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COP21 : à Paris, de fausses pubs moquent les vrais sponsors
lundi, 30 novembre 2015 / La rédaction de Terra eco

Total, Air France, Solutions COP21… Personne n’est épargné par la campagne du collectif Brandalism, à voir en ce moment dans les rues de la capitale. Le point en photos et en interview.

600 drôles d’affiches ont fleuri ce week-end dans les rues de Paris. Qui est derrière tout ça ? Le projet Brandalism (néologisme né de la fusion entre « brand » – « marque » en français – et « vandalisme »), un collectif anglais né en 2012. Explications avec Peter, l’un des membres du collectif, qui souhaite rester anonyme.

Terra eco : Brandalism, c’est quoi ?

Peter : Nous sommes un mouvement antipublicité créé en 2012 juste avant les Jeux olympiques de Londres. A l’époque, nous étions intervenus sur de très grands panneaux d’affichage pour dénoncer les effets de la publicité : l’impact qu’elle a sur notre identité, nos valeurs culturelles, comment elle transforme l’environnement, la vision que nous avons de notre corps… En 2014, nous avons fait une intervention similaire pendant deux jours dans 10 villes britanniques (365 affiches détournées furent alors installées sur des arrêts de bus, ndlr]) : à Londres, Manchester, Edimbourg, Glasgow, Oxford… Il n’y avait pas d’occasion particulière. Nous voulions surtout montrer aux industriels que nous étions en train de grossir.

Regardez la vidéo de l’opération de 2014 :



Et nous continuons de gagner en taille. De 30 personnes dans 10 villes en 2014, nous sommes passés aujourd’hui, pour la COP21, à 70 installateurs. Des militants parisiens des mouvements anti-pub et des personnes d’autres pays se sont joints à nous pour cette intervention. En plus des artistes que nous avons sollicités pour réaliser les visuels.

Comment avez-vous monté cette opération ?

Nous avons lancé un appel aux artistes du monde entier en leur demandant de travailler sur des thèmes comme la justice climatique, le contrôle des entreprises sur la COP, mais aussi des thèmes qui paraissent plus éloignés mais qui sont liés à l’environnement : les migrations, le néocolonialisme, les ressources au Moyen-Orient, la crise des réfugiés. 82 artistes ont répondu à l’appel, de 19 pays différents. A eux tous, ils ont réalisé 150 graphismes. La majorité sont des œuvres numériques, mais certaines ont été faites au pochoir ou dessinées à la main. Le groupe des installateurs s’est réuni pour discuter des œuvres avant l’installation. S’ils se sentaient mal à l’aise avec l’un ou l’autre des visuels, ceux-là étaient mis de côté. Ce fut le cas de trois ou quatre d’entre eux. Nous sommes évidemment conscients de la délicatesse de la situation à Paris. Pas seulement à cause des attaques terroristes mais aussi de l’état d’urgence qui frappe notamment les migrants. Nous faisons très attention à la manière dont les choses peuvent être perçues.

Comment les affiches ont-elles été installées ?

De jour et de nuit, 70 personnes ont agi dans 7 quartiers différents, dont Nation, le quartier Latin, l’hôtel de ville, la Défense, sur la route du Bourget… Soit les militants travaillaient à deux, soit seul. Ils étaient équipés de gilets orange pour imiter les ouvriers de JCDecaux. D’ailleurs, l’une de nos équipes est tombée sur de vrais ouvriers de JCDecaux qui leur ont très gentiment expliqué comment il fallait procéder pour retirer les posters. C’était intéressant comme rencontre. En fait, le procédé est simple. Il suffit d’être équipé d’un petit outil en « L » qui sert à réparer les vélos et qu’on achète sur Internet (voir leur guide).

Quel est votre message ?

La publicité comme outil commercial est intimement liée à la crise climatique. Or, il existe un parallèle entre la publicité dans l’espace public et ce qui est en train de se passer à l’intérieur du Bourget. A la COP comme dehors, ce sont ceux qui ont le plus d’argent qui peuvent faire passer leur message. Au Bourget, ils emploient des lobbyistes pour représenter leurs intérêts. Nous disons que des entreprises comme JCDecaux font partie du problème puisqu’elles prennent l’argent des multinationales comme Air France, des constructeurs automobiles, Engie… et font leur publicité.

Est-ce que vous pensez que votre campagne aura beaucoup d’impact ?

Elle a déjà eu un petit impact financier puisque des entreprises ont payé pour ces publicités que nous remplaçons par de fausses affiches. Mais surtout, nous nous attaquons à la légitimité de la publicité dans l’espace public. Certes, cela ne paraît pas aussi urgent que de s’attaquer au changement climatique ou à la violence faite aux femmes. Mais cette publicité affecte nos valeurs culturelles donc tout le reste indirectement. Nous espérons, avec ces œuvres, ouvrir la discussion.


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