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10 ans
lundi, 29 février 2016 / Karine Le Loët /

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

C’est le sursis qu’est prête à accorder Ségolène Royal aux centrales nucléaires françaises.

Invitée sur le plateau de France 3 ce dimanche, Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, a indiqué qu’elle était « prête à donner [le] feu vert » au prolongement de la durée de vie des centrales nucléaires de quarante à cinquante ans, sous réserve que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en soit d’accord. Cette décision serait en accord avec la loi sur la transition énergétique qui prévoit « la baisse de la part du nucléaire de 75% à 50% (à l’horizon 2025, ndlr) dans la production d’électricité pour monter en puissance sur le renouvelable », a-t-elle précisé, soucieuse de prévenir toute attaque.

Après tout, le texte promulgué en août 2015 prévoit un plafonnement du niveau actuel de production électrique d’origine nucléaire à 63,2 gigawatts : il n’intègre donc pas de fermeture de réacteurs, sauf pour compenser la mise en production de l’EPR de Flamanville, prévue pour la fin de l’année 2018. « Or, la plupart des réacteurs français ont été couplés au réseau entre la fin des années 1970 et la fin des années 1980, si bien qu’entre 2019 et 2025, la moitié d’entre eux atteindront la limite de quarante ans pour laquelle ils ont été conçus », souligne Pierre Le Hir dans un article du Monde. (Voir aussi notre article Nucléaire : quel âge ont nos centrales ?). D’où la nécessité de prolonger leur durée de vie pour garder la même puissance.

Sauf que pour atteindre l’objectif des 50%, il faudrait que la puissance installée en énergie renouvelable progresse… mais aussi que la consommation d’électricité augmente. Ce qui n’est pas le cas : celle-ci a plutôt tendance à stagner voire à régresser. « Alors, cela veut dire qu’il faudra en parallèle fermer encore plus de vieux réacteurs. Le mieux est donc de commencer dès maintenant à fermer les plus vieilles centrales, comme Fessenheim, puis le Tricastin, Bugey, etc. », a estimé le député François de Rugy (Union des démocrates et des écologistes) au Figaro.

Quel intérêt alors de prolonger ? Puisqu’elles sont amorties, ces centrales produiront « une électricité à meilleur marché », a assuré la ministre de l’Environnement. Sauf que les faire tourner coûtera de plus en plus cher : « Tous les dix ans, [les centrales] passent un check up complet. Cette visite décennale décide de leur droit de continuer à fonctionner, si tout va bien. Ça coûte cher », a souligné Nathalie Fontrel, journaliste chargée de l’écologie sur France Inter ce lundi. « Le nucléaire français est enlisé dans de très grosses difficultés économiques. (…) La question essentielle, ce n’est pas la prolongation de la durée de vie des centrales. C’est de savoir si EDF a les moyens financiers d’assurer la sécurité du nucléaire aujourd’hui », car la facture risque d’être salée. Le Monde cite à cet égard deux chiffres. Le premier, signé EDF, estime à 55 milliards d’euros le grand carénage nécessaire à la modernisation des centrales. L’autre, avancé par la Cour des Comptes, évoque 100 milliards. « Le facteur le plus limitant pour la prolongation des réacteurs nucléaires, c’est qu’EDF n’en a pas les moyens », a lancé le député Europe Ecologie - Les Verts (EELV) Denis Baupin sur Twitter. « Au vu de la vétusté des centrales nucléaires, leur prolongation et mise aux normes représenteraient une immense gabegie financière et menacerait clairement la santé et la survie d’une entreprise comme EDF », a renchéri EELV dans un communiqué.

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