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innovation politique

Par Rodrigue Coutouly
12-01-2011

Des fermes urbaines dans les cités

Des fermes urbaines dans les cités
La paupérisation et la violence croissantes dans les cités de banlieue inquiètent l'opinion. Mais le personnel politique a bien du mal, hormis quelques coups d'éclats médiatiques et quelques ravalements de façades, à proposer des solutions concrètes qui paraissent utile. En voici une, simple, modeste, mais qui à l'avantage, outre son faible coût, de répondre à la multiplicité des problèmes rencontrés dans ces cités. De quoi s'agit-il ?

Je propose l’installation de jardins urbains, de fermes urbaines, dans les cités des banlieues des grandes villes.

Ces jardins seraient installés sur les toits des barres et des tours, ou dans les étages supérieurs de barres ou de tours désaffectés. Selon les possibilités techniques, il s’agirait de végétaliser les toits, ou à défaut, d’y installer des bacs de culture et des pots. Cela mérite quelques explications.

Est-ce possible techniquement ? Oui, dans la majorité des cas, les dalles des toits des grands ensembles peuvent supporter 300 à 400 kg par m2. Il est donc possible de les végétaliser ou d’installer des bacs de culture. Il faudra y ajouter une source d’eau, des rambardes et un accès par escalier. cela devrait être possible sur la majorité des toits, sauf ceux qui sont encombrés par quantité de cheminées.

Qui s’occupera de ses jardins ? Une coopérative constituée autour des habitants volontaires, cette coopérative pourra employer comme salarié, des jeunes de la cité.

Quelles seront les productions de ces fermes urbaines ? Elles auront à la fois une production potagère et, éventuellement, un élevage de volailles.

Cela sera-t-il coûteux ? Non, on vient de voir que le matériel et les investissements nécessaires seront limités. Assez rapidement, la coopérative ne dépendra que de l’activité et de l’inventivité de ces membres, sans avoir besoin de coûteuses subventions.

Pourquoi installer ces activités sur les toits des cités ? Le développement de l’économie parallèle et des trafics font les choux gras des médias. On oublie trop souvent la cause de ces phénomènes : l’absence de tout projet économique viable pour les jeunes, les difficultés des familles à vivre qui expliquent leur résignation à accepter cette économie souterraine. Certes, les fermes urbaines ne vont pas créer énormément d’emplois, mais elles vont rendre les habitants acteurs actifs d’une activité honnête dont ils pourront être les bénéficiaires. Mettre ces activités sur les toits, c’est à la fois les situer au coeur des cités et, en même temps, protéger l’activité qui pourra être difficilement victime de vols.

Comment fonctionnera la coopérative ? Elle sera constitué sous la forme d’une association loi 1901 constituée par les habitants de la cité adhérents. Ceux-ci participeront au lancement de l’activité, seront les consommateurs de sa production, et fourniront leurs déchets organiques pour alimenter le compost de la ferme. On peut distinguer deux sortes de coopératives. Les coopératives auto-gérées produisent à partir de l’activité bénévole de leurs membres. Le toit devient un lieu de travail collectif, un lieu de vie convivial aussi, d’échanges et de formation aux différentes techniques. Les coopératives de production sont dirigés selon le modèle associatif, mais au service d’une entreprise qui emploie des jeunes de la cité. L’idéal serait l’existence de ces deux systèmes, le premier servant de "pépinière" à l’autre. les jeunes des cités n’ayant aucun technique ou culture dans ce domaine. Les cités ont, par contre, pour habitants, parfois, d’anciens paysans, souvent d’origine maghrébine, dont le savoir est précieux et qui peuvent y trouver, ainsi une source de valorisation.

Les toits sont-ils des espaces trop limités ? Les méthodes de productions potagères intensives permettent de produire d’importantes quantités de légumes sur de petites surfaces en pratiquant l’association de plantes compatibles et la succession des cultures. L’utilisation des engrais organiques des familles de la coopérative permettra de trouver une source d’engrais continue, évitant le recours à des intrants coûteux. On peut envisager aussi d’étendre ce système de fermes urbaines au coeur des cités, lors de la rénovation des cités. Pourquoi, alors, plutôt que de détruire certaines barres, ne pas les transformer complètement ? En enlevant certaines cloisons, et en gardant les dalles et les piliers, on pourrait conserver certains immeubles correctement exposés au soleil, ou transformer les étages supérieurs et rénover les étages inférieurs. Dans ce cas de figure, on pourrait compléter la production maraîchère par un élevage de volailles, utilisant les résidus végétaux pour nourrir les animaux, et le fumier produit comme engrais.

Quel est l’intérêt de ces fermes urbaines ? Outre l’intérêt économique, ces fermes pourront devenir des foyers de partage et d’espoir pour des populations en déshérence, dont on aurait tort de stigmatiser leur supposé inculture. En réalité, ces populations cherchent des motivations pour être acteur de leur vie, ces fermes urbaines pourraient permettre un mieux vivre salutaire et des échanges inter-générationnels. En outre, elles répondent à des enjeux écologiques évidents : produire local, de manière biologique et équitable. Certes, il est improbable que ces activités permettent, à courte terme, la création d’emplois pérennes. Mais elles peuvent être à l’origine de sources secondaires de revenus et d’une meilleure alimentation de la population.

Voir aussi l’article sur la rénovation des grands ensembles dans site personnel de l’auteur.

COMMENTAIRES ( 15 )
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  • On s’en parle demain ?!!!

    18.11 à 18h53 - Répondre - Alerter
  • Mais c’est exactement ça que je veux faire !!!!!

    17.11 à 05h48 - Répondre - Alerter
  • bonjour,

    Je pensais exactement à cela aujourd’hui. Où en êtes vous dans votre réflexion à ce sujet ? Y a t’il des pistes que vous avez pu explorer plus en avant. Des problématiques qui ont été soulevées ? Des discussions avec des acteurs potentiels ?

    cordialement

    13.10 à 03h53 - Répondre - Alerter
  • j’ajoute à tout celà qu’il est important de prendre en considération le climat au cananada, ily aurait sans aucun doute, des périodes mortes....

    28.11 à 16h45 - Répondre - Alerter
  • L’idée est en effet très intéressante. Dans le même genre, il y a les "jardins collectifs d’insertion sociale", en plein Paris...certains se font sur les toits d’immeubles, sur les terrasses ou en pleine terre quand cela est possible.

    24.01 à 19h44 - Répondre - Alerter
  • Oui pour la recherche de solutions qui vont dans ce sens, absolument, et au plus vite ! Je suis juste un peu perplexe quant au coût et la mise en œuvre pour cette idée d’exploitation de jardins agricoles sur des toits de barres. Des bacs de cultures, à la rigueur. Faudrait voir avec 1 ou 2 projets pilotes ?

    Sinon voilà un bel exemple de ce qui semble être en passe d’être une réussite très encourageante.

    http://alter-echos.org/grand-angle/...

    19.01 à 13h29 - Répondre - Alerter
  • J’habite en banlieue et le maire fait régulièrement des réunions publiques ;
    Je crois qu’il est temps qu’on en parle aux décideurs, en public, en soulignant les avantages pour les uns, les autres et la planète tout simplement.
    Car, il me semble qu’il y a urgence à se reconnecter à la Terre.

    19.01 à 10h15 - Répondre - Alerter
  • C’est une nécessité !
    Merci pour ce moment de rêverie pratique dans ce monde en manque de couleurs !
    Il faudra aussi penser étanchéité des toitures, car les toits des barres d’immeubles sont souvent bien poreuses et donc quelques oseilles pour empêcher les grosses infiltrations. Et vérifier que les toitures puissent supporter bien au delà des 300 à 400 KG/M², car quand la terre regorge d’eau, elle prend un sérieux embonpoint !
    L’idée de fermes urbaines que vous véhiculez pourrait largement être adapter pour développer un peu plus l’apiculture.
    Se réveiller au chant du coq au 6ème et voir tourbillonner les abeilles sur l’immeuble en face dans le matin naissant, ce serait chouette, forcément !
    Une thérapie moderne remboursée par la Sécu.

    18.01 à 22h31 - Répondre - Alerter
  • Heva : Bonne piste

    Une idée toute simple, qui selon moi aussi, permet de grandes améliorations du cadre de vie, des relations humaines, de l’espoir en l’avenir...
    Idée qu’on peut appliquer aussi dans les écoles, les thérapies en psychiatrie, ...

    17.01 à 10h47 - Répondre - Alerter
    • Rodrigue Coutouly : étendre le système

      C’est une bonne idée de l’étendre à d’autres lieux, c’est un concept reproductible, il manque cependant de personnes capables d’animer ce type de projet.

      17.01 à 19h18 - Répondre - Alerter
  • Mike - agro-écologiste éclairé : Et si on complétait encore un peu les fermes urbaines ?

    bonjour,

    pour aller un peu plus loin sur l’idée des fermes urbaines, qui commence toute doucement à devenir une réalité par exemple au Québec, on pourrait envisager des productions hyperlocales d’amendements complémentaires à très faibles coûts :
    - fabrication de lombri-compost dans chaque appartement ou maison,
    - fabrication de compost au sol avec les "déchets verts" à proximité immédiate des habitats et des grands ensembles (feuilles, tontes de pelouses, branches cassées...),
    - constitution de BRF au moment des coupes et utilisation directe dans les fermes urbaines,
    etc.
    Si on reprend les principes agro-écologiques et agro-forestiers, appliqués en ville et à l’échelle locale, le potentiel d’amendements gratuits est gigantesque, plutôt que de gâcher tous ces "déchets verts" qui représentent un coût inutile supporté par la communauté :-s

    Qu’en dites-vous ?

    17.01 à 09h38 - Répondre - Alerter
    • Vous avez raison et cela d’autant plus que cela ne marche que si on récupère des engrais verts que l’on va chercher chez les habitants et les consommateurs.
      C’est une clé de la réussite dans les cités : parce que l’on donne, on reçoit.

      17.01 à 19h20 - Répondre - Alerter
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A PROPOS

Principal de collège, agrégé d’histoire-géographie, j’ai été, dans une autre vie, technicien forestier à l’Office national des forêts et j’ai travaillé en Afrique sahélienne.

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