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Copenhague : n’oublions pas la biodiversité !
mercredi, 9 décembre 2009 / Emmanuel Delannoy /

Directeur de l’institut Inspire (Initiative pour la Promotion d’une Industrie Réconciliée avec l’Ecologie et la société) et secrétaire général de la Ligue ROC

(Par Emmanuel Delannoy, directeur de l’institut Inspire)

Curieusement, le grand absent du débat sur le changement climatique, c’est la biodiversité. Et quelle absence ! Oserais-je écrire qu’après tout, si le changement climatique est préoccupant, c’est avant tout parce qu’il perturbe profondément, et à un rythme jamais atteint depuis que sapiens a pris ses quartiers sur terre, l’ensemble du tissu vivant de la planète. En théorie, nous pourrions, nous, nous adapter à un changement de quelques degrés : par exemple en reconsidérant l’urbanisme ou l’architecture de nos bâtiments. Mais les écosystèmes, et les espèces qui les constituent, devront pour s’adapter modifier en profondeur leurs comportements, évoluer au plan génétique, ou encore migrer, ce qui prendra nécessairement un peu de temps. C’est à une vaste reconfiguration des écosystèmes que nous assistons, avec son cortège de conséquences imprévues.

Toutes les espèces ne sont pas égales face au changement climatique. Leurs potentiels d’évolution et leurs cycles biologiques varient selon les effectifs, la longévité ou le mode de reproduction. C’est ainsi que certains insectes, qui ont des cycles reproductifs rapides, s’adaptent plus vite que les oiseaux qui s’en nourrissent. Conséquences : prolifération des chenilles au mauvais moment, et pénurie alimentaire pour les oisillons, qui auront eu le tort de naître juste un peu trop tard…

Nous connaissons les causes de l’érosion de la biodiversité : Artificialisation et destruction des habitats naturels, fragmentation des écosystèmes, dissémination d’espèces invasives, pollutions, prélèvements excessifs. Et bien sûr le changement climatique, facteur aggravant universel. Mais nous sommes nous posé la question de savoir dans quelle mesure nos stratégies adaptatives seront favorables ou défavorables à la biodiversité ?

Les espèces vont devoir se déplacer et circuler librement : c’est le sens du projet de trame « verte et bleue ». Mais ne risquons nous pas, par certaines adaptations qui nous seraient favorables à court terme, de créer de nouvelles ruptures écologiques, par exemple pour produire de l’énergie à partir de biomasse ou de vastes fermes solaires, ou à travers une densification de certaines zones urbaines, ou encore via une modification des cultures ?

Analyser le changement climatique avec pour seuls paramètres la température et la concentration atmosphérique de CO2 ou de méthane, c’est un peu court. Une approche systémique est indispensable pour éclairer les choix politiques locaux et globaux, intégrant les écosystèmes, l’homme et ses activités, pour comprendre les effets combinés des stratégies d’adaptation des êtres vivants, humains et non humains.

Nous commettrions une erreur fondamentale en oubliant la biodiversité. Elle est notre meilleure alliée pour limiter l’ampleur du changement climatique et nous adapter à ses conséquences. Elle est notre assurance vie face à cet inconnu vers lequel nous fonçons.

- Photo : Namaqualand, Afrique du Sud, août 2007. Crédit : Martin Heigan


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