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2-07-2015
Mots clés
Energies
France
Interview

« Avec la canicule, les centrales nucléaires risquent de ne plus pouvoir produire »

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« Avec la canicule, les centrales nucléaires risquent de ne plus pouvoir produire »
(Crédit photo : Fred-niro - Wikimedia)
 
Malgré la chaleur, nos réacteurs peuvent continuer à se refroidir, explique la physicienne Monique Sené. Mais pour approvisionner le pays en électricité, c'est une autre histoire…
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Ces derniers jours, le courant a déjà sauté dans près de 600 000 foyers français, la faute aux appareils de mesure de la tension et de la puissance du réseau électrique qui ont pris un coup de chaud. Et si le black-out devenait général ? Car si les champs ou les infrastructures ferroviaires souffrent de la chaleur, les centrales nucléaires trinquent aussi en cas de canicule. Monique Sené est physicienne et présidente du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (Gsien).



Terra eco : Que risquent les centrales nucléaires avec les épisodes de canicule ?

Monique Sené : Tout dépend des réacteurs et de l’eau qui permet de les refroidir. Certains ont une prise directe et vont pomper entre 40 et 45 mètres cubes d’eau par seconde. D’autres disposent d’une tour de refroidissement et pompent donc moins d’eau dans les rivières pour fonctionner, disons de l’ordre de deux mètres cubes par seconde, pas plus. Le premier problème lors des canicules, c’est que l’eau pompée par les centrales soit trop chaude. Si elle dépasse les 28°C, elle ne peut plus être utilisée pour le refroidissement. Le deuxième risque, c’est que le cours des fleuves soit trop bas. C’est souvent le cas avec la Vienne, par exemple. Sous un certain niveau, les centrales ne peuvent plus prélever d’eau, au risque d’assécher les cours. Enfin, le troisième problème concerne plutôt l’après-production. Les centrales rejettent des effluents radioactifs. En dessous d’un certain débit, elles n’ont plus le droit de les disperser et doivent les stocker en attendant que le niveau du fleuve remonte. Sauf que ce stockage n’est pas illimité dans le temps, ce qui poserait problème si la canicule venait à durer.

Est-ce que l’on a déjà connu ce genre de cas ?

Non, nous n’avons jamais connu de gros incidents à cause de la chaleur. A Fessenheim (Haut-Rhin), en 2003, l’eau a atteint les 30°C sur les bords du Grand Canal d’Alsace. L’eau plus profonde était plus fraiche, donc elle pouvait toujours être utilisée, mais c’était limite. La Garonne aussi a atteint les 30°C cette année-là. La centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) a même obtenu une dérogation pour continuer à produire, mais en quantité restreinte.

Est-ce que ces trois problèmes sont liés à un manque d’anticipation ?

Pas vraiment. Les centrales ont été conçues pour fonctionner entre -15°C et +30°C. On ne pouvait pas savoir que l’on serait de plus en plus régulièrement amenés à dépasser cette température. Mais il y a toujours des solutions de secours. On peut, par exemple, ouvrir un barrage en amont d’une centrale pour renflouer ou refroidir un cours d’eau, par exemple.

Et si cela ne suffit pas, c’est l’arrêt de la production ?

Exactement. L’enjeu n’est pas tant en termes de sécurité pour les centrales, mais plutôt en termes d’approvisionnement. Avec la canicule, les centrales risquent de ne plus pouvoir produire. Le problème, c’est que l’on a besoin de cette électricité. L’été, on s’éclaire et on se chauffe moins, mais il faut de l’électricité pour les climatisations. Et puis, il faudra toujours assurer un minimum de production pour les hôpitaux, par exemple. Notre problème, c’est que l’on dépend à 75% du nucléaire. Nous n’avons pas assez d’éolien, de photovoltaïque ou de géothermie pour tenir en cas d’arrêt des centrales. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de la loi sur la transition énergétique : ne plus dépendre d’une seule source d’énergie.

Si les canicules venaient à se multiplier à l’avenir, qu’est-ce que l’on pourrait faire ?

Les centrales qui sont en bord de mer, comme Gravelines (Nord), Paluel (Seine-Maritime), Flamanville (Manche) ou Le Blayais (Gironde) sont moins vulnérables à la chaleur. Après, il faudrait réfléchir à de nouvelles méthodes de refroidissement et de stockage, mais les travaux d’analyse en termes de possibilités et de coûts sont loin d’être terminés. Compte tenu du vieillissement des installations, je pense qu’à partir du moment où la centrale a atteint sa limite de fonctionnement il est bon de l’arrêter au lieu d’essayer de prolonger sa production à tout prix. A nous ensuite de réduire l’importance du nucléaire. Passer sous la barre des 50% serait déjà une bonne étape.

A lire aussi sur Terraeco.net :
- « Non, fermer Fessenheim ne fera pas 2 000 chômeurs de plus »

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16 commentaires
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  • Et si on développait la maison passive ? ce serait 3 fois moins de besoins d energie...

    23.07 à 22h21 - Répondre - Alerter
  • Excellents commentaires

    Reste que le plus grand pouvoir est celui du consommacteur ;

    Tous à Enercoop pour l’élec,
    Aux CIGALES ou à Energies partagées pour nos investissement ,
    A vélo et en transport en communs pour les déplacements ,
    Aux AMAP pour la nourriture de base ,
    A vos rénovations thermiques pour ceux qui peuvent ,

    ect

    Il n’y a qu’ ainsi que nous pouvons préserver notre avenir et celui de nos enfants

    8.07 à 13h14 - Répondre - Alerter
  • Une des solutions alternatives de production d’énergie les plus originales qui m’ait été donné d’étudier est la suivante : au lieu de dépenser encore plus d’énergie avec le conditionnement d’air des data centers, il suffirait de récupérer la chaleur émise (donc même résultat sur le plan du confort et de la sécurité des installations concernées) et de la transformer en énergie puis de la revendre à EDF ou de la réutiliser sur place. Mais voilà, au delà de la contrainte technique pour l’utilisateur, il s’agit aussi de briser l’inertie (pour ne pas dire la résistance) d’EDF et de sa technocratie qui ne comprend rien (ou ne veut rien comprendre) à l’écologie et au développement soutenable. Le changement de nos habitudes passe surtout par un changement d’attitude des politiques et des élites managériales, englués dans leur conformisme et sujets à la pression des différents lobbies. D’une façon globale, d’après ce que j’en sais, la production et la distribution d’énergie alternative passe par une multitude de "petits producteurs" et des réseaux locaux de distribution : cela s’appelle la société des réseaux ; cette mise en réseau ne fait pas l’affaire des technostructures et des entreprises à tendance monopolistique comme EDF ou GDF-Suez. Mais de même que Wikipédia a détrôné les vendeurs d’encyclopédie en 40 tomes payables sur 4 ans, de même que les logiciels en "open-source" ont mis à mal Microsoft en l’obligeant à revoir sa politique tarifaire, de même que Blablacar s’impose comme un "nouveau voyagiste", de même que .... (je pourrais multiplier les exemples !!!) il est raisonnable de penser que la société des réseaux finira bien un jour par aussi s’imposer dans le domaine de la production-distribution d’énergie. Pour cela, il suffit que nous, citoyens et consommateurs nous nous y investissions en partciculier en faisant du lobbying auprès de nos chers (très chers) politiciens. C’est comme pour le maintien des centrales nucléaires : la solution est dans l’altérité, pas dans le replatrage des vieilles techniques !!!!

    7.07 à 09h25 - Répondre - Alerter
  • Comment convaincre la population d’envisager une baisse de la part d’énergie d’origine nuclaire dans la production Française : Ecrivez un article pseudo technique complètement bidon avec une conclusion sans rapport avec le reste, et publiez le. Le tour es joué.

    4.07 à 12h01 - Répondre - Alerter
  • « Compte tenu du vieillissement des installations, je pense qu’à partir du moment où la centrale a atteint sa limite de fonctionnement il est bon de l’arrêter au lieu d’essayer de prolonger sa production à tout prix. »

    C’est exactement ce qu’EDF veut faire… rafistoler ses centrales vieillissantes pour prolonger leur durée d’exploitation jusqu’à 60 ans. C’est le projet grand carénage (carnage ?).

    http://www.usinenouvelle.com/articl...

    4.07 à 11h20 - Répondre - Alerter
  • énergie libre ah oui c’est vraie cela n’existe pas et Nicolas tesla était un illuminé la fusion froide est aussi une invention de cerveaux malade et le moteur a air de Guy négre idem de la pure folie le nucléaire au thorium n’existe évidement pas etc...la liste est longue je vie vraiment dans un monde complétement débile et surtout très dangereux pas évident de vivre dans une telle médiocrité morbide !!!!

    3.07 à 21h08 - Répondre - Alerter
    • En partie d’accord avec vous, il existe des solutions alternatives, mais vos exemples ne sont pas les plus judicieux avec par exemple la voiture de nègre. Pour mettre de l’air comprimé à 350 bars dans un réservoir il faut dépenser de l’énergie en amont, la voiture ne pollue pas ou que très peu, elle, mais en amont il faudrait que la recharge soit réalisée avec de l’énergie renouvelable ... au final bof bof bof !! .

      4.07 à 10h14 - Répondre - Alerter
  • Bonjour Kiss 74,

    effectivement il faudra des décennies pour que les énergies renouvelables puissent produire à 100% l’énergie électrique en France. D’après l’ademe (agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie) si un fort soutient politique est engagé dès maintenant, la France pourra être à 100% dès 2050, elle a remis son rapport cette année au gouvernement. Donc ça fait 35ans pour passer en douceur des 75% d’électricité produite par le nucléaire à 0% et de 10 à 100% en renouvelable (éolien, hydraulique, photovoltaïque...)
    L’idée aussi est de mieux isoler les foyers, moins consommer d’énergie, avoir des réseaux de production électrique gérés individuellement ou à plusieurs.
    Ce scénario est possible, réaliste, faisable, il permettrai à la France et à d’autres pays d’être autonomes énergétiquement. Ceci éviterai de faire des compromis intolérables avec des pays producteurs de gaz comme la Russie, de plier sous les industries nucléaires, de saccager le sol et la biodiversité de certains pays producteurs d’uranium... Uranium qui comme toutes énergies fossiles est épuisable. Tout cela est propice aux conflits et aux guerres.
    Pour l’instant, j’ai l’impression que les gouvernements préfèrent rester dans cette logique d’interdépendance malsaine plutôt que de garantir au pays son autonomie énergétique totale et plus propre (de la production à la consommation).
    Mettons notre intelligence pour produire de l’énergie à partir des éléments naturels non polluants et illimités comme l’air et le soleil, développons les filières de récupération de matériaux, de réparation, de recyclage, de création... Si le budget de recherche du renouvelable était comparable à celui du nucléaire, il y aurait encore davantage de solutions.
    La transition énergétique permettrait la création de centaines de milliers d’emplois, porteurs de sens, car chacun de ces métiers vont dans une direction permettant la soutenabilité de notre société dans un monde qui s’épuise. Selon moi cela créerait une cohésion dans la nation, un objectif commun, indispensable à atteindre, avec des solutions locales et globales.

    3.07 à 15h34 - Répondre - Alerter
  • Mettre l’accent sur les logements autonomes ! tous les logements !
    voilà une solution pour consommer moins... beaucoup moins.
    mais ça n’arrangerait pas les affaires de l’industrie nucléaire, qui se passent de lobbies, l’état s’en charge...

    3.07 à 11h41 - Répondre - Alerter
  • Pour pouvoir arrêter le nucléaire, faudrait diminuer radicalement les dépendances au tout électrique. 1 exemple : il y a des moyens autres que les climatiseurs pour maintenir une certaine fraîcheur : fermer les volets, mais totalement pour laisser juste 1 filet d’air passer par les fenêtres également légèrement entrouvertes. Ainsi l’air même chaud se refroidit en circulant. J’habite 1 appartement situé est-ouest et ne subit nullement les 40°C.

    Cela peut être adapté dans les lieux publics, mais la plupart du bâti actuel fait plutôt dans le design aseptisé et fermé : donc peu d’ouvertures manuelle possibles.
    L’utilisation des ventilateurs est moins énergivore et 1 éventail ne fait pas de mal au poignet. Tous les domaines de consommation doivent être révisés, de toute façon.
    Terre/eau/air...tout est souillé, empoisonné ou détruit !

    Mais le culte de la facilité, de la paresse et de l’impatience, est dur à casser pour la plupart qui vivent dans l’illusion d’être civilisé(e)s en possédant 10000 gadgets polluants et énergivores. Ce sont les consommateurs qui doivent se ré-éduquer, car n’espérez pas grand chose de leurs élu(e)s, soumis(e)s qu’ils sont à leur soif de pouvoir et aux multinationales, leurs commanditaires.

    3.07 à 11h05 - Répondre - Alerter
  • Faudrait peut-être aussi supprimer tout simplement le nucléaire...les canicules se multiplient ça n’inquiète personne ce réchauffement climatique.

    3.07 à 10h08 - Répondre - Alerter
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