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« La Fabrique du monstre », bijou quartiers
lundi, 29 février 2016 / Simon Barthélémy

De Philippe Pujol, Les Arènes, 300 pages, 20 euros.

Il n’y a pas grand monde pour pleurer les morts des règlements de compte à Marseille – plus de 280 en vingt ans. « Tant qu’ils se tuent entre eux, ce n’est pas grave », ose même souvent le maire, Jean-Claude Gaudin. Prix Albert-Londres pour ses enquêtes dans les quartiers nord, Philippe Pujol a, lui, rencontré les proches des caïds abattus. En une succession de tableaux saisissants, il retrace le parcours des minots dans les trafics : guetteur dans les cités ou « mains noires » (parce qu’ils coupent le shit à l’huile de vidange) qui basculent dans la violence après leur passage en prison. Mais « ces “cramés” ne sont pas représentatifs de la jeunesse des banlieues », martèle l’ex-journaliste de La Marseillaise : « Les jeunes délinquants sont une infime minorité dans les quartiers populaires », « encore moins nombreux à dériver vers une carrière criminelle » et sont autant bourreaux que victimes : de la drogue – le récit des dégâts des produits toxiques fumés est glaçant –, du chômage, du clientélisme. celui des trafiquants pour « tenir » ou celui de Gaudin ou Guérini (ex-président du conseil général des Bouches-du-Rhône) qui distribuent subventions associatives et marchés publics au profit de leurs affidés. Pujol analyse aussi finement la délinquance en col blanc que celle à mains noires, et de ses reportages émane une démonstration éclatante sur la fabrique d’un monstre à plusieurs têtes – misère, Front national, communautarisme… —


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