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Les climato-sceptiques nous éloignent de l’action

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Les climato-sceptiques nous éloignent de l'action
(Photo : Claude Allègre. Image : Karine Le Loët)
 
Pour préparer le sommet sur le climat de Rio en 2012, allons au-delà des polémiques stériles entretenues en France par des scientifiques plus présents dans les médias que dans les revues de référence.
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Comprendre les évolutions du climat, en déterminer les causes, identifier les raisons et leviers d’action. Tel est, depuis le message d’alerte lancé en 1972 par le Club de Rome, l’enjeu majeur des négociations climatiques internationales. Depuis quelques années, ce message se heurte en France à un climato-scepticisme bon teint. Entre « le Grenelle, ça suffit » et le récent coup de frein sur les énergies renouvelables (solaire et éolien notamment), notre pays peine à s’inscrire dans la dynamique internationale. Un an après l’électrochoc de Copenhague, le monde a pourtant montré sa détermination et sa volonté d’action à Cancún…

La France en particulier, et l’Europe plus généralement, étaient particulièrement absents. Faute de solutions, de créativité, d’innovation ? Probablement pas. Mais faute de volonté claire d’agir, probablement. Et nous pensons que cela est en particulier la conséquence d’un climato-scepticisme larvé et malicieux.

Est-ce parce qu’on est lent à trouver des solutions contre le changement climatique que l’on doit pour autant casser le thermomètre ? Telle est la question que nous posent les climato-sceptiques, notamment en France. Leurs prises de position s’habillent de rhétorique scientifique, elles s’expriment pourtant beaucoup plus sur les plateaux de télévisions et dans les magazines d’actualité que dans les revues scientifiques à comité de lecture. Censure ? Ostracisme ?

A l’invitation de Valérie Pécresse, l’Académie des Sciences a provoqué le 20 septembre dernier un débat scientifique sur le changement climatique. Ceci était une réponse à la communauté des climatologues qui ont envoyée une lettre à la ministre de la Recherche dénonçant les agissements de Claude Allègre et d’autres auteurs qui « oublient les principes de base de l’éthique scientifique ». Loin de vouloir démontrer la pertinence de ses arguments devant la communauté scientifique, Claude Allègre est parti au bout d’une heure, en catimini, montrant par là le peu de fondement scientifique de son propos. Et c’est bien là le problème !

La prise de position du climato-scepticisme français s’habille de vernis scientifique mais est éminemment politique. Or, alors que le processus politique de lutte contre le changement climatique, enlisé, nécessite un leadership fort, les climato-sceptiques français créant la controverse, rendent psychologiquement moins urgent l’infléchissement des comportements, et installent le doute : « le développement durable, ça suffit ».

Il est à noter, cependant, qu’une divergence existe entre les climato-sceptiques assumés, qui se trouvent être anglo-saxons, et les climato-sceptiques mondains, presque tous français, qui distillent le doute sans rentrer dans l’argumentation contradictoire. En effet, les Anglo-Saxons présentent de manière transparente la liste de leurs financeurs et rendent public le détail de leur argumentation technique. Ainsi, le débat en devient plus efficace parce que plus clair et plus large. En contradiction, le modèle français relève de la tarte à la crème. Il consiste à déstabiliser par des saillies verbales, puis à tourner le dos à tout débat. La fuite de Claude Allègre à l’Académie des Sciences en est un exemple éloquent.

« Vous êtes ce que vous faites » , disait Severn Cullis-Suzuki au Sommet de Rio en 1992. Le débat entre les climato-sceptiques et les climato-réalistes français nous éloigne de l’action. N’était ce pas pour cela que la COP 16 de Cancún s’est tenue dans une quasi indifférence médiatique en France ?Allons-nous célébrer les vingt ans du Sommet de Rio dans un marasme climatique européen, perdant à la fois la bataille de l’innovation et celle du climat, et laissant l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est s’enliser dans l’adaptation à des phénomènes dont la cause est connue ?

L’urgence d’agir est éminente. Dans un rapport (1) sorti en septembre 2010, la Deutsche Bank, après avoir interrogé des spécialistes mondiaux du climat, montre que les arguments des climato-sceptiques reposent sur des erreurs grossières mais freinent les investisseurs dans la lutte contre le changement climatique.

En France, les changements récents et répétés des stratégies gouvernementales d’accompagnement de l’éolien, du solaire et de l’économie carbone, que ce soit sur la taxation ou l’investissement, ont mis à mal la compétitivité de la filière, durablement. Alors que les climato-sceptiques brandissent le mythe de l’innovation en réponse à des évolutions climatiques que par ailleurs ils contestent, la publicité accordée à leurs prises de position conduit à freiner fortement l’innovation verte, et à accélérer le changement climatique, tout en rendant chaque jour notre pays plus loin de mener à bien les chantiers de la transition vers une économie « bas carbone ». Cette évolution est-elle irréversible ? Nous pensons que non.

(1) « Climate Change : Addressing the Major Skeptic Arguments »

Les auteurs s’expriment ici à titre personnel

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Nicolas Imbert est directeur de Green Cross France et Territoires. Green Cross, ONG créée par Mikhaïl Gorbatchev en 1993, se focalise sur le lien entre environnement, économie et société. Par des actions de plaidoyer et des projets concrets, elle s’engage pour un futur plus durable, à travers ses 34 organisations nationales.

Cofondateur des Ateliers de la Terre.

8 commentaires
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RÉPONSES DE LA RÉDACTION
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  • Nous n’aurions pas dit mieux, et nous l’aurions moins bien dit : le CNRS, sous la direction d’Alain Fuchs, effectue une synthèse des éléments qui font consensus sur le climat, et montre bien que le discours climato-sceptique français n’est pas un discours scientifique, mais des propos en l’air qui ne résistent pas à l’épreuve des faits.

    A lire sur http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2011/05/climat-le-cnrs-r%C3%A9pond-%C3%A0-claude-all%C3%A8gre.html#tp

    27.05 à 15h02 - Répondre - Alerter
  • Nous n’osions l’évoquer ! Après leur fuite de l’Académie des Sciences et leur refus du débat contradictoire, voilà que les climato-sceptiques veuillent faire héberger leur association par l’institut, afin d’entretenir plus encore l’illusion d’une caution scientifique qui, en France, ne résiste pas aux faits.

    Article du monde, 4 mars 2011

    4.03 à 23h02 - Répondre - Alerter
  • Afin d’apporter un socle scientifique robuste aux négociations et de consolider, pour mieux les comparer, les travaux climatiques conduits dans les différents pays du monde, les Nations Unies ont créé le GIEC, ou Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat, en 1988. Ce groupe d’expertise synthétise des travaux menés dans les laboratoires du monde entier. Il ne produit pas de point de vue propre mais rend compte de manière consolidée de l’avancée de la recherche scientifique, et en met en avant les progrès comme les points de débat. La qualité de ses travaux, maintes fois reconnue, fut sanctionnée par un Prix Nobel en 2007, conjoint avec Al Gore.

    Les travaux du GIEC, et ceux plus précisément visés du Climate Research Unit, qui avaient fait l’objet de controverses ont finalement reçu un affidavit de la communauté internationale, confirmant, s’il en était besoin, l’honnêteté et la rigueur de travaux effectués sur le réchauffement climatique.

    Le problème n’étant pas la critique mais les éléments servant l’argumentation de cette critique.

    20.01 à 17h08 - Répondre - Alerter
    • jipebe29 : @GJG

      Vous oubliez plusieurs éléments.
      1) Le GIEC n’a pas pris en compte les publication n’allant pas dans le sens du RCA
      2) Le GIEC a sorti de son chapeau pointu diverses hypothèses ne provenant d’aucune publication à comité de lecture : le rôle pivot du CO2 sur T et les rétroactions positives. Donc, il n’a pas respecté sa charte déontologique.
      3) Il y a eu effectivement des opérations de "blanchiment", qui sont une véritable honte.
      4) Mais le sévère rapport de l’IAC a révélé les graves dysfonctionnements du GIEC, ce qui nous permet donc de douter de l’objectivité de ce dernier....

      10.02 à 16h18 - Répondre - Alerter
      • André Laffond : @GJG

        Que des assertions, aucune preuve - une belle illustration de ce type de message "canada dry", qui veut se donner les apparences du sachant mais qui tient de l’affirmation gratuite. Et je constate de plus que jipebe29 est spécialiste des messages climatosceptiques publipostés dans les forums. Mais pour qui ?

        11.02 à 00h46 - Répondre - Alerter
        • jipebe29 : @André Laffont

          1) Pour qui ? Pour que le débat s’installe et que les doutes raisonnables que nous avons puissent être diffusés auprès des citoyens qui sont victimes d’un terrible matraquage médiatique. La science est faite de doutes, l’auriez-vous oublié ? Et la climatologie n’est pas encore mature, compte tenu de son extrême complexité nécessitant la participation de nombreuses disciplines scientifiques. Et je précise que je ne suis financé par personne (dommage pour mon compte en banque), et que je sème ma prose à titre purement personnel, car je suis horripilé par la désinformation et les mensonges que l’on nous assène régulièrement avec une parfaite mauvaise foi.

          2) Il est facile de dire avec morgue et dédain que je ne fais que du verbiage. Mais, ce faisant, vous ne prouvez rien du tout et vous n’apportez aucun argument solide pour contredire mes points 1,2, 3 et 4. Technique classique chez les carbocentistes qui refusent le débat, campés dans leurs certitudes et refusant la prise en considération des données d’observation qui mettent en défaut les projections des modèles numériques du GIEC. Dites-moi, par exemple, quelles sont les publications à comité de lecture relatives au rôle pivot du CO2, ou quelles lois physiques justifient le concept de forçage radiatif, qui viole allègrement la seconde loi de la thermodynamique. Et dites-moi pourquoi le GIEC n’a retenu que des contre-réactions positives, alors que l’on n’en sait rien du tout et que ce ne sont que des hypothèses arbitraires.

          11.02 à 01h29 - Répondre - Alerter
  • Bel article, un propos clair et construit...

    Dommage que la première réaction soit celle d’un climato-sceptique notoirement connu, avec un verbiage qui donne l’impression de la rigueur d’un propos scientifique mais n’est que le copier-coller d’un argumentaire partisan et biaisé à laquelle la réunion de l’Académie des Sciences a désormais mis fin dans la sphère scientifique.

    Plus que jamais, nous avons besoin de dossier comme celui-ci...au delà de l’argumentaire général se développement des argumentaires anti-éolien, anti-solaire, anti-efficacité énergétique, issus du même moule.

    11.01 à 15h46 - Répondre - Alerter
  • 1) Dans le domaine scientifique, le doute permanent est de rigueur. Dans le domaine climatique, nous observons, hélas, que toute critique est réfutée avec violence et agressivité. Un tel comportement n’est pas normal, et montre bien que les travaux du GIEC se situent plus dans la sphère du politique que dans celle du scientifique.

    2) Rappelons que le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) est par nature lié au politique, ce qui, dans le domaine scientifique, n’est pas acceptable, car le temps du politique et le temps de scientifique ne sont pas comparables et, en ce qui concerne le climat, nos connaissances actuelles ne sont pas en mesure de répondre aux demandes précises du politique. Notons que le mode de fonctionnement du GIEC a subi de graves dérives, stigmatisées par le sévère rapport de l’IAC.

    3) Par ailleurs, les données d’observation réfutent les modèles numériques du GIEC : stabilisation de la température globale depuis 11 ans, léger refroidissement des océans (mesures des 3300 sondes ARGO), montée de océans de moins de 1 mm/an et absence de point chaud en zone tropicale. En outre, de nombreuses publications mettent à mal les hypothèses de base du GIEC (forçage radiatif, rôle pivot du CO2, rétroactions positives).

    4) Donc, soit on fait confiance, aveuglément, aux modèles, et alors aucune critique n’est acceptée et les données d’observation sont réfutées ou, au mieux, minimisées, soit on fait confiance aux données d’observation et alors il faut revoir les modèles. Je pense que la seconde proposition est la plus raisonnable.

    8.01 à 01h35 - Répondre - Alerter
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