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J’ai testé le cadeau de Noël fait maison
dimanche, 29 novembre 2009 / Laure Noualhat /

Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet.

A ne pas confondre avec le collier de nouilles de la Fête des mères, le cadeau « décroissant » a toutes les vertus : il vide vos étagères et remplit votre agenda. Idéal, on vous dit !

Ben voilà, on y est : Noël. C’est le marronnier de l’hiver et chaque année, la même sourde angoisse. Comment faire plaisir sans saloper la planète ? Je ne vais pas aller baguenauder dans les grands magasins tout de même : ça sent le papier d’emballage doré sur tranche et le cadeau superflu. Tel un petit scarabée, je vais persévérer sur la voie de la sobriété et renouveler l’expérience – déjà tentée en 2008 – du cadeau décroissant. Du non-cadeau si vous préférez, ou plutôt si, du vrai cadeau qui-va-te-faire-pleurer-tellement-il-me-vient-de-là.

Capharnaüm personnel

Dans la série zéro déchet, j’opte pour l’idée dématérialisée, notamment la place de spectacle Roland Magdane – ou Marc Jolivet pour les rétifs aux moustaches. Dans la catégorie qui-vient-du-fond-du-cœur-vu-que-c’est-moi-qui-l’ai-fait, je demande le baume pour les lèvres réalisé en deux coups de cuillère à pot. J’ai dû renoncer à l’écharpe en pur poil de bouc au vu de mon agilité avec les aiguilles. Au rayon seconde main, je dois confesser l’embarras du choix. Entre les bouquins en surnombre sur les étagères, les CD jamais écoutés, les objets de déco poussiéreux ramenés de lointains voyages et la penderie dégoulinante d’erreurs de casting (comment ai-je pu échanger de l’argent contre cette jupe ?), c’est un peu la Samaritaine chez moi. Sans compter que le capharnaüm personnel est le lieu idéal pour le cadeau de dernière minute, celui que je n’irai pas glaner le 24 décembre à 18 heures. Zéro panique garantie.

A la bonne copine qui n’a pas un radis et qui lorgne férocement l’une des pièces majeures de ladite penderie, à savoir le manteau rouge boudé depuis deux ans, je vais offrir le manteau rouge. Pour Pépé qui, du haut de ses 92 ans, n’a d’autre loisir que la téloche, je vais refiler mon film fétiche Thelma et Louise. Quant aux beaux-parents qui lisent et relisent Claude Allègre en opinant du chef, je vais me faire un plaisir de leur donner Effondrement, le bouquin de Jared Diamond (1). Et à Maman ? Bah, la fameuse jupe.

Fouet à bout clouté

L’année dernière, la vraie trouvaille, ça a été le bon de temps. Une fois qu’on a refilé tous ses surplus, il faut se faire à l’évidence : on n’a rien d’autre à offrir qu’un peu de son temps – si précieux. Sur une feuille A4, j’avais dessiné une boule de Noël avec ce message à l’intention de ma chère cousine : « Je t’aime et dans ma vie de bio-bio stressée, j’ai peu l’occasion de te voir. Voici pourquoi je nous offre un peu de temps ensemble. » Recevoir « une journée de randonnée » lui a fait l’effet d’une fessée avec un fouet à bout clouté – mais en cuir végétal. Faut avouer que ses délicates attentions annuelles – string en dentelle noire et faux diamants en 2005, taie d’oreiller flanquée d’un coquelicot en 2006, paire de rideaux à fleurs en 2007 et bijou bling bling l’année suivante – ont eu raison de ma magnanimité.

Mais pensez-y, l’avantage du bon de temps, c’est qu’il se décline à l’infini : partons en week-end, en vacances, marchons dans les bois, écossons les petits pois ou tricotons un pull devant la cheminée. Plus que tout, allons boire un coup, ça nous fera oublier que la fin du monde est toute proche. —

(1) Dans cet ouvrage de 2005, Jared Diamond analyse l’effondrement de sociétés se distinguant par leur fragilité environnementale, leurs relations avec leurs voisins, leurs institutions politiques…

Illustration : Adrien Albert