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Les grandes ambitions du groupe SOS
mercredi, 10 juin 2009 / Karine Le Loët /

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

Dans "SOS contre toute attente", Jean-Marc Borello, directeur du groupe SOS, raconte la genèse de cette maison qui grandit, ses expériences, ses ambitions. Et elles sont gargantuesques, n’en déplaise au reste du secteur.

Il a dû peiner Jean-Marc Borello pour résumer ses idées du monde, l’histoire et la vie de son groupe en 150 pages d’un bouquin. L’homme, large comme la vie, a fini par en confier l’exercice aux jeunes éditions "Rue de l’échiquier". Le résultat est un ensemble d’entretiens, gorgés d’anecdotes et d’idées sur le monde associatif, ses limites financières et ses tabous. Car l’homme a des choses à dire. Ancien éducateur de rue, reconverti en chargé de mission auprès de la Milt [1], puis chef de cabinet de Gilbert Trigano, alors chargé des nouvelles formations, il a créé "SOS Drogue" en 1984 aux côtés de Régine, la "Reine de la Nuit". Suivent ensuite "SOS habitat et soins" et "SOS Insertion et Alternatives". Aujourd’hui, le groupe SOS emploie 2 700 salariés dans des domaines aussi variés que la lutte contre la toxicomanie, l’hébergement des sans abris, mais aussi des entreprises d’insertion (L’Usine, les boutiques et cafés Alter Mundi) et des médias (Interdépendances, Respectmag). "Mais où va s’arrêter Jean-Marc Borello ?, s’interroge dans la préface Alain Régnier, préfet délégué pour l’accès au logement des sans-abris et des mal logés(…). Jean-Marc est partout, et partout, avec la même réussite, ce qui suscite, bien sûr des jalousies."

La preuve ? L’homme s’est vu traité tour à tour de Tapie, de Messier ou de Bill Gates du social. "Les deux premiers se sont plantés mais le troisième a réussi", ironise l’intéressé. Car Borello ne cache pas son ambition pour son groupe : grandir pour toucher davantage de gens, sans se priver de mêler mission publique et financements privés. "Nous n’avons pas peur d’affirmer aujourd’hui que le développement fait partie de nos objectifs. D’ailleurs, pour la première fois dans l’histoire de la maison, une équipe a été développée au développement." La rentabilité ? "C’est un gros mot dans notre secteur." Mais elle “consiste à augmenter, à prix constant, la qualité de la prestation".

Grandir pour des idées

La taille de son groupe ? Une aubaine qui lui ouvre les portes de l’indépendance financière donc de l’indépendance tout court. "J’aime à dire que nous avons cent cinquante clients d’égale importance, ce qui nous permet d’envoyer promener n’importe lequel d’entre eux." Autre avantage : la diversité. "Le fait d’intégrer dans la même maison des problématiques aussi différentes que la crèche, les soins palliatifs, la prise en charge des toxicomanes et des SDF, le développement durable et l’insertion permet à chacun de profiter de l’expérience de l’autre. " Alors Jean-Marc Borello parie sur un avenir en forme expansive : "Nous serons cinq mille en 2011 et peut-être dix mille ou quinze mille dans dix ans. (…) Grâce à notre taille, on fera mieux passer nos idées."

Il est loin Jean-Marc Borello de la sphère associative stéréotypée, habitée de doux rêveurs et pavée de bonnes intentions. Pour l’homme du sud, une association doit être un outil efficace, au service de l’usager. Exigence n°1 : recruter des professionnels, quitte à puiser dans les viviers des grandes écoles. "Le bricolage est une grande passion du secteur associatif où l’on a tendance à penser qu’une assistante sociale qui écrit est une journaliste, qu’un éducateur bricolant sur son PC est un informaticien." A SOS, "ce souci de professionnalisation permet d’offrir, me semble-t-il, une vraie qualité, tant aux salariés qu’aux usagers du Groupe". Exigés donc, de vrais managers pour diriger les troupes, des financiers pour réguler les comptes, des pros à tous les étages. Et rémunérés en fonction. Lui touche 5 000 euros par mois, sans complexe.

En clair, le groupe SOS serait plutôt "un banc de poissons qu’une baleine. L’ensemble se déplace, mais les contours et les formes sont mouvants. Il n’a pas qu’une tête, mais de très nombreuses têtes et de nombreuses nageoires." Et pour son créateur, cette maison - comme il l’appelle - est un canalisateur d’angoisse : "Agir est le meilleur des anxiolytiques. Je vivrais extrêmement mal de ne pouvoir agir face à une situation qui me déplaît. Peut-être est-ce de l’agitation. Mais personnellement, cela me permet de me sentir mieux."

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"SOS contre toute attente", éd. Rue de l’Echiquier, 160p., 14 euros.

Crédit photo : Hermance Triay