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2-12-2015
Mots clés
Climat
Migrations
Asie Et Océanie

Au Bourget se livre aussi une bataille pour les futurs migrants

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Au Bourget se livre aussi une bataille pour les futurs migrants
(Crédit photo : Vlad Sokhin / Cosmos)
 
A la COP21, certains Etats trouvent l'appui des chercheurs. C'est le cas des petits pays insulaires menacés de submersion. Pour leurs habitants, migrer à cause du changement climatique sera bientôt une réalité. (Photo : Vlad Sokhin / Cosmos)
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Le mot « migration » apparaîtra-t-il dans le texte final de la COP21 que les négociateurs commencent à discuter ? Pour Koko Warner, chercheuse à l’Institut pour l’environnement et la sécurité humaine de l’université des Nations unies, c’est une nécessité. Dans le vaste périmètre de la zone bleue (1), au Bourget, ses équipes tentent d’alerter les délégations et de les convaincre de se battre pour remporter ce bras de fer. La spécialiste des impacts du changement climatique sur les sociétés humaines en est convaincue : il y a la place, dans le préambule, ou dans l’un des premiers articles de l’accord, pour inscrire la notion de « mobilité humaine ». Car il n’est plus temps d’attendre. « Les gens se déplacent pour leur sécurité d’abord et pour maintenir ou améliorer leurs conditions de vie ensuite, explique Koko Warner. Pour les populations, la migration est une manière de faire face aux risques. »

A Tuvalu, 15% de la population a migré dans les dix dernières années

Et les risques, certains les côtoient au quotidien. Sous la houlette de la chercheuse, auteure principale du cinquième rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans le groupe 2, celui consacré à l’adaptation, a été conduite une vaste étude dans trois Etats particulièrement vulnérables du Pacifique : Nauru, les Kiribati et Tuvalu. Sur ces archipels, en première ligne face à l’augmentation de la fréquence des cyclones et la montée du niveau de la mer, le changement climatique n’est pas une projection à long terme. « Sur ces îles, 100% des personnes ont déjà subi un cyclone et jusqu’à 70% des ménages envisagent la migration comme une réponse si les sécheresses, l’augmentation du niveau de la mer ou les inondations empirent », explique Koko Warner. A Tuvalu, par exemple, 15% de la population a migré hors des frontières du pays dans les dix dernières années, principalement vers les îles Fidji et la Nouvelle-Zélande. Même si, pour les trois groupes d’îles, le facteur climatique n’est que l’un des moteurs des déplacements, avec le travail, l’éducation ou la santé, le changement climatique promet de grossir les rangs des candidats à l’exil. Ainsi, à Tuvalu, avec un scénario de réchauffement moyen de +2°C d’ici à 2100, le nombre de départs devrait doubler au milieu du XXIe siècle. Les obstacles sont pourtant nombreux, à commencer par le portefeuille. « Seul un quart des gens pensent que leurs ressources leur permettraient de partir ! », insiste Koko Warner.

Pourtant, migrer pour échapper aux impacts du changement climatique ne va pas de soi. « Nous, les jeunes, nous revenons au pays après nos études à l’étranger : partir, pour nous, ce n’est pas une option », assène Litiana Kalsrap, représentante de l’ONG 350.org au Vanuatu. La jeune femme de 23 ans, originaire de l’île d’Efate, était venue en Europe il y a quelques semaines avec une délégation nommée les « Guerriers du Pacifique ». Tous témoignent de la même réalité : les côtes qui s’érodent, le sel qui imbibe les terres et gâche les récoltes, le corail qui meurt, les tempêtes de plus en plus violentes qui détruisent les maisons. « Jour après jour, nos îles rapetissent, la taille de nos fruits et de nos légumes diminue, c’est désormais difficile de vivre sur certaines îles, constate Siliveseteli Loloa, qui vit à Tongatapu, aux îles Tonga. Mais nous avons grandi avec l’amour et le respect de notre terre, nous ne voulons pas être des réfugiés, nous ne voulons pas aller ailleurs. »

Lors du dernier grand cyclone, la maison des voisins de Niten Anni, a quasiment été emportée. Le jeune habitant de l’atoll de Majuro sur les îles Marshall n’a pour autant pas l’intention de quitter la sienne. « Nos îles étaient là depuis bien longtemps et j’aime la mienne : si nous partons aux Etats-Unis, certains d’entre nous deviendront SDF. Chez nous, ça n’existe pas : mon cousin peut venir chez moi aussi longtemps qu’il en aura besoin, il est chez lui », explique-t-il. Tous en appellent à un sursaut de la communauté internationale, à un désinvestissement massif des énergies fossiles et au courage de leurs dirigeants dans les négociations en cours à la COP21.

Une question morale

Lundi, pendant les discours, les chefs d’Etat de ces îles déjà en partie sous les eaux, ont rappelé au monde entier que leurs peuples ne voulaient pas devenir des déplacés climatiques. « Sommes–nous prêts à faire les sacrifices nécessaires pour que ceux qui sont en première ligne puissent rester dans leurs foyers ?, a lancé à ses homologues le président des Kiribati, Anote Tong. C’est cette question morale qui devra guider nos discussions des prochains jours. » Le président des îles Marshall, Christopher Loeak, soulignait, lui, que les contributions actuelles des Etats en matière de réduction des gaz à effet de serre ne suffisaient pas à limiter le réchauffement à 1,5°C. Au-delà, les habitants des archipels du Pacifique, et de bien d’autres territoires, Bangladesh et Asie du Sud-Est en particulier, n’auront probablement plus le choix de partir ou rester. « La récente crise des migrants, ici en Europe, nous a montré à quel point nous n’étions pas préparés, ajoute Koko Warner. Et si les gens choisissent de partir, ils doivent pouvoir le faire en sécurité et dans la dignité. » Inscrire la notion de migration dans le texte final de Paris serait un premier pas.

(1) Cette zone internationale, cœur des négociations, est aussi accessible à la société civile.

A lire aussi sur Terraeco.net :
- Pacifique, ces îles qui coulent

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  • ...si et seulement si la COP21 se décidait à reconnaître plusieurs choses :
    - d’une part, que le réchauffement climatique est essentiellement dû à la croissance de la population. Par exemple celle des USA a été multipliée par 4 depuis le début du XXème siècle et donc ses émissions de CO2 d’autant.
    - d’autre part, que le futur réchauffement sera accentué par la poursuite de l’explosion démographique en Afrique subsaharienne où rien de moins que 3 milliards de personnes sont attendues d’ici à 2100. Trois milliards, c’est rappelons-le la population totale de la planète en 1960.
    - enfin, que les futurs réfugiés climatiques viendront dans leur immense majorité de pays surpeuplés et qui sont malheureusement placés dans des zones à risque (Bangladesh, Philippines,...)
    Combien d’années devrons-nous encore attendre avant que les conférences climat mettent en œuvre une Démographie Responsable ?

    7.12 à 09h21 - Répondre - Alerter
  • Si les pays reconnaissent les conséquences du changement climatique et mettent la main au porte monnaie... ils vont faire plus d’effort pour limiter la hausse de température et mieux prendre en considération ces peuples méprisés, exploités, ignorés...
    Quant à l’argent à trouver ? 100 Milliards, c’est l’argent que la seule entreprise Volkswagen va débourser pour se faire pardonner et 100 Milliards, c’est rien au regard des 800 Milliards que les états donnent aux énergies fossiles ! ! !
    ...En outre, dans toutes les régions en péril, ce sont des trésors de pépites d’humanité et de savoir être ancestral que nous avons perdus et dont la perte cause la mort de millions d’êtres sensibles depuis 1 siècle.
    Alors protégeons les, ils sont notre moyen de survivre à la catastrophe que nous avons engendrée.

    5.12 à 18h14 - Répondre - Alerter
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