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Les leçons du volcan d’Eyjafjöll
lundi, 19 avril 2010 / Emmanuel Delannoy /

Directeur de l’institut Inspire (Initiative pour la Promotion d’une Industrie Réconciliée avec l’Ecologie et la société) et secrétaire général de la Ligue ROC

Alors que l’éruption du volcan Eyjafjöll provoque une pagaille sans précédent, tout en restant, paradoxe humiliant, considérée par les volcanologues comme une éruption « ordinaire », n’est-il pas temps de nous interroger sur la vulnérabilité de notre modèle de prospérité ?

-  Par Emmanuel Delannoy, directeur de l’institut Inspire

Nous sommes devenus à un tel point dépendants de l’hypermobilité, de la vitesse qu’elle implique, et donc de la consommation énergétique induite, que nous en sommes venus à les considérer comme indispensables, au point qu’aucune alternative ne semble possible. Et voilà que, patatras, une éruption « ordinaire » (aux conséquences certes extraordinaires), vient chambouler toutes ces certitudes… Or, à y regarder de plus près, bien des rouages du monde moderne pourraient un jour être tout aussi vulnérables, qu’il s’agisse d’internet, de la téléphonie mobile, du GPS, du trafic maritime, ferroviaire ou routier, etc.

Toutes ces technologies sont utiles, il n’est pas question d’en discuter, mais sont-elles « addictives » au point que nous ne puissions plus imaginer vivre sans ? En sommes-nous arrivés à un point de dépendance si critique qu’une défaillance grave d’un de ces systèmes nous plongerait dans le chaos ? Et si oui, avons nous un plan B, au cas où ? Les spécialistes des cindyniques (les sciences du danger) ont beau chercher à tout prévoir, tout anticiper, cette éruption « ordinaire » nous rappelle que l’humilité reste de mise. Ni l’éruption, ni ses conséquences directes et indirectes n’étaient à 100% prévisibles.

Après l’infiniment lointain et l’infiniment petit, l’infiniment complexe est sans aucun doute la dernière frontière de l’humanité. Infinie complexité que nous avons nous-mêmes créée, peut-être au-delà de nos capacités d’appréhension. Génétiquement, psychologiquement, nous restons des Cro-Magnons, partageant en héritage une culture et des comportements adaptés à un monde bien plus « simple » et plus « prévisible » que celui que nous avons fait émerger en quelques décennies à peine. La question pourrait être résumée ainsi : nos consciences sont-elles suffisamment éveillées pour accompagner la complexité que nous avons nous même créée ?

Cette infinie complexité nous place dans une situation « d’incertitude durable ». Le défi est le suivant : ne pouvant tout prévoir, ni tout anticiper, devons-nous nous résoudre à faire le deuil des certitudes ? Sommes-nous prêts à adopter une attitude plus humble vis-à-vis de la nature, une attitude fondée sur l’accompagnement, et non plus sur une quête éperdue et vaine de maîtrise ?

Il faudrait pour cela renoncer aux projections linéaires vers un futur déterminé et penser demain autrement. Accepter l’incertitude, c’est aussi penser en termes de résilience : puisque tout peut arriver, que pouvons-nous faire, dès aujourd’hui, pour donner toutes leurs chances aux écosystèmes et à la société humaine ? Pour que soient préservés, non pas un « état de référence » (déterminé par qui ?), mais des potentialités d’adaptation et d’évolution, pour faire face à l’imprévu ?

Le volcan Eyjafjöll pourrait-il nous inspirer un retour à la raison ? En acceptant l’incertitude, serions-nous mieux outillés pour inventer une société où le champ des possibles serait plus ouvert ? Une société où le bonheur ne se concevrait pas seulement à travers la possession toujours plus grande de moyens de maîtrise, et où la solidarité retrouverait tout son sens ?

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Image : L’éruption du volcan Eyjafjöll photographiée par satellite le 17 avril 2010 - Crédit : Nasa


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