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Arian Lemal, le Monsieur Propre montagnard
vendredi, 23 avril 2010 / Noëlle Guillon

Les plus hauts sommets du monde, c’est de l’air pur, l’ivresse de l’altitude, une sensation de liberté... et des tonnes de déchets. Des détritus que redescend patiemment Arian Lemal, un alpiniste français amoureux des montagnes immaculées.

« Notre planète mérite un effort ». C’est avec une bâche de 50m2 arborant ce slogan, que l’alpiniste Arian Lemal va s’élancer le 9 mai prochain vers le sommet du Mont-Blanc. Une image symbolique qui sera immortalisée par une photo prise en parapente. Dans le sac à dos de cet amoureux de la nature, en plus de la bâche offerte par un sponsor, le rêve de dépoussiérer le point culminant de l’Europe occidentale des déchets laissés par des générations d’alpinistes moins respectueux de l’environnement.

A 27 ans, Arian n’en est pas à son coup d’essai. Né à Gennevilliers mais grimpeur depuis l’enfance, il décide en 2006, au détour d’une conversation avec des alpinistes croisés dans les Alpes italiennes, de faire passer un message à travers ses aventures. Il devient « balayeur des cimes » et se lance dans une première grande expédition de nettoyage. Ce sera l’Aconcagua, 6 962m, plus haut sommet d’Amérique du Sud. Il en ramènera 150kg de déchets… à la force de ses seules mains. « Beaucoup d’alpinistes m’encouragent, mais je pars seul. Sur l’Aconcagua, il y a quand même quelques Hollandais et Australiens qui m’ont aidé sur une journée. Ce jour-là nous avons pu descendre 60kg de déchets ! ».

Depuis, Arian a multiplié les expéditions, le Kanchenjunga au Népal (5200 m), La Réunion, le Mont-Blanc et les Alpes en 2007, le Gasherbrum au Pakistan en 2009… Même si parfois, l’indifférence est au rendez-vous. « Au Pakistan, j’ai vu des Iraniens jeter 15kg de déchets alimentaires dans une crevasse. J’y suis allé et j’ai étalé le contenu de leur sac devant leur tente. Dans le plus grand silence. »

15 tonnes de déchets sur l’Everest et le K2

« Avec l’équipement ultra-léger que nous avons maintenant, il est pourtant tout à fait possible de descendre ses déchets en montagne. De toute façon, on monte avec ! », s’exclame Arian. Et de citer ses découvertes les plus insolites : des bouteilles d’oxygène de 1980 et même de 1962, quatre pneus à 2600m, au-dessus de Chamonix, des téléphones, une canette datant de 1993. Les reliques ne se décomposent pas. Dans l’Himalaya, « quinze tonnes de déchets » encombreraient l’Everest et le K2.

Plusieurs expéditions collectives ont d’ailleurs eu lieu pour commencer à les déblayer. Le 20 avril dernier, une vingtaine d’alpinistes sont partis de Katmandou pour le nettoyage de printemps de l’Everest, qui devrait pour la première fois permettre de descendre en plus des déchets… les cadavres de quelques alpinistes malheureux. Mais les campagnes de ce type restent rares. « Le balayage des cimes est une activité solitaire. Il y a aussi un Coréen et un Japonais qui font ça sur les hauts sommets et en France l’association Mountain Riders qui nettoie les montagnes françaises chaque année en mai », raconte Arian.

Des expéditions… en école

Avec plus de 400kg de déchets ramassés à son actif, le jeune alpiniste vient de se lancer dans un nouveau projet, « Edeilweiss », qui devrait l’amener sur les cimes six mois par an jusqu’en 2015. Les autres mois de l’année seront consacrés à des interventions dans les écoles. Car Arian adore communiquer sa passion de la nature et la décline sur deux thèmes pour les enfants, la gestion de l’eau et celle des déchets. « Il est possible de prendre une douche en 50 secondes ! », dit-il.

Une expérience du terrain, mais pas seulement. Car Arian vient aussi de finir un master en Nouvelle-Zélande, sur la politique environnementale, après un premier master de gestion environnementale en Australie. Le sujet de son dernier travail universitaire ? « La gestion des déchets sur les 8 000 mètres. » Du vécu et de l’expertise donc. Pour l’instant, il ne gagne pas d’argent avec son rêve. Quelques sponsors lui fournissent du matériel, mais toute la logistique reste à ses frais. En attendant de trouver des soutiens, Arian s’entraîne : 70 km de course, 120 km de vélo et 4km de nage par semaine. « Si quelqu’un veut me rejoindre dans l’association, il faudra qu’il ait la même passion que moi pour la nature, un véritable engagement. », conclut-il.

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- Photo : DR