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6-08-2010
Mots clés
Alimentation
Agriculture
France

Quel est le juste prix du lait ?

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Quel est le juste prix du lait ?
(Crédit photo : Olaf (Flickr))
 
C’est la crise dans la grande famille du lait. Producteurs, coopératives et industriels ne parviennent pas à s’entendre sur les tarifs à la sortie des fermes. « Terra eco » a examiné les propositions des différentes parties. Revue de détails.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Le juste prix du lait est-il… 313 euros la tonne maximum ?

Soit le tarif le plus proche du prix allemand. C’est la position des industriels laitiers (Lactalis, Bongrain) regroupés au sein de la Fédération nationale des industries laitières. Ils souhaitent limiter le prix du lait acheté aux producteurs à 313 euros la tonne, contre 295 euros actuellement. Ceci afin d’éviter « un décalage significatif » avec les prix pratiqués en Allemagne. « Les conséquences (d’une hausse plus importante) seraient dévastatrices pour toute la filière, industriels comme producteurs : cela conduirait à une diminution de nos exportations tandis que s’accroîtrait l’importation en France de produits laitiers européens moins chers », estiment-ils dans un communiqué.

Bilan : Cette solution garantit la compétitivité de la filière laitière française (voir ci-dessous). 80 000 producteurs et 60 000 employés dans le secteur de la transformation travaillent aujourd’hui dans le lait. Mais ce prix ne suffit pas à rémunérer correctement les producteurs.

Le juste prix du lait est-il… 326 euros ?

Soit un tarif qui répercute la hausse du prix de la brique dans les supermarchés. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) rappelle qu’en 2009, « les prix d’achat aux producteurs ont été réduits drastiquement suite à la baisse de la demande ». A tel point que ceux-ci ont perdu en moyenne 50% de leurs revenus (les prix sont descendus jusqu’à 200 euros au plus fort de la crise). « Cette année, le marché est en reprise, le prix du lait vendu dans le commerce augmente et nous voudrions que cela soit répercuté sur les prix du lait acheté aux producteurs », avance Florence Loyer, chargée des questions économiques à la FNPL. La fédération a fixé une augmentation minimum de 31 euros par tonne de lait par rapport aux tarifs en vigueur actuellement, soit un prix moyen à la tonne d’environ 326 euros. Elle a adressé un ultimatum aux industriels qui doit s’achever le 12 août. Après cette date, le ton des producteurs de lait pourrait monter d’un cran.

Bilan : Cette solution semble être la plus conciliante. C’est pourtant celle qui est défendue avec les méthodes les plus virulentes…

Le juste prix du lait est-il… 400 euros ?

Soit le prix qui rémunère correctement le producteur. Le syndicat minoritaire OPL (Organisation des producteurs de lait) a calculé que le coût de production d’une tonne de lait s’élève à 313,50 euros. Il demande une rémunération de 86 euros pour le producteur, et aboutit donc à un prix d’achat de la tonne de lait à 400 euros. « En tenant compte des aides actuelles de la PAC (Politique agricole commune, ndlr), il faudrait un prix d’achat de 350 euros la tonne. Mais dès 2012, les aides vont baisser et il faudra sûrement 400 euros », confirme Pascal Massol, président de l’Association nationale des producteurs de lait indépendants. « Rémunérer le producteur est le seul moyen pour stopper la course à la productivité », justifie-t-il. « Aujourd’hui, le producteur est contraint de faire des économies sur tout. Même les vaches sont menacées. Pour faire des économies, on les nourrit avec beaucoup trop de maïs et de soja. Cette alimentation déséquilibrée, trop acide, fait qu’elles accumulent trop de toxines et trop d’acides gras », ajoute-t-il.

Bilan : Ce tarif est suffisant pour rémunérer les éleveurs et améliorer les conditions d’élevage. Mais c’est 100 euros de plus que le tarif actuel. Le prix de la bouteille de lait, aujourd’hui situé entre 60 centimes et 1,10 euro, augmenterait d’au moins 25%.


COMMENT BÂTIR UN SYSTÈME DE NÉGOCIATION DES PRIX DURABLE ?

Le système laitier français repose aujourd’hui sur la Maison du lait, structure interprofessionnelle où siègent les fédérations des producteurs, des industriels et des coopératives. Elles s’y réunissent pour s’entendre sur les moyens de promotion du secteur mais aussi pour s’accorder chaque trimestre sur les évolutions des prix d’achat du lait. Les quarante millions d’euros de budget de la structure proviennent de la contribution volontaire obligatoire, payée par les producteurs sur chaque litre de lait collecté. Depuis quelques années, cette structure historique est contestée et émergent de nouveaux mouvements comme l’Organisation des producteurs de lait, section laitière de la Coordination Rurale, la Confédération paysanne et l’Association nationale des producteurs de lait indépendants (Apli). Voici les pistes envisagées pour améliorer l’ambiance familiale.

Des contrats signés à l’avance

Pour la Fédération nationale des producteurs de lait, la solution passe par la loi de modernisation de l’agriculture, adoptée par les députés en juillet dernier. Pour Florence Noyer, sa chargée des questions économiques, elle doit « rééquilibrer le rapport de force entre producteurs et industriels », pour que les producteurs « ne soient plus le maillon faible de la filière ». Cette loi doit en effet permettre de « formaliser la relation commerciale entre producteurs et acheteurs avec des contrats mentionnant le prix et les volumes négociés à l’avance, (…) ce qui n’est pas du tout le cas actuellement » . « Toutes les mesures ne sont pas encore détaillées dans la loi et seront précisées via un accord interprofessionnel ou via un décret. Nous y serons très attentifs. », précise-t-elle toutefois.

Une union européenne des producteurs ?

L’Apli veut mettre fin aux prérogatives de l’interprofession laitière. Elle estime que les producteurs n’ont pas assez de poids dans cette structure. « Les 80 000 producteurs français sont le dindon de la farce car non seulement on nous achète notre lait à trop bas prix alors que les industriels et la grande distribution font leur marge. Mais en plus nous sommes les seuls à financer l’interprofession laitière où ce sont les industriels qui règnent en maître », s’insurge le président Pascal Massol. L’Apli milite donc pour un système de centrale d’achat européenne qui « permettrait aux producteurs de l’Union de se mettre d’accord mais aussi de peser ensemble dans les discussions avec les industriels ».

Baser le calcul du prix du lait sur une série d’indicateurs et notamment sur l’écart de prix avec l’Allemagne ?

La Fédération nationale des industries laitières (Fnil) souhaite « mettre en œuvre un nouvel indicateur (de calcul du prix du lait, ndlr) prenant en compte, en particulier, l’écart de prix du lait avec l’Allemagne ». Interrogée par Terra eco sur l’hypothèse que cette méthode de calcul puisse remplacer le système actuel de négociations trimestrielles avec les producteurs, la Fnil n’a pas souhaité répondre.
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