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Raconte-moi ton éco-quartier

Par Antoine Louchez Par Thibaut Schepman
5-08-2010
Mots clés
Urbanisme
Europe

Aux Pays-Bas, la voiture divise les irréductibles d’Eva-Lanxmeer

Aux Pays-Bas, la voiture divise les irréductibles d'Eva-Lanxmeer
((Crédit photos : Thibaut Schepman))
L'éco-quartier de la petite ville de Culemborg, près d'Utrecht, a été créé par des écologistes avisés et engagés il y a dix ans. Aujourd'hui, l'arrivée de nouveaux arrivants, moins disposés à faire des sacrifices sur leur style de vie, crée quelques remous dans la communauté…

« Tu ne gareras pas ta voiture devant chez toi mais dans les parkings prévus aux abords du quartier.

Tu n’installeras pas d’enclos ou de barrières dans ton jardin. Ainsi, tous les espaces verts publics et privés seront connectés en une grande trame verte.

Tu n’utiliseras pas de produits nettoyants à base de javel, afin de ne pas détruire les roselières (zone où poussent des roseaux, ndlr) installées pour le traitement des eaux usées.

Tu habites dans un quartier durable, tu dois donc respecter tes voisins et leurs principes. »

Voici ce que vous trouverez dans votre contrat, si vous avez décidé de vous installer à Eva-Lanxmeer dans la petite ville de Culemborg, aux Pays-Bas. Emménager ici, c’est aussi adhérer à une communauté, et donc à ses principes élaborés il y a quinze ans. « Nous, simples citoyens ou spécialistes de l’urbanisme et de l’environnement, voulions trouver un moyen de vivre en harmonie avec la nature, avec le moins d’influence néfaste sur notre environnement », se souvient Marleen Kaptein, habitante, mais aussi et surtout fondatrice d’Eva-Lanxmeer. « Je voulais que le processus de construction du quartier aille du bas vers le haut, que les gens se voient donner une voix. Mon but était de montrer qu’il est possible de laisser aux gens le choix de leur lieu de vie, et qu’ils y soient actifs. » Au milieu des années 1990, elle commence à diffuser ses idées et cherche des volontaires avec qui les concrétiser. « Très vite, 80 familles m’ont répondu que, où que ce soit, elles étaient prêtes à venir pour construire leur maison dans un quartier respectant nos valeurs. » La ville de Culemborg, séduite par le projet, a proposé le terrain. Ce sont ensuite les futurs habitants eux-mêmes qui ont pensé, conçu, fait construire et entretenu le terrain lors de très nombreux ateliers et réunions de travail.

Des chaussettes dans les claquettes

Aujourd’hui, Eva-Lanxmeer s’est étendu et compte 250 logements. Les principes fondateurs sont rappelés à chaque nouvel arrivant par le contrat qu’il signe. « C’est normal, affirme Marleen, lorsque vous arrivez dans un tel endroit, il vous faut prendre connaissance des valeurs sur lesquelles nous nous basons. » Ainsi, les habitants restent liés par un projet commun et n’ont pas perdu de leurs prérogatives. Wendy Polak s’est installée ici avec sa famille il y a trois ans. « Je suis venue ici pour vivre au milieu des plantes, de la verdure et pour l’absence de voitures. Cela nous étaient insupportable à Utrecht. Mais je me rends compte aujourd’hui que ce que j’apprécie le plus ici, c’est de connaître mes voisins et d’avoir la possibilité de partager des choses avec eux », analyse-t-elle. Elle vante notamment les journées de travail collectif pour entretenir les jardins. Elles sont l’occasion de repas partagés qui permettent de « se sociabiliser ».

L’un des jardins collectifs

Cette proximité des résidents donne au quartier des airs de petite confrérie fermée aux yeux des autres habitants de la ville. « Ce sont des hippies qui ont des habits de seconde main et portent tous des chaussettes dans leurs claquettes », estime ainsi Franz Volmer, qui habite de l’autre coté de Culemborg. Bianca, elle, travaille à l’école maternelle située à cheval entre Eva-Lanxmeer et le reste de Culemborg. Elle confesse qu’elle ne pourrait habiter ce quartier car elle devrait « changer de style de vie ». « J’ai trop besoin de ma vie privée. Ici, les gens laissent leur portes ouvertes et peuvent se voir quand ils sont dehors. Quand je rentre chez moi, je veux avoir la paix ! »

Beaucoup des habitants de Culemborg estiment que les valeurs de l’éco-quartier constituent un frein à la vie privée de ses habitants. « Il n’y a aucune obligation de participer à la vie communautaire », rétorque Marleen Kaptein. Et si les règles du contrat son bafouées ? « Il n’y a pas de répression car le contrat signé n’a bien sûr aucune valeur juridique ! S’il y a un problème, les voisins en parlent entre eux et le résolvent. Le consensus l’emporte toujours et nous permet d’avancer ensemble », assure la fondatrice. Les réalisations décidées et réussies en commun par les habitants sont en effet impressionnantes. Même si certains évoquent « un excès de réunions », tous louent la réussite de l’entretien des jardins, qui sont propriétés des habitants. De même pour la gestion du chauffage. Lorsque la compagnie Vitens s’est désengagée du chauffage du quartier en 2006, un groupe de travail formé de résidents a décidé de reprendre le flambeau et a fondé Thermo Bello. La compagnie, possédée par les résidents, alimente aujourd’hui le quartier avec succès.

Des tensions sur les principes fondateurs

Ce modèle de démocratie a toutefois connu une première faille lors de la récente extension du quartier. Les promoteurs immobiliers ont réussi à trouver une astuce pour rendre obligatoire la présence de places de parking devant les nouvelles maisons. Il suffit d’invoquer une activité professionnelle à son domicile pour pouvoir exiger d’avoir une place attenante, ce qui vous permet de garer votre véhicule en permanence. « Là, la municipalité aurait dû voir que ça allait contre l’esprit de la communauté », regrette Marleen Kaptein.

« Aujourd’hui, les débats entre voisins sont parfois houleux, surtout au sujet de la voiture », confie Ella Lammers, qui habite le quartier depuis quatre ans. « Nous sommes venus ici parce qu’il n’y avait que peu de voitures, et qu’on était censés les garer en dehors de l’enceinte du quartier », explique la spécialiste de l’écologie marine. « Il n’y a pas de voitures dans ma rue mais si c’était le cas, je crois que, moi aussi, je serais très remontée. »

De l’autre côté du verger, dans la nouvelle rue du quartier, Jeroen et Marinda ont garé leur voiture devant leur porte. « J’en ai besoin très souvent. Je n’ai pas à me faire dicter la fréquence d’utilisation de ma voiture », estime-t-il. « Nous vivons dans un monde où la voiture est présente partout. Il faut arrêter de vouloir vivre dans un paradis. Je préfère que mes enfants soient au contact de la réalité pour qu’ils soient prêt à s’en protéger. Donc je roule doucement, mais je roule jusque devant chez moi », clame Jeroen.

Jeroen, Marinda… et leur voiture

« Le tout est de trouver un équilibre. Les gens qui ont fondé le quartier restent accrochés à leurs principes au lieu d’intégrer ceux qui, comme nous, sont moins extrémistes mais veulent faire des efforts dans une autre direction », ajoute-t-il. « Oui, j’ai un écran plasma. Oui, j’ai une voiture devant chez moi. Mais je fais beaucoup pour l’environnement en achetant une voiture propre. N’est-ce pas mieux que de garder à tout prix sa vieille guimbarde comme le font les gens d’ici ? »

« Je préfère penser durable que de penser à l’environnement »

Certains pionniers, comme Leendert Bergman, penchent eux aussi pour moins de fermeté. « Pour certains des fondateurs, les choses sont soit toutes noir soit toutes blanches. Moi aussi, à l’époque, j’étais comme eux. Mais avec l’âge, il faut apprendre à mettre de l’eau dans son vin, trouver des compromis », dit-il. « Aujourd’hui, je préfère penser durable que de penser à l’environnement. A quoi bon utiliser de la peinture écologique si elle ne s’adapte pas à notre bois et à notre pluie et qu’il faut repeindre tous les ans ? Je préfère une peinture plus polluante mais qui dure sept ans ! », clame-t-il.

Marleen se défend d’être une fondamentaliste. « Moi-même, j’ai une voiture dont j’ai du mal à me séparer. Il y a toujours l’utopie, et puis la réalité. Au départ, nous avions limités le nombre de places de parking à 0,7 par foyer, ce n’était pas réaliste. Aujourd’hui, il y en a une par foyer ». Elle ne regrette pas ces règles strictes, au contraire. Selon elle, « les idées émergent face aux contraintes ». Elle cite l’exemple de la compagnie de location de voitures partagées Wheelsforall, impulsée par un résident. Elle a été conçue pour répondre à l’objectif de « réduire au maximum l’usage privé de la voiture » sans perturber la vie quotidienne des habitants. Le gérant de l’entreprise confirme le succès du concept : « Notre parc automobile est en croissance constante et Culemborg fait partie des meilleurs résultats des systèmes de voitures partagées aux Pays-Bas ».

L’interview en photos de Marleen Kaptein, la fondatrice du quartier :


Interview de Marleen Kaptein, fondatrice d’Eva Lanxmeer
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Non, nous n’avons pas à « sauver la planète ». Elle s’en sort très bien toute seule. C’est nous qui avons besoin d’elle pour nous en sortir.

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