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« Bureaucratie », bureaucritique
mardi, 29 décembre 2015 / Simon Barthélémy

De David Graeber. Les Liens qui libèrent, 298 pages, 22 euros.

« Il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché que la monarchie absolue de Louis XIV. » Selon l’économiste et anthropologue américain David Graeber, nos sociétés libérales n’ont en rien dégraissé les appareils étatiques, elles les ont au contraire renforcés. Pourquoi ? « Avec la financiarisation, des rentes extraites à divers titres constituent une part toujours croissante des profits des entreprises. Puisqu’en dernière analyse leur extraction n’est guère plus qu’une extorsion légalisée, elle s’accompagne d’une accumulation continuelle de règles et de règlements et de menaces de recours à la force physique pour les faire respecter », écrit-il, citant Fralib, l’usine (bénéficiaire) qui fabriquait en France les thés Eléphant, délocalisée sous protection policière. Ou encore les banquiers fraudeurs responsables de la crise de 2008, et dont aucun n’a été traduit en justice. Bref, « la bureaucratie est le moyen principal qu’utilise une infime partie de la population pour extraire la richesse de nous tous », dénonce Graeber, qui « ne tente certainement pas d’élaborer une théorie générale de la bureaucratie ni d’en faire l’histoire », mais livre trois pistes de réflexion pour jeter les bases d’une « critique de gauche », qui fait, selon lui, « cruellement défaut ». C’est d’ailleurs le bémol de l’essai : si l’introduction est brillante et plusieurs passages très stimulants, sur le rôle de la technologie, on se retrouve parfois loin du sujet, perdu dans des digressions sur Star Trek ou Batman !