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29-10-2014
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Charbon : comment votre banque investit-elle ?

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Charbon : comment votre banque investit-elle ?
(Légende : une mine de charbon à Bihar, en Inde - Crédit : Kjetil R - Wikimedia)
 
BNP Paribas a beau promettre d'« agir contre le changement climatique », elle est l'établissement français qui met le plus de billes dans la houille à l'étranger. Mais juste devant la Société générale et le Crédit agricole.
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En partenariat avec le réseau international BankTrack, l’ONG Les Amis de la Terre publie un nouveau rapport intitulé : « L’argent sale des banques françaises ». Elle y analyse les investissements directs et indirects des banques privées dans le secteur du charbon. Voici ses principaux résultats :

- Des investissements globalement en hausse

Le rapport distingue trois types d’investissement. D’abord, le financement direct de projet. C’est ce canal-là qu’emprunte BNP Paribas lorsqu’elle investit dans la construction de la centrale à charbon de Tata Mundra, en Inde, ou des mégacentrales sud-africaines de Kusile et de Medupi. Deuxième soutien, plus indirect : les prêts accordés aux entreprises qui mènent des projets miniers. Par exemple ? Les géantes Alpha Natural Resources ou Arch Coal, qui financent des chantiers où l’on pratique le « moutaintop removal » (l’étêtage de sommet montagneux). Dernière possibilité, plus sournoise celle-là, jouer les agents pour ces sociétés minières ou ces opérateurs de centrales, en les aidant à émettre des actions et des obligations sur les marchés financiers et à les gérer.

Sur tous les fronts, les banques engagent toujours plus de billes. Résultat : au moins 2 283 transactions financières pour plus de 373 milliards d’euros financés entre 2005 et avril 2014 (1). Des chiffres à la croissance spectaculaire : « Les soutiens des banques commerciales au charbon ont crû de 361,20% entre 2005 et 2013, atteignant les 67 milliards d’euros en 2013, soit plus de 4 fois leurs montants en 2005 », précise le rapport.

- Les Français bien placés

Sur les 373 milliards d’euros versés au secteur, 30,035 milliards sont directement issus des poches des banques françaises : soit 8% ! Un score qui place le secteur bancaire français en 4e position, (loin) derrière la Chine et les Etats-Unis. Derrière le Royaume-Uni également. Et chez nous aussi, les investissements sont en nette hausse, puisqu’ils ont augmenté de 218% entre 2005 et 2013. Au classement des Amis de la Terre, c’est la BNP Paribas qui remporte la palme avec a minima 15,6 milliards d’euros versés au secteur depuis 2005. A elle seule, la banque représente 52% des soutiens français au charbon. Viennent ensuite le Crédit agricole et la Société générale qui pèsent ensemble pour 41%. Ironiquement, « les trois premières banques françaises qui ont le plus financé le secteur du charbon entre 2005 et avril 2015 sont aussi celles les plus éloquentes en matière d’engagement à lutter contre le changement climatique ». Et le rapport de citer les messages marketing de BNP Paribas – « Agir contre le changement climatique » –, du Crédit agricole – « Accompagner la transition énergétique » – et de la Société Générale – « Réduire notre empreinte carbone ».

- Peu de transparence

Certes, les rapports RSE et de développement durable existent. Dans ces pages, « la plupart des grandes banques publient des chiffres sur leurs financements au secteur des énergies renouvelables », précise le texte. Mais sur leur soutien aux énergies fossiles, rien ou presque. « Dans son rapport RSE de 2013, BNP Paribas affirme qu’elle a soutenu les énergies renouvelables à hauteur de 6,5 milliards d’euros – sans d’ailleurs dire depuis quand –, mais elle ne dit rien sur les plus de 15 milliards d’euros de financement pour le secteur du charbon depuis 2005 ! », souligne Lucie Pinson, chargée de campagne pour Les Amis de la Terre. Certes encore, les banques s’engagent sur des politiques sectorielles, s’interdisant d’investir dans tel ou tel projet jugé trop nocif pour l’environnement. « Mais si elles visent la production d’électricité à partir du charbon, elles ne visent pas spécifiquement l’extraction minière, sauf dans le cas du moutaintop removal  », souligne Lucie Pinson, qui pointe, même dans ce cas-là, trop d’exceptions. Si les rapports RSE entretiennent le flou, ils sont bien clairs en revanche sur le montant des émissions émanant directement des locaux des banques (chauffage de leurs bureaux, alimentation électrique…) Une belle initiative ? Non, « c’est ridicule, tout le monde sait que le premier poste d’émissions, ce sont les émissions financières, pas les émissions directes », s’agace la chargée de campagne. « Les émissions directes de [la Société générale] représenteraient [par exemple] 0,05% de ses émissions financées ! », assure le rapport.

- Tranquilles, les banques ?

Grosso modo, oui. Car si les pays tentent au moins quelques efforts pour en finir avec les subventions publiques versées aux énergies fossiles via les banques publiques de développement, les banques multilatérales et, parfois mêmes, les agences de crédit aux exportations (ce n’est pas le cas de la France), les banques privées échappent encore à la traque. Et n’ont aucun compte à rendre. « Les banques sont les grandes oubliées de la loi sur la transition énergétique, estime Lucie Pinson. Avec Oxfam, nous avions poussé pour que soit au moins rendue obligatoire la publication des émissions financières, mais nous avons fait chou blanc. » Alors que faire ? Tenter de faire bouger les lignes en informant les clients des banques. « On voit à travers leur politique de communication que les banques sont très sensibles à leur image. Les clients peuvent interpeller leur banque, demander des comptes sur l’utilisation de leur argent », estime la chargée de campagne des Amis de la Terre. Aussi l’ONG publie-t-elle un guide sur l’impact des banques sur le climat « pour aider les clients à choisir leur banques en fonction de leur impact sur le climat et le respect de l’environnement ».

(1) Selon le rapport, « ces données ne couvrent que 52% de l’industrie minière du charbon et 53% de celle de la production d’électricité à partir de charbon, et n’inclut pas les soutiens financiers également très importants des banques aux infrastructures de transport qui accompagnent le développement de projets charbon au niveau mondial ».

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