https://www.terraeco.net/J-ai-teste-le-Web-ecolo,62269.html
J’ai testé : le Web écolo
mercredi, 28 octobre 2015 / www.clairelenestour.com

Face à la pollution numérique, j’ai tenté un régime. Une détox ? Trop dur. J’ai préféré adopter de bonnes pratiques, notamment dans ma messagerie.

La machine a été la première à tirer le signal d’alarme. « Vous utilisez la totalité de votre espace de stockage. Il vous sera bientôt impossible d’envoyer et de recevoir des mails. » Ce matin-là, en ouvrant ma boîte mail, la douche était froide avant même la salle de bain. « Ce n’est pas illimité ? Je vais devoir trier les 15 000 messages emmagasinés depuis 2007 ? » Avant de me faire moins égoïste : « Je prends trop de place sur la Toile, c’est grave docteur ? » Je connaissais les data centers (« centres de données »), où s’alignent des barres de serveurs qui consomment une énergie monstre pour garder la tête froide.

Avec son nucléaire bon marché, la France se place au 4e rang mondial pour le stockage et le traitement des données informatiques, d’après Datacentermap.com, site qui référence les équipements mondiaux. L’Hexagone compte ainsi 141 data centers qui pompent 1 % de notre consommation énergétique, lit-on dans La face cachée du numérique. J’en suis en partie responsable car tous mes mails sont là. Même les pubs de La Redoute parcourues en cinq secondes. Si on y ajoute l’énergie avalée par mes équipements et leurs composants riches en plastiques et métaux rares, les efforts que je fais pour verdir ma vie sont en partie anéantis par mon double virtuel.

Porte-à-porte en pyjama

Je ne suis pas geek mais j’aime assez Internet pour faire du porte-à-porte en pyjama et emprunter le wifi des voisins quand ma box fait grève. Je reçois une centaine de mails par jour : newsletters, communiqués de presse, messages personnels et professionnels… Voilà comment, année après année, j’ai saturé les 15 gigaoctets de mon compte Gmail. Deux missions : jeter les messages inutiles et me désabonner des newsletters envahissantes. Je panique à l’idée de plonger dans les phrases minuscules qui indiquent, en bas de chaque message, les procédures à suivre pour sortir de tel ou tel mailing. Heureusement, il y a Unroll.me. J’y entre mon adresse mail – attention, cela ne fonctionne pas avec toutes les messageries – et le site détecte 247 abonnements. J’en sélectionne 115 et Unroll.me me désabonne. Ciao les alertes de la Fédération française de volley et les relances de ce magasin pour bébés qui pensait, depuis la commande d’un cadeau, que j’étais une maman adepte du shopping sur le Net. Je suis aussi les conseils de Backbn.fr, un site dédié à l’impact environnemental d’Internet : compresser mes pièces jointes, sélectionner mes destinataires en cas d’envois multiples… Mais mettre ma boîte mail à la diète n’est qu’un premier pas. Car je vais aussi devoir prendre en main ma sérendipité, cette tendance à chercher une étude sur le gaz de schiste avant de finir devant une vidéo de bébé hérisson. « 29 millions d’internautes français effectuent en moyenne 949 recherches par an, ce qui correspond à l’émission d’environ 287 600 tonnes équivalent CO2, c’est-à-dire plus de 1,5 million de kilomètres parcourus en voiture », souligne l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans un guide. Qu’y puis-je ?

Je me décide à créer une liste de favoris digne de ce nom pour ne plus taper « pages jaunes » ou « programme télé » dans ma barre Google. Cela divisera par quatre mes émissions de gaz à effet de serre, promet l’Ademe. Je teste aussi Ecosia, un moteur de recherche qui finance la plantation d’arbres au Brésil. L’idée est séduisante mais impossible de savoir à quelle hauteur j’y contribue. Avec Lilo, c’est plus transparent. A chaque recherche, je collecte une goutte d’eau que je peux reverser à des associations. 18 000 euros ont déjà été distribués. L’opération n’est en fait que financière car Ecosia, Lilo et les autres ne sont que des métamoteurs : ils s’appuient sur les algorithmes de Google ou Yahoo qui les rémunèrent pour mes clics. Rien d’écologique, si ce n’est que, grâce au compteur, je découvre que je dépasse les 500 requêtes par jour. Etait-ce nécessaire de vérifier la date de naissance du présentateur Julian Bugier lors d’une conversation avec une copine ? Pas sûr, mais si ça peut aider des projets solidaires, je m’endors la conscience plus légère.


- La règle de trois

L’idée vient de la signature des mails d’un chercheur : « Après trois mails, parlons-nous. » Cela pousserait ses destinataires à être concis dès leur premier texte.


- Un livre (papier)

La face cachée du numérique, de Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot (L’Echappée, 2013). Une enquête sur les bienfaits (ou pas) de la dématérialisation.


- L’Internet associatif

Une trentaine de fournisseurs d’accès associatifs proposent le surf sans les géants du secteur. Abonnement plus cher mais données protégées.