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Marches pour le climat interdites : l’abécédaire du Plan B
vendredi, 20 novembre 2015 / Amélie Mougey

Marches interdites, sécurité renforcée : les ONG qui préparent la mobilisation citoyenne autour de la COP21 depuis maintenant des mois ont vu leurs scénarios s’effondrer. Et maintenant, on fait quoi ? Récit d’un branle-bas de combat.

Mercredi soir, des dizaines de militants pour la justice climatique restent paralysés devant un tweet de France Inter : « Conséquence des attentats de vendredi : la marche pour le climat du 29.11 est annulée ». L’information est confirmée quelques heures plus tard. Pire, la marche du 12 décembre censée clore les négociations est, elle aussi, concernée. Ces mobilisations étaient censées rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes venues du monde entier. Pour la Coalition climat 21, les 130 ONG qu’elle rassemble et l’expert en mobilisation Avaaz, plusieurs mois de travail viennent de leur glisser entre les mains. Et maintenant ?

Jeudi matin, branle-bas de combat : la conférence de presse prévue le jour même pour présenter le programme est décalée d’une journée. De réunions en conciliabules et brainstormings, les forces vives du mouvement planchent sur un plan B. Ce vendredi matin, toutes étaient réunies pour présenter devant la presse leur nouveau plan de bataille encore en chantier. Récit en mots-clés, d’un rebond mouvementé.

A comme Amour

« Ce vendredi, c’est un “nous” qui a été attaqué », commence Juliette Rousseau, coordinatrice de la Coalition climat 21. Face à cette attaque, les ONG qu’elle représente veulent « défendre un “nous” de solidarité, d’espoir et, si j’ose le mot, d’amour », le tout à base de résilience. Et « l’action collective est le meilleur outil pour la résilience », précise-t-elle. En clair, les ONG restent mobilisées. La crise climatique ne doit pas passer au second plan. « Les médias parlent beaucoup moins de la COP21, c’est un fait, reconnaît Marie Yared, chargée de campagne France chez Avaaz. La question climatique est phagocytée par les questions de terrorisme, il nous faut redoubler d’ardeur », poursuit-elle, estimant qu’« il ne doit pas y avoir de hiérarchie des crises. » Pour Anabella Rosemberg, conseillère pour les politiques environnementales et de santé au travail de la Confédération syndicale internationale, « on doit parler aux gens pour leur dire que le sujet est toujours pertinent ».

B comme Bières et cacahuètes

« La résistance, ça ne se passe pas uniquement autour de bières et de cacahuètes en terrasse, a lancé Eros Sana, chargé de communication pour l’ONG 350.org. Participer aux mobilisations que nous maintenons aujourd’hui est une forme de résistance. » Et si la marche parisienne dimanche 29 novembre a été interdite, Alix Mazounie, du Réseau Action Climat, propose que l’ensemble de la journée, veille du début des négociations, « soit sous le signe du climat ». Elle invite donc chacun à investir les espaces qui peuvent s’y prêter : « les trottoirs, les boulangeries, les cafés », pour discuter climat « entre voisins », et même « entre piliers de bar ». La boucle est bouclée.

C comme Centres commerciaux

Manifestants, la rue ne vous appartient plus. Qu’à cela ne tienne, il reste des espaces où se réfugier. Sur son blog hébergé par Médiapart, Maxime Combes, membre d’Attac, suggère d’« occuper un même jour, aux quatre coins du pays (et plus ?) une série de centres commerciaux (ce n’est qu’une idée – peut-être pas la meilleure), d’entreprises privées ou de banques pour dénoncer (et bloquer) leurs agissements inacceptables en matière de réchauffement climatique ». Interrogé sur cette idée lors de la conférence de presse, il précise que « rien de précis n’est arrêté mais que dans la période dans laquelle nous sommes on a besoin de faire émerger toute une série d’idées ».

C comme Converses de Laurence Tubiana

« Toutes les personnes qui auraient été susceptibles de participer à la marche » sont invitées par Avaaz à « venir déposer une paire de chaussures, décorées avec leur nom et des messages personnels, au point de départ originellement prévu », place de la République, à Paris. Parmi les invités de marque, on pourra retrouver la paire de Converse de Laurence Tubiana, l’ambassadrice pour les questions climatiques. Le long du parcours, des pas à la craie symboliseront ceux des personnes qui auraient dû marcher.


D comme Dernier mot

« Le 12 décembre, nous maintenons notre appel international à une mobilisation de masse, il y a aura des évènements en extérieur », affirme Malika Peyraut des Amis de la Terre. Si les ONG peinent à donner plus de précisions sur les modalités, la chargée de campagne se veut rassurante :« Nous sommes responsables et nous prendrons en compte les circonstances, poursuit-elle. Nous voulons permettre à des dizaines de milliers de personnes d’avoir le dernier mot. »

D comme Dinosaures

« Les dinosaures aussi ont vécu un truc dans le genre et ils n’ont rien fait non plus », menacent les affiches de la Coalition climat 21 qui tapissent pour l’occasion les murs de la salle prêtée par CCFD-Terre solidaire.

E comme Essentiel

« Quand Manuel Valls dit que la COP21 sera réduite à l’essentiel, clairement nous ne faisons pas partie de l’essentiel, ça pose de vraies questions », s’emporte Juliette Rousseau au sein de la Coalition climat 21.

I comme Indulgence

« Laissez-nous du temps », implore Marie Yared, à qui la foule de journalistes présents ce matin-là demande plus de précisions sur les modalités d’organisation des alternatives : accord de la préfecture, natures des signes de ralliement… « On est encore en pleine réflexion, mais il n’est pas question de mettre qui que ce soit en danger », poursuit-elle.

Manifestation fantôme

Il n’a fallu qu’une journée à Avaaz pour trouver son nouveau cri de ralliement : « Le 29 novembre, ça marche toujours pour le climat ». « Cette marche avait un parcours et une histoire, explique Marie Yared. Tout le matériel que les artistes et militants ont créé au fil des mois va être récupéré pour faire revivre cette marche. » « On peut habiller les bâtiments, les façades, les balcons, pour que le climat soit partout », embraye Alix Mazounie.

M comme Marche4me

« On s’est demandés comment faire pour que ceux qui avait cet appétit de manifester pour le climat puissent le faire symboliquement », explique Benoit Hartmann, président de France Nature Environnement. « L’idée, c’était de créer un site pour mettre en relation les personnes qui avaient l’intention de marcher et ceux qui peuvent le faire pour eux, ailleurs en France ou à l’étranger. » A l’échelle du globe, 2 176 événements, dont 57 grandes marches, seront organisés les 28 et 29 novembre prochains. Le site de rencontre sera opérationnel à partir de mercredi prochain à l’adresse Marche4me.org.

N comme Naomi Klein

Tel est, avec Laurent Fabius, le nom le plus souvent prononcé lors de cette conférence de presse. Au moment de la COP21, l’essayiste canadienne, auteure de Tout peut changer, sera partout. D’abord en clôture du village mondial des alternatives qui se tiendra les 5 et 6 décembre à Montreuil, puis au Centquatre, dans le XIXe arrondissement de Paris, le 10 décembre. L’occasion pour les organisateurs de signaler que les débats, conférences et manifestations artistiques sont maintenues.

R comme Réservez votre journée

Quelles que soient les modalités d’organisation annoncées la semaine prochaine, « on veut dire aux gens de réserver quand même leur journée du 29 novembre », explique Anabella Rosemberg. Si les ONG n’avaient qu’un seul message à faire passer, ce serait celui-là.

S comme Signe distinctif

« Nous avons un plan B, nous allons redoubler de créativité et proposer un signe de ralliement dans tout Paris pour se reconnaître », affirme Marie Yared. Un moyen pour ceux qui se soucient du climat de le signaler autrement qu’en marchant. Le signe en question n’a pas encore été déterminé.

S comme Sommet des 196 chaises

Depuis des mois, les faucheurs de chaises multiplient les vols dans les établissements bancaires, Société générale et BNP Paribas en tête, avec pour mot d’ordre : « L’argent pour le climat existe, il est dans les paradis fiscaux ». Ils rassembleront leur butin les 5 et 6 décembre lors du Sommet citoyen pour le climat qui se tiendra à Montreuil, pour reconstituer symboliquement le théâtre des négociations.

Z comme ZAC

Du 7 au 11 décembre, la zone d’action climat (ZAC) sera l’espace de convergence des mobilisations et la zone de rencontre entre militants et public. Elle sera principalement basée au Centquatre. Le lieu, devenu quartier général de la Coalition climat 21 pour l’occasion, sera ouvert de 9 heures à 20 heures chaque jour pour accueillir 150 événements, ateliers pédagogiques, happenings et projections.