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« Pluies intenses, canicules, populations déplacées »
dimanche, 29 novembre 2009 / Anne Sengès /

Correspondante de « Terra eco » en Californie, Anne Sengès est l’auteur de « Eco-Tech : moteurs de la croissance verte en Californie et en France », paru en novembre 2009 aux éditions Autrement.

Climatologue à l’Institut Goddard de la Nasa et au Centre de recherche sur les systèmes climatiques de Columbia, Cynthia Rosenzweig a pour mission d’aider New York à affronter le changement climatique.

Quel sera l’impact du changement climatique sur New York ?

La ville risque de subir de graves inondations dont l’impact sera majeur. Il sera tout d’abord économique et humain car les localités les plus sensibles, comme Brooklyn et Coney Island, sont des zones très peuplées. Les épisodes de pluies intenses risquent d’augmenter la turbidité des réservoirs d’Upstate New York qui approvisionnent la ville en eau, ce qui va rendre indispensable le traitement des eaux. Il aura aussi un coût écologique : Jamaica Bay, située à la pointe sud de Long Island, et ses îles marécageuses, refuges d’oiseaux migrateurs, sont menacées de disparition alors même qu’elles constituaient un barrage naturel contre les inondations. Et enfin, il y aura un impact sanitaire dû à la fréquence des périodes de canicule et à la détérioration de la qualité de l’air en raison des vagues de chaleur et de l’humidité ambiante. Les vieillards, les jeunes enfants et les catégories sociales défavorisées – qui n’ont pas l’air conditionné – en seront les premières victimes.

Comment New York s’y prépare ?

La ville a entamé un processus d’adaptation piloté par le département de la Protection de l’environnement, en s’efforçant de faire preuve de réalisme et de bon sens. Des entreprises du secteur privé, comme les sociétés gérant la téléphonie mobile, ont été conviées à la discussion. Objectif : combattre agressivement l’empreinte carbone de la ville et celle de ses habitants. Le changement climatique n’est pas une science exacte, mais il faut savoir gérer les risques en renforçant ou modernisant les infrastructures existantes, en bouchant temporairement les entrées des tunnels ou métros les plus vulnérables ou en construisant des digues. Les pompes de l’usine d’assainissement des eaux de la péninsule de Rockaway dans le Queens viennent d’être surélevées de 5 m car elles risquaient d’être ensevelies par les eaux.

Envisage-t-on de déplacer des lieux stratégiques, tels que Wall Street, ou des populations jugées particulièrement vulnérables ?

Katrina a été un moment déclencheur pour cette question. La relocalisation est un sujet crucial que doivent aborder toutes les villes à risque. Mais c’est une discussion complexe qui implique la société tout entière car elle empiète sur la notion de propriété privée. —

UN BARRAGE ANTI-TEMPETES EN SUSPENS

Arcadis, une entreprise de conseil hydraulique hollandaise, a imaginé un barrage anti-tempêtes susceptible de protéger New York. De 1,4 km de long, il serait localisé dans les Narrows, principal chenal d’accès au port de New York, au pied du pont Verrazano. A l’image du barrage anti-tempêtes de Rotterdam, cette merveille d’ingénierie – qui n’est en 2009 qu’au stade de concept – comporterait une ouverture principale de 262 m activée par deux bras métalliques pivotants. Selon Piet Dircke, directeur du projet Arcadis, le coût de ce projet estimé à 6,5 milliards de dollars, semble « faible » comparé à l’impact économique d’une montée des eaux à New York. « Il s’agit cependant d’une décision politique que les autorités new-yorkaises ne sont pas encore prêtes à prendre », précise Piet Dircke dont la société participe au colmatage et à la reconstruction du système de digues à la Nouvelle-Orléans.

Illustration : Yannick Monget / Terres d’avenir (Editions La Martinière)