de refroidissement, prévient BearingPoint. Ce qui est plus que problématique dans une région telle que le Sahara… « Nous ne pourrons pas nous passer d’eau pour nettoyer les miroirs ainsi que les panneaux photovoltaïques, reconnaît Francis Petitjean. Cependant, la technologie que nous testons au Maroc utilisera un système de refroidissement à sec. Certes, il est plus cher et moins performant mais nous investissons beaucoup dans la recherche sur ce système, ainsi que sur les installations de dessalement qui pourraient en plus produire de l’eau pure pour les populations. » Autant de points qui font du parc de Ouarzazate un projet-test dont les résultats sont particulièrement attendus.

(1) Le solaire thermodynamique se décompose en plusieurs technologies (miroirs paraboliques, centrales à tours solaires, etc). Le rayonnement solaire est concentré grâce à des miroirs pour faire chauffer un liquide calorifuge. Celui-ci, porté à près de 400°C est destiné à alimenter une turbine thermique qui produit de l’électricité.

Cet article de Béatrice Héraud a été initialement publié le 13 janvier 2012 sur Novethic, le média expert du développement durable.

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